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[Parution VF] Beowulf: traduction et commentaire de J.R.R. Tolkien
#31
Date confirmée par Vincent sur son site : http://pourtolkien.fr/spip.php?article165
Demons run when a Good Man goes to war.
Night will fall and drown the sun
When a Good Man goes to war.
Friendship dies and true love lies.
Night will fall and the dark will rise
when a Good Man goes to war.
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#32
Premier aperçu de la couverture française, en basse résolution :

[Image: 978-2-267-02894-2g.jpg]
Demons run when a Good Man goes to war.
Night will fall and drown the sun
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Friendship dies and true love lies.
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#33
Très jolie, même si la couverture ne diffère pas de la version anglaise Wink.
ᛘᛅᛚᚱᚢᚾᛅᚱ ᛋᚴᛅᛚᛏᚢ ᚴᚢᚾᛅ᛬
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#34
En grand :

[Image: 9782267028942.jpg?cache=&w=456&h=700]
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Night will fall and drown the sun
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#35
C'est sorti aujourd'hui !
Avec en prime la 4e de couv, sur amazon.
[Image: 71iyAkwfjjL.jpg]
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#36
Coucou
Je l'ai eu à la fnac de la défense par contre pour les deux tours ils m'ont dit demain
a.k.a Mairon
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#37
La sortie du 2ème volume a été avancée ?
L'enfant ignorant qui se fait un jeu des exploits de son père ne croit pas se moquer, mais pense qu'il est le fils de son père
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#38
Pas à notre connaissance, en tout cas.
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#39
À l'occasion de la sortie de Beowulf, traduction et commentaire,
Tolkiendil et les Éditions Christian Bourgois vous proposent de tenter de
remporter votre exemplaire
grâce à un petit jeu concours !
Celui-ci débutera jeudi prochain. Découvrez les règles du jeu et les modalités de participation !

[Image: concours_beowulf.jpg?w=600]
"L'urgent est fait, l'impossible est en cours, pour les miracles prévoir un délai."
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#40
Je suis rapidement passée au Furet du Nord de Grand'Place à Lille. On m'a signalé que Beowulf a été envoyé dans le rayon Lettres/Textes anciens du fait de son contenu, ce qui est en effet assez pertinent. Je n'ai cependant pas eu le temps de le trouver en rayon pour vérifier.
"L'urgent est fait, l'impossible est en cours, pour les miracles prévoir un délai."
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#41
Je viens de me le procurer, c'est un très bel objet.
C'est sûrement dans importance mais à l'intérieur du livre, sur les pages où sont référencés les livres de Tolkien édités chez Bourgois, on peut voir Les Deux Tours dans la rubrique "déjà parus" et non dans la rubrique "à paraître".
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#42
Je suppose qu'au moment de la mise en forme du livre, la séquence de publication n'était pas encore définie et comme ils paraissent tous deux ce mois-ci, c'est pour cette raison que Bourgois a directement mis les Deux Tours en ouvrage paru.
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#43
A acheté un exemplaire à la librairie Martelle à Amiens. Pour Les deux tours ils m'ont dis fin de semaine prochaine.
La Fantaisie commence, bien sûr, avec un avantage : en saisissant l'étrangeté. Tolkien, Faërie
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#44
Le concours commence !
Vous avez désormais une semaine pour répondre par e-mail
à la question disponible sur notre page de concours

pour tenter de remporter le livre Beowulf, Traduction et commentaire !
[Image: concours_beowulf.jpg?w=600]
"L'urgent est fait, l'impossible est en cours, pour les miracles prévoir un délai."
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#45
L'introduction de Christopher Tolkien à Beowulf, traduit par Christine Laferrière, est publié par la République des Livres :
http://larepubliquedeslivres.com/beowulf...n-octobre/

Avec entre autres, les citations du texte :

Citation :[…] au matin, ils gisaient sur le rivage, au milieu des épaves rejetées par les vagues, meurtris de coups d’épée, mis à mort par des lames, de sorte que jamais plus ils ne purent, près des profonds détroits, entraver le passage d’hommes voguant sur la mer. (565-570)

