Je ne sais pas trop où transmettre cette info mais je viens de voir passer un appel à communications pour un colloque sur les langues imaginaires, au cas où ça intéresse certains :
L'étrangeté en partage
Journée d’étude sur les langues imaginaires
Premier appel à communication
Besançon, 12 juin 2026
Nous sollicitons des propositions pour une journée d’étude consacrée aux
langues imaginaires, ou artlangs ( artistic languages ), qui se tiendra
à Besançon le 12 juin 2026.
On entend par langue imaginaire une langue inventée à des fins
artistiques et intégrée à une œuvre de fiction (roman, film, série,
bande dessinée, œuvre poétique, jeu vidéo etc .). À ce titre, elle se
distingue des langues construites à vocation principalement
communicationnelle (telles que l’espéranto ou le volapük), conçues
prioritairement pour faciliter les échanges entre locuteurs humains
(Albani & Buonarroti, 2010).
Les langues imaginaires se manifestent de manière très variable dans les
œuvres : elles peuvent apparaître ponctuellement, sous la forme de
quelques mots ou expressions, ou faire l’objet d’un développement
systématique, donnant lieu à un déploiement linguistique étendu au sein
de l’univers fictionnel (Cheyne, 200

. Elles participent alors
pleinement à la construction du monde fictionnel, à la caractérisation
des personnages et à la dynamique narrative (Landragin, 201

.
Si les travaux sur certains aspects de langues imaginaires existent déjà
(Cheyne 2008 ; Landragin 2018 ; Beinhoff 2015), le champ reste encore
émergent et largement ouvert. Cette journée d’étude vise à examiner les
langues imaginaires dans la diversité de leurs usages, de leurs
fonctions et de leurs modalités d’existence, sans se limiter à une seule
approche théorique ou méthodologique. Seront bienvenues aussi bien des
contributions d’analyse (analyse du discours, sémiotique,
sociolinguistique, traductologique, etc .) que des propositions relevant
de la création (retours d'expérience, méthodologies de conception,
contraintes de production), ou de la réception (communautés,
apprentissages, circulations, réappropriations). Les propositions
centrées sur des aspects purement linguistiques sont les bienvenues, dès
lors qu’elles s’inscrivent dans une réflexion plus large sur la place,
le rôle ou les effets de la langue imaginaire dans l’œuvre, sur les
intentions de ses créateurs ou sur ses conditions de réception par les
publics.
Axes de réflexion (indicatifs)
1. Langue imaginaire et altérité
Quel rôle la langue imaginaire occupe-t-elle au sein de l’œuvre, qu’elle
soit littéraire, filmique ou vidéoludique ? Comment contribue-t-elle à
la construction d’un sentiment d’altérité, d’étrangeté ou de distance
culturelle ? Quels liens entretient-elle avec les représentations de
peuples, de communautés ou de personnages fictionnels, et avec les
imaginaires de la différence ?
2. Coexistence entre langue naturelle et langue imaginaire
Dans les œuvres mêlant langue imaginaire et langue naturelle, quels
usages respectifs sont attribués à chacune ? La langue imaginaire
est-elle mobilisée pour marquer certains passages, personnages,
registres discursifs ou situations d'énonciation ? Comment s’organisent
les transitions entre langue imaginaire et langue naturelle, à l’oral
comme à l’écrit ? Quelles stratégies de justification diégétique ou
narrative accompagnent cette coexistence ?
3. Médiations, intelligibilité et discours métalinguistiques
Comment les œuvres maintiennent-elles l’intelligibilité pour le public
sans compromettre la vraisemblance de la situation d’énonciation ?
Quelles formes de traduction, de reformulation ou d’explicitation sont
mises en œuvre (sous-titres, doublage, paraphrases, commentaires
intradiégétiques, glossaires, annexes etc .) ? Qui prend en charge ces
médiations (personnages, instance narrative, dispositifs éditoriaux ou
paratextuels) et quelle expertise linguistique supposent-elles ? Quels
équilibres se dessinent entre opacité linguistique, accessibilité
narrative et réflexion sur le langage (comme, par exemple, dans les
dispositifs métalinguistiques présents chez Jonathan Swift ou Lewis
Carroll) ?
On pourra également interroger les frontières : à partir de quel seuil
(lexique isolé, jeux sur une langue naturelle, système partiellement
stabilisé, langue pleinement développée) peut-on parler de langue
imaginaire ? Des objets hybrides comme le Jabberwocky de Lewis Carroll
relèvent-ils d’une langue distincte, d’une manipulation radicale d’une
langue naturelle (ou d’un entre-deux) et que nous dit cette hésitation
sur nos critères d’intelligibilité, de reconnaissance et de
vraisemblance ?
4. Langues imaginaire et médium artistique
Les contraintes propres aux différents médias (roman, cinéma, série, jeu
vidéo, bande dessinée) influencent-elles les formes prises par la langue
imaginaire ? On pourra par exemple comparer le traitement linguistique
dans le roman La Guerre du feu de J.-H. Rosny aîné, où les échanges sont
rendus en français, et dans son adaptation cinématographique par
Jean-Jacques Annaud, qui recourt à une langue imaginaire.
5. Création: esthétique, narration, symbolique, éthique
Comment une langue imaginaire est-elle pensée comme forme artistique à
part entière, et non comme un simple marqueur d'altérité exotisante ?
Avec quels objectifs esthétiques, narratifs et symboliques est-elle
élaborée (effets de réel, mise à distance, sacralisation, comique,
violence, prestige, archaïsme, “technicité”, etc .) ? Quelles décisions
formelles (phonétique/phonologie, prosodie, morphologie, lexique,
graphies, contraintes de prononciation et d’incarnation par les
interprètes, dispositifs de dévoilement progressif) orientent la manière
dont la langue fait récit et fabrique du sens ? On pourra également
interroger la dimension éthique de ces choix : assignations culturelles,
stéréotypes, exotisation, emprunts et appropriations, ainsi que les
effets de hiérarchisation entre langues et locuteurs dans l’univers
fictionnel.
6. Réception, appropriation et circulations des langues imaginaires
Comment les langues imaginaires sont-elles perçues, interprétées et
investies par les publics ? Quelles pratiques de réception et
d’appropriation se développent autour d’elles (communautés et fandoms,
apprentissage amateur, performances, jeux de rôle, usages en ligne,
créations dérivées, documentation collaborative) ? Comment ces usages
prolongent-ils l’œuvre, en déplacent-ils les enjeux, ou transforment-ils
le statut de la langue (de simple matériau fictionnel à ressource
partagée, voire à pratique collective) ? On pourra enfin s’intéresser
aux conditions sociales et médiatiques de cette “vie” des langues
imaginaires : plateformes, normes communautaires, circulation
transnationale, légitimations et controverses.
7. Langues imaginaires et Traitement Automatique des Langue (TAL)
Dans quelle mesure les méthodes issues du Traitement Automatique des
Langues (TAL) peuvent-elles éclairer l’étude, la conception ou la
diffusion des langues imaginaires ? Comment les modèles computationnels
participent-ils à la création de systèmes linguistiques cohérents, ou
questionnent-ils les limites de la plausibilité linguistique ? On pourra
également s’intéresser aux enjeux spécifiques liés à l’utilisation
d’outils automatisés dans la fabrication de langues, ainsi qu’aux
circulations entre pratiques créatives, communautés numériques et
technologies du langage.
Bibliographie indicative
Albani, P., Buonarroti, B. (2010). Dictionnaire des langues imaginaires.
Paris, Les Belles Lettres.
Beinhoff, B. (2015). Why are Alien Languages Inherently Human?
Foundation: The International Review of Science Fiction , 122, 5-19.
Cheyne, R. (200

