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Toutes les forêts du monde
#1
Toutes les forêts du monde
Thorin II Ecu de Chêne

Tout avait pourtant bien commencé. Brûlant les étapes, tout comme nos cœurs brûlaient de l’âpreté de la rancune, nous avions couru au travers du Beleriand terrorisé où nul, amis ou ennemis, n’osa s’interposer. Sans jamais prendre trêve ou repos, portant chacun une charge qui eut harassé les plus robustes bêtes de somme, nous, les forces de Tumunzahar, étions passées comme l’ombre de l’orage sur des contrées à notre merci. Moi-même, Floïn des Hurtebises, en tant que vétéran de la bataille des Larmes Innombrables, faisait partie de l’avant-garde. J’y ai pu constater combien le cœur manquait à ceux confrontés au rare spectacle d’une armée naine en marche car les jours s’écoulaient sans apporter l’oubli de l’affront intolérable fait à notre clan tout entier. Ces félons d’Elfes, qui nous avaient mendié les armes pour leur défense aux heures les plus sombres lorsque leur imprévoyance apparaissait criante, qui avaient depuis des siècles joui de la tranquillité derrière nos fortifications des Montagnes Bleues où notre patiente veille retenait les créatures du monde au-delà, qui avaient vécu tant d’années dans des cavernes par nous creusées et s’étaient retranchés dans ces palais aux jours d’angoisse, avaient atrocement massacré nos meilleurs artisans dans l’unique et vénal but de ne pas les rétribuer d’un ouvrage dont eux seuls étaient capables. Il ne serait pas dit que cet odieux crime resterait impuni. Le simple fait de penser qu’il eût été possible que nous restions sans réagir était déjà d’une outrecuidance telle qu’elle nous intimait une punition exemplaire.

L’Aros avait été promptement enlevé à des Elfes Gris qui fuirent dès que nous nous disposâmes en ordre de bataille. Tuer des maîtres orfèvres sans défense était bien dans les cordes de ces lâches mais affronter une armée véritable était au-dessus de leur force. Nous avons donc franchi la barrière de l’anneau de Melian sans encombre, premiers et derniers dans l’histoire des temps. Car Doriath l’inviolée ne se relèverait jamais. Il n’existe nulle alternative à l’extermination lorsque le courroux des Nains est éveillé.

La route de Menegroth était bien connue de nous depuis des siècles. Belegost avait exécuté l’excavation des Mille Cavernes et, bien que les Nains de Gabilgathol nous aient refusé leur aide, ils avaient envoyé le plan de leur travail. Nous sommes arrivés sans rencontrer de résistance entre la forêt de Neldoreth et les bois de Region, sur le cours de l’Esgladuin. Là, enjambant la rivière torrentueuse, nous trouvâmes le pont à arche unique défendu faute d’avoir pu être abattu. Si l’éminence rocheuse choisie pour dominer le site était à l’épreuve de tout ce que nous avions apporté, l’unique accès, quoi que conçu par nos frères et barricadé avec soin, ne l’était pas. Les portes furent enfoncées au mangonneau et notre légitime fureur put s’exprimer. Enfin, face à un ennemi se refusant toujours depuis que notre entrée sur son territoire, nous avions les coupables du meurtre de nos parents à notre portée. Enfin notre travail de deuil pourrait commencer. Réfugiés dans leur palais troglodytique, les Elfes Gris de Doriath, protégés depuis que le monde était dans la prime nuit par le pouvoir de Melian, inexperts en matière militaire, nous offraient notre champ de bataille privilégié, les tunnels et les grottes -bien qu’il s’agisse là de vastes galeries et de salles souterraines, de colonnes taillées dans le roc vivant à l’image des plus hautes futaies, sous le ciel étoilé des cristaux et des lanternes d’or. La pure eau de roche ruisselait dans de claires fontaines à l’éclat de Lune. Les Nains de Belegost avaient bellement et patiemment œuvré au service gratuit de Thingol le honni dans les jours de leur amitié. Sa trahison n’en était que plus cruelle et son expiation plus complète.

J’avais passé les palais et les portes d’argent emportées au bélier d’airain. Ce glas avait désormais retenti tant et plus que nombre de nos guerriers s’étaient maintenant dispersés dans les quartiers d’habitation, taillant tous ceux sur leur chemin ; gardes, domestiques et familiers du roi elfe. A l’image des avalanches dévalant les hautes cimes, il était vain d’espérer briser l’élan de notre assaut. Essoufflé d’avoir tant frappé que le bras me faisait mal, j’ai débouché sur les salles les plus reculées du complexe. Là se tenait un elfe haut et digne mais aux yeux absents, comme conscient de la fatuité de sa résistance. A sa livrée, je reconnus Mablung, le premier capitaine de Thingol. J’abaissais la visière de mon casque, faite par l’art consommé des Nains de Belegost pour façonner les images capables d’inspirer la peur aux Dragons eux-mêmes. J’ai regardé Glaurung dans les yeux et l’ai vu frémir à leur vision. Je l’avais frappé tant et plus, parmi les braves de Gabilgathol, que le Père des Dragons en était resté estropié. L’Elfe n’eut aucune réaction. Je me fendis et ma hache vint traverser le cou au défaut de la cuirasse et finir encastrée dans la porte d’or que Mablung protégeait. Sans que l’Elfe ait esquissé un geste.

La victoire était totale. Menegroth était prise, pillée et laissée morte comme avertissement à tous ceux qui douteraient de notre sens de l’honneur et du devoir. Les forces de Doriath n’avaient rien pu faire et la rumeur circula que, puisque Thingol avait été retrouvé mort, il avait certainement eut l’ultime lâcheté de se la donner plutôt que de défendre sa vie. Un profond dédain parcourut l’armée car ainsi finissait la seule créature mortelle à avoir été aimée et avoir engendré avec une Puissance.

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#2
Pas mal ce texte Smile Un peu lent peut-être sur la fin, avant le dénouement. Je ne sais pas pourquoi je pensais que c'était un petit Nain qui lui rendrait finalement visite. Mais bon l'hypothèse du Saule évidemment était la plus probable.

Sur le contexte :
- Mablung meurt bien facilement pour l'un des plus grands héros des Sindar. Un peu dommage.
- Les Nains appellent Aulë "Mahal" ("le créateur")
- Ton personnage de vétéran des Larmes Innombrables est étrange dans la mesure où seule Belegost envoie des troupes à ma connaissance. Nogrod ne participe pas à cette bataille et je pense que ses relations sont dès le départ moins bonnes. Les Nains de Belegost ne partent pas parce qu'ils sont des amis et alliés de Doriath, je doute qu'ils auraient confiés les plans à leurs voisins, mais c'est une question de point de vue.
- N'empêche que je trouve ton texte trop en mode "je suis un Nain rancunier et je vais donner ma version". Les reproches faits aux Elfes me semble un peu trop virulents.

Sur la forme il y a parfois un coté un peu "too-much" dans certaines phrases et je ne suis pas fan des récits à la première personne, mais je ne me sens pas assez à l'aise sur le plan littéraire pour faire une critique constructive de ce point de vue. Ton style reste néanmoins suffisamment bon pour ne pas gêner la lecture, voire pour la rendre vraiment agréable, pas de critique majeure à ce niveau.
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