Citation :Pris d’inquiétude et de chagrin, il voit dans la demeure de son fils la halle des festins, les lieux de repos balayés par le vent désormais privés des rires ; les cavaliers dorment, puissants hommes descendus dans les ténèbres ; il n’y a nulle mélodie de harpe, nulle liesse en ce lieu, telles qu’il y en avait jadis. Lors il regagne sa couche, chante seul pour celui qu’il aimait un lai de tristesse : trop vastes et trop vides lui semblent ces champs et ces demeures. (2513-2521)

Citation :Le temps passa. Le bateau était à flot sur les vagues, au pied des falaises. Impatients, les guerriers montèrent en proue, et les courants de la mer tourbillonnèrent sur le sable. Des hommes d’armes portèrent jusques au sein du navire leurs harnois éclatants, leur savante tenue de guerre ; lors ces hommes en route pour une joyeuse traversée le poussèrent au large, son bois bien assemblé. Sur les vagues des flots profonds, il partit, hâté par le vent, voguant l’écume au col, fort semblable à un oiseau, jusqu’à ce que, au moment voulu, le second jour, sa proue courbe eût parcouru un tel chemin que ces marins virent terre, les falaises scintillant tout près de l’océan, d’abrupts promontoires et des caps se jetant loin dans la mer. Lors, pour ce navire qui voguait, le voyage prenait fin. »
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#46
Nicolas Carreau vient de présenter Beowulf sur Europe 1, dans l'émission Les Carnets du Monde de ce matin (à partir de la 7e minute) :
http://www.europe1.fr/emissions/sous-lar...en-2531613
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#47
Un peu de clickbait dans cet article : Why Tolkien’s Beowulf is an ‘amazing book but a terrible translation’. Dans une récente conférence, Andy Orchard (le lointain successeur de Tolkien comme professeur de vieil anglais à Oxford) aurait affirmé que la traduction de Tolkien était « horrible » – parce qu'il ne s'agissait pas d'une traduction en bonne et due forme vouée à être publiée.
The gods forgot they made me, so I forget them too
I listen to the shadows, I play among their graves
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#48
Petit clin d’œil aux amateurs de la traduction de Ledoux du Seigneur des Anneaux, Christine Laferrière utilise Être des Galgals pour barrow-wights dans le commentaire à Beowulf, p. 184.
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#49
Une critique : http://www.conso-mag.com/beowulf-traduct...r-tolkien/
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#50
Petit mot de Jean-Philippe Jaworski dans une interview sur ActuSF
Citation : Y’a-t-il un livre d’Imaginaire que tu as lu récemment et que tu nous conseillerais en ce début d’année, et pourquoi ?

Parmi les ouvrages récents, j’ai lu avec plaisir Dévoreur de Stefan Platteau, qui présente un traitement original de la magie et un renouvellement de la figure de l’ogre. Dans la littérature canonique, j’ai relu il y a peu Beowulf éclairé par les notes de JRR Tolkien éditées par son fils Christopher Tolkien. Beowulf est un ouvrage fascinant à plus d’un titre, en particulier parce qu’il a fécondé l’imaginaire de la fantasy : monstres, sortilèges, antiques épées magiques et duel tragique entre un dragon et un vieux héros. Les notes et commentaires de Tolkien sont austères mais jettent un éclairage passionnant sur les sources d’inspiration médiévales de son œuvre : on y découvre par exemple l’origine littéraire des Orcs et des êtres des Galgals, des noms d’Eomer, de Grima (Langue de Serpent) et du mot hobbit « mathom ».
"L'urgent est fait, l'impossible est en cours, pour les miracles prévoir un délai."
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#51
Aujourd'hui, nous publions la longue revue critique du Beowulf de Tolkien, par Michael D. C. Drout, spécialiste à la fois de Tolkien (il a publié Beowulf and the Critics de Tolkien) et du Beowulf original (il est professeur d'anglo-saxon) ; critique récemment parue dans le volume 12 des Tolkien Studies.
Dans cette critique, Drout remet en contexte la traduction de Tolkien et étudie ses interprétations par rapport à celles existantes à son époque et aujourd'hui (cf. la note 16, par exemple) ; montrant une fois encore la maîtrise particulière que Tolkien avait de ce texte si important pour lui.
En espérant que ça convaincra certains de se pencher sur ce volume.
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Night will fall and drown the sun
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Friendship dies and true love lies.
Night will fall and the dark will rise
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#52
Je suis en train de lire la traduction française de Beowulf, et je dois avouer ma déception. Il est vrai que je ne suis pas très amateur des choix opérés par Christine Laferrière (Druss en sait malheureusement quelque chose), et que cela ne me prédisposait à l'apprécier tout à fait.