. Created languages in science fiction. Science Fiction
Studies , 35(3), 386-403.
Comandini, Gloria, & Francesco Dedè (2025). Quenya is Practically a Main
Character Elvish-English Multilingualism in Tolkien-inspired
Fan-Fictions. In: Enguehard, Planchon & Ray, 2025: 123-137.
Enguehard, G., P. Planchon, A. Ray (dirs) (2025). “La créativité
linguistique au prisme des langues construites / Linguistic Creativity
Through the Lens of Constructed Languages”. Numéro spécial de
RiCOGNIZIONI. Rivista di lingue e letterature straniere e culture
moderne , Vol. 12 No. 23.
Landragin, F. (201

. Comment parler à un alien ? Langage et
linguistique dans la science-fiction . Paris, Le Bélial’, coll.
Parallaxe.
Nomblot, A., & Thomas, I. (2025). Technologie et créativité dans
l'invention des langues : Étude sur l'utilisation des outils automatisés
par les idéolinguistes. In: Enguehard, Planchon & Ray, 2025: 33–48.
https://doi.org/10.13135/2384-8987/11506
Okrand, Marc (1985 1 ; 1992 2 ). The Klingon Dictionary. Pocket Books.
Pires, M. (2019). Representations of linguistic simplicity in
prehistoric fiction. In Ch. Laplantine, J. E. Joseph & É. Aussant
(dirs), Simplicité et complexité des langues dans l’histoire des
théories linguistiques . Paris, SHESL (Collection HEL Livres), 153-169.
Pires, M. (2025) Sur l’intelligibilité d’une « langue créée » :
l’alternance de langues dans l’oeuvre de paléofiction Sous le vent du
monde de Pierre Pelot. In: Enguehard, Planchon & Ray, 2025: 33–48:
151-164.
Peterson, D. J. (2015). The art of language invention . New York,
Penguin Books.
Modalités de soumission
Les propositions de communication sous la forme de résumés (1 page)
rédigées en français ou en anglais, sont à envoyer avant le 13 mars 2026
à mailto:aurelie.nomblot@univ-fcomte.fr.
Langues de la journée: français / anglais
Format: communication de 20 min suivis de 10 min de discussion
Modalité: présentiel
Lieu: UFR sciences du langage, de l'homme et de la société,
30/32 rue Mégevand, 25030 Besançon, France.
Notification des réponses: 10 avril 2026
Date de la journée d'étude: ven. 12 juin 2026
Comité d’organisation
- NOMBLOT Aurélie (Université de Franche-Comté)
- PIRES Matthew (Université de Franche-Comté)
- THOMAS Izabella (Université de Franche-Comté)