Plusieurs critiques (dont celle de Corchalad à paraître dans le prochain numéro de l'Arc et le Heaume !) ont souligné les faiblesses de la traduction de Tolkien, qui n'était pas destinée à une lecture telle quelle, pour le plaisir, mais servait avant tout d'accessoire à l'étude. Il est donc difficile de savoir ce qui est imputable à l'original, et ce que l'on doit à la traduction, dans l'extrême platitude de la traduction en français de Beowulf qui nous est offerte ici.

J'ai en outre noté quelques (très) rares "erreurs" de traduction, en tout cas des petites choses qui m'ont gêné à la lecture. (Il y en aura peut-être d'autres au fil de la lecture.)

-p.158 :

Citation :il y a le fait qu'il existe des traditions anglaises concernant un ancêtre mythique (pas le même que le personnage éponyme et fictif)

Ici, on pourrait ce me semble comprendre qu'il y a deux personnages : l'un, l'ancêtre mythique, l'autre, l'ancêtre fictif. Mais ça n'a pas l'air de coller avec ce que Tolkien raconte. Dans l'original, on a :

Citation : In favour of the latter is the fact that there are English traditions of a mythical (not the same as eponymous and fictitious) ancestor

Ici, il est clair que la différence marquée par "not the same" porte sur la distinction mythique/fictif. Et donc "not the same" signifierait plutôt ici "ce qui n'est pas la même chose que" et non pas, très littéralement, "pas le même".

-p.189 :

Citation :les "étranges sœurs" de Macbeth

Non ! A l'époque de Shakespeare, "weird" ne signifiait pas bizarre ou étrange... C'était un mot écossais, récupéré dans les chroniques de Holinshed d'où Shakespeare reprend l'essentiel de la trame de Macbeth (ainsi que son principal protagoniste), et qui signifait "destin" : les "weird sisters" étaient en fait les équivalents des trois Nornes/Parques/Moires. Les traducteurs de Macbeth en français ont tous pris soin de chercher un terme correct pour le rendre (sœurs du Destin, sœurs fatales, etc.). Évidemment, Tolkien n'ignore pas ce fait et "weird" doit être traduit comme dans la pièce shakespearienne.

-parce que je suis d'humeur à pinailler :

"ring(s)" aurait le plus souvent gagné à être traduit, non par "anneau(x)", mais par "bracelet(s)". En effet, lorsqu'il est question de Hrothgar distribuant des anneaux (p.31) (the rings he dealt), il ne s'agit pas d'anneaux portés au doigt, mais au bras. Certes, "anneau", dans son acception la plus large, peut recouvrir les deux sens, mais la traduction est à mon avis un peu trompeuse, surtout lorsque "bracelet" est disponible, et utilisé (comparez ces deux annonces journalistiques) :

https://www.rt.com/viral/347154-viking-g...e-denmark/
http://www.directmatin.fr/patrimoine/201...ark-732116

D'autant plus que, lorsqu'on lit Tolkien, il est impossible de ne pas voir dans les "anneaux" des artefacts similaires à ceux du Seigneur des Anneaux, portés au doigt donc ; pour éviter la confusion, bracelet aurait peut-être été préférable.

Je serais curieux de savoir comment André Crépin a traduit le terme.
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#53
(03.08.2016, 15:39)Hofnarr Felder a écrit : -p.158 :

Citation :il y a le fait qu'il existe des traditions anglaises concernant un ancêtre mythique (pas le même que le personnage éponyme et fictif)

Ici, on pourrait ce me semble comprendre qu'il y a deux personnages : l'un, l'ancêtre mythique, l'autre, l'ancêtre fictif. Mais ça n'a pas l'air de coller avec ce que Tolkien raconte. Dans l'original, on a :

Citation : In favour of the latter is the fact that there are English traditions of a mythical (not the same as eponymous and fictitious) ancestor

Ici, il est clair que la différence marquée par "not the same" porte sur la distinction mythique/fictif. Et donc "not the same" signifierait plutôt ici "ce qui n'est pas la même chose que" et non pas, très littéralement, "pas le même".

De qui parle-t-on dans cette citation ?

Citation :-p.189 :

Citation :les "étranges sœurs" de Macbeth

Non ! A l'époque de Shakespeare, "weird" ne signifiait pas bizarre ou étrange... C'était un mot écossais, récupéré dans les chroniques de Holinshed d'où Shakespeare reprend l'essentiel de la trame de Macbeth (ainsi que son principal protagoniste), et qui signifait "destin" : les "weird sisters" étaient en fait les équivalents des trois Nornes/Parques/Moires. Les traducteurs de Macbeth en français ont tous pris soin de chercher un terme correct pour le rendre (sœurs du Destin, sœurs fatales, etc.). Évidemment, Tolkien n'ignore pas ce fait et "weird" doit être traduit comme dans la pièce shakespearienne.

Si j'en crois l'étymologie, la définition portant sur la notion d'étrangeté provient bel et bien des sœurs de Macbeth, même si l'origine fondamentale est bien celle du wyrd. Ce n'est pas si faux que ça Razz
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#54
En fait, j'étais particulièrement sensible à cette "imprécision", parce que j'ai justement travaillé sur l'histoire de ce mot dans le cadre de mes recherches. Oui, le sens contemporain de weird vient de là, c'est vrai ; mais il n'apparaît réellement qu'à la fin du dix-huitième siècle (la plus ancienne réinterprétation indéniable que j'ai pu trouver datant de 1789).

Ce serait comme si les anglophones traduisaient "roman" tel qu'il apparaît par exemple dans le titre "Le Roman de Thèbes" par "novel" : oui, le sens contemporain de roman (roman/novel) vient de ce terme-là, mais dans ce contexte, ce n'est pas ça qu'il signifie ; et si un philologue français spécialiste de la littérature médiéval parle du roman médiéval, il entend plus vraisemblablement "medieval romance" que "medieval novel", et traduire "roman médiéval" par le second est, à mon sens, effectivement une erreur. Et c'est la même chose ici.

EDIT : D'ailleurs, Tolkien consacre une analyse rapide du mot wyrd (p.264) ! Mais le weird qui accompagne les "weird sisters" vient de la tradition écossaise, et il a connu alors presque sept siècles d'histoire et de transformations, ce qui fait que ce n'est pas exactement le même terme...

EDIT : Une source autrement plus fiable de l'écart temporel que j'avance est à trouver dans le OED : http://www.oed.com/view/Entry/226916?rsk...sult=2#eid. Tu y noteras d'ailleurs que weird, sous la forme we'erd ( The weer'd Sister Parques.), est utilisé en 1693 (soit près d'un siècle après Shakespeare) pour traduire Rabelais, lorsqu'il parle des Parques. Par curiosité, je suis allé voir le passage du Tiers Livre correspondant ; il est effectivement question des Parques (http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/con...&index=208), mais rien ne les qualifie : le traducteur anglais a donc rajouté we'erd Sister de son propre fait (peut-être pour expliciter la référence aux Parques antiques, plus connu en Angleterre sous le nom de "Fates", depuis le XVIème siècle au moins ?). Cela signifie donc bien que même si weird a été réinterprété d'après le contexte dans lequel il apparaît dans Macbeth, ce n'est que bien plus tard, et y voir la signification "bizarre" ou "étrange" dans ce contexte précis est un anachronisme, du même type que celui que j'explique juste au-dessus.

Cependant, je te rejoins dans l'idée que Tolkien est non seulement conscient de la signification première mais aussi du changement de sens qu'a connu le terme, et dans l'emploi qu'il en fait dans le commentaire de Beowulf, il évoque très certainement ce glissement sémantique. Mais plus encore il mobilise cet exemple pour son association avec un surnaturel lointain, obscur, telles qu'elles sont décrites chez Holinshed : [quote]three women in strange and wild apparel, ressembling creatures of elder world[\quote]. La meilleure solution de traduction, ici, aurait à mon très humble avis consisté à reprendre une traduction bien établie de Shakespeare (par exemple celle de la Pléiade), pour conserver le terme comme une référence littéraire et culturelle propre au monde intellectuel anglais.
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#55
A propos de la traduction anneau/bracelet, une note de la vieille traduction de Beowulf par Botkine (1877), disait ceci :

Citation :Bracelet, beag, beah (islandais baugr). Le mot beag ne signifie pas toujours bracelet; on le trouve aussi employé pour collier, diadème ; son véritable sens paraît être anneau, La traduction bracelet est peut-être ici un peu risquée; cependant, nous savons que les bracelets étaient l'un des articles de parure les plus recherchés des Anglo-Saxons, surtout des hommes, lesquels mettaient leur amour-propre à en posséder de très coûteux.

C'est un peu vieillot, mais je me suis dit que ce n'était pas inutile d'y faire allusion Smile

http://remacle.org/bloodwolf/historiens/...eowulf.htm

I.
Répondre
#56
Un grand merci pour le lien que je ne connaissais pas !

Je pense effectivement (mais je ne suis pas du tout connaisseur et je risque de dire beaucoup d'âneries) qu'il s'agit dans Beowulf des mêmes bracelets que ceux retrouvés dans les trésors vikings, donnés aux meilleurs guerriers à la fois pour les récompenser de leurs services et pour perpétuer leur allégeance ; c'est ce qui explique que Hrothgar en fasse usage, voir une brève note ici (entrée ring-giver) :

https://www.cliffsnotes.com/literature/b...or-beowulf

ou ici, mais la référence n'est sans doute pas fiable :

http://csis.pace.edu/grendel/projf981e/ring.html.

En tout cas, l'idée que "beag" peut être, dans le contexte historique et culturel de Beowulf, un bracelet, est confirmée ailleurs, notamment : The Age of Sutton Hoo: The Seventh Century in North-Western Europe, M. O. H. Carver, p.198.

Je pense surtout que "ring" en anglais est resté beaucoup plus polysémique que "anneau" en français : on ne porte pas d'anneau autour du cou, mais on peut dire : neck-ring, arm-ring.
Répondre
#57
Je pense que tu as tout à fait raison sur cette question des bracelets.

En fait, j'ai présenté cette vieille note de Botkine, qui prend exactement ton contre-pied, pour rappeler que la recherche a grandement évolué depuis un siècle et demi et que les contextes d'écriture et de traduction des uns et des autres sont évidemment très liés aux connaissances du moment.

Par exemple, lorsque Tolkien traduit Beowulf vers 1926, et même lorsqu'il présente la conférence Beowulf, the Monsters and the Critics en 1936, que sait-on de l'avancée des recherches sur cette question éminemment précise des bracelets d'allégeance dans les sociétés germaniques du Nord ?

Les découvertes majeures de Sutton Hoo n'ont lieu qu'en 1939, et les publications sérieuses sur l'analyse du trésor n'interviennent - sauf erreur de ma part - qu'à partir des années 60.

Autant dire que l'opinion tranchée d'un Botkine de la fin du XIXè siècle n'aurait pas pu être complètement remise en cause à l'époque, et ceci vaut peut-être aussi pour un Tolkien "pré-Sutton" (si je puis m'exprimer ainsi) à qui il me semble compliqué d'attribuer la clé d'un duo philologique beag/ring même si on sait les belles intuitions qui ont guidé ses travaux en la matière.
De plus, Christopher Tolkien précise dans sa préface que son père a pu modifier des éléments de traduction de son Beowulf à la lumière de nouvelles découvertes linguistiques... mais qu'il prenait aussi la liberté de ne pas le faire.
Ainsi, rien ne nous empêche d'imaginer que Tolkien, réalisant tardivement que son ring (tu l'as noté, c'est un mot qui est loin d'être neutre dans son œuvre), n'en est peut-être finalement pas un, il décide de ne rien changer (il avait le loisir de remplacer explicitement par bracelet) et de laisser malicieusement planer une de ces ambiguïtés linguistiques intertextuelle dont il avait le secret (après tout, cette traduction était un texte "maison" pas destiné à être publié) Smile

Bref, l'affaire n'est pas simple. Et c'est pour cette raison qu'à mon humble avis, même si je suis convaincu que tu as raison, il ne faut pas trop se hâter à jeter le pierre à Christine Laferrière, au moins sur ce point Smile

I.

Edit : PS, je te laisse savourer les choix de traduction de Botkine, décrits dans les premières lignes de son "Avertissement", en préface de la traduction. Toute une époque ! Smile
Répondre
#58
Merci pour tous ces éléments de réflexion !

Oui, tu as raison, il ne faut pas jeter la pierre à Christine Laferrière ; ce n'est d'ailleurs pas mon intention, et je considère que dans l'ensemble sa traduction est tout à fait rigoureuse et éminemment professionnelle et qu'elle a nécessité de réelles compétences de traduction, que tout le monde ne possède pas. Ceci d'autant plus que la tâche devait être épineuse, que le sens du texte original n'est pas toujours forcément limpide, et je considère que Christine Laferrière s'en est acquittée avec succès (et je considère, surtout, que je n'ai ni les accréditations ni les compétences linguistiques suffisantes pour que mon "opinion" ait une importance en-dehors d'une discussion informelle et aimable sur un forum dédié à Tolkien !).

Par ailleurs, en parlant de Sutton Hoo, Tolkien le mentionne explicitement (p.171). Mais comme tu dis, l'essentiel de la traduction avait été écrite avant cela ; et je ne reprendrai pas toutes tes remarques très pertinentes sur la liberté que Tolkien a prise avec les révisions de son travail.

Je me suis d'ailleurs pris à songer que le motif de Hrothgar ou de n'importe quel roi germanique distribuant des rings pour s'assurer l'allégeance de ses champions pouvait, en se laissant dériver suivant les fils secrets de la pensée, évoquer Sauron et les Neuf... Mais ça n'est à mon avis rien de plus qu'une agréable dérive !
Répondre
#59
Décidément, plus je lis cette traduction, et plus je désespère de voir ainsi rendue une œuvre qui comptait pourtant parmi mes favorites. D'abord, et comme le point a été plusieurs fois souligné, la traduction de Tolkien est plus une glose arrangée qu'une traduction véritable (et comment l'en blâmer, vu qu'il n'a pas cherché à faire autre chose) et le seul intérêt de l'ouvrage repose dans le commentaire (et éventuellement dans le récit du Sellic Spell qui me reste encore à lire).

Mais la traduction française, pour courageuse qu'elle soit, n'arrange vraiment rien. Par exemple, pourquoi avoir systématiquement traduit l'adjectif "fell" par "cruel" ? Ainsi, p.88, lignes 2004-2006, on peut lire : "C'est de lui qu'Eomer fut engendré, pour le réconfort des hommes de puissance, vaillant en actes cruels". Comparer avec l'original : "Of him was begotten Eomer for the comfort of men of might, valiant in fell deeds". D'abord "hommes de puissance" fait un peu grincer des dents, mais surtout, "valiant in fell deeds" est clairement, vu le contexte, un éloge porté sur le caractère d'Eomer ; il ne doit pas donc être décrit comme exerçant des actes "cruels". Fell peut être compris dans le sens de "fierce", qui n'a pas forcément un aspect négatif, et peut, je le pense, être pris pour souligner un certain courage guerrier.

Autre point : l'éloge funèbre de Beowulf. Point d'orgue du poème, il est l'occasion, pour le poète, de récapituler les grandes vertus de Beowulf en tant que roi, sur lesquelles, comme je crois l'avoir compris des explications détaillées et très riches de Tolkien, il n'a pas manqué d'insister tout au long de son œuvre. Or, on peut lire : "il avait toujours été d'entre les hommes le plus généreux, envers les hommes le plus gracieux, envers son peuple le plus aimant et de louanges le plus avide." Mais "avide de louanges" n'est pas un trait positif car avide n'a strictement aucune connotation laudative possible ! La version originale quant à elle donne : he was ever of the kings of earth of men most generous and to men most gracious, to his people most tender and for praise most eager." On a donc "for praise most eager", "praise" étant rendu par "louanges" et "eager" par "avide". L'association n'est évidemment pas fausse ; mais elle n'est pas la seule permise, et ici en tout cas, elle ne convient absolument pas. Ce qui est dit ici, c'est que Beowulf avait constamment souci de s'attirer l'approbation des siens, d'agir de telle sorte à ce que son peuple ait une bonne opinion de lui. Ce n'est pas une sorte d'orgueil, une recherche de gloire personnelle, une volonté vaniteuse d'être admiré, comme en témoignerait quelqu'un "avide de louanges".

Encore une chose : Tolkien abuse fréquemment du "Now" en tête de phrase (surtout dans ses premiers écrits). Cette manie agaçante a été rendue avec beaucoup de lourdeur par trois auteurs, que je sache (je ne me suis pas penché sur les Lais du Beleriand où d'autres traducteurs ont posé leur patte) : Adam Tolkien, Daniel Lauzon et Christine Laferrière. Avec beaucoup de lourdeur, Adam Tolkien rendait tous les "Now" par des "Maintenant". D'une manière beaucoup plus heureuse, Daniel Lauzon avait choisi "Lors", un peu plus archaïque, mais qui convenait très bien et gardait la prose à la fois fluide et intelligible. Christine Laferrière, dans Beowulf, choisit au contraire "Ores". Or, "Ores" est homonyme de "Or", lequel, ainsi qu'en témoigne la présente, peut également, et avec une bonne probabilité, se retrouver en tête de phrase. Hormis la confusion créée, il se profile un autre problème : chez Christine Laferrière, "Lors" est habituellement utilisé pour traduire "Then" (je ne sais pas comment "then" est traduit chez Lauzon). Du coup, l'harmonie entre les traductions en prend un sacré coup !

Je passerai sur les archaïsmes, qui d'une part reflètent certains choix stylistiques de Tolkien lui-même, et d'autre part me déplaisent principalement sur le plan esthétique (Or çà... berk) et pourront éventuellement en satisfaire d'autres. Cependant, Beowulf étant un poème compliqué, difficile, souvent obscur, et surtout dans la prose de Tolkien, les archaïsmes ne facilitent vraiment pas la lecture. Il faut également souligner certaines phrases bien tordues, par exemple, ligne 2319-2322, p.97-98 : "Il n'y a plus d'allègre mélodie de harpe, plus de liesse d'instruments de musique, le brave faucon ne traverse plus la halle, ni le prompt cheval ne piétine plus dans la cour du château." Je crois que cet usage du "ni" est simplement inédit en français, et il aurait mieux valu l'enlever tout simplement. La version originale, elle, ne souffre pas de cette bizarrerie. Il y a beaucoup d'autres formules qui m'ont dérangé à la lecture, voire semblé parfaitement incompréhensibles, mais je ne les ai pas toutes relevées, car je lis pour le plaisir et non avec un carnet de notes sous la main !

Enfin, et là c'est l'édition originale qui ne me semble pas tout à fait satisfaisante, il aurait été vraiment utile de pouvoir compter sur un index des personnages, récapitulant leurs liens de parenté. Les épisodes historiques survenant de manière désordonnée et très éclatée, il est en effet très difficile de suivre les différents fils généalogiques ; et, avec un tel outil sous la main, les discussions de Tolkien n'auraient été que plus claires et plus intéressantes.

Finalement, ma plus grande tristesse vis-à-vis de ce livre est qu'une bonne partie du lectorat français risque de découvrir Beowulf à travers cette traduction étouffante et d'en ressortir dégoûtée de cette œuvre autrement splendide.
Répondre
#60
En lien avec le sujet, une très bonne émission de Fréquence médiévale qui interroge Alban Gautier à propos de Beowulf (et qui trouve la traduction de Christine très bien :p) :
http://www.him-mag.com/frequence-medieva...e-barbare/
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