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Ils voulaient rester libres
#31
Chapitre 4.3




Nous marchâmes toute la nuit, espérant ne pas avoir étés repérés par les habitants de la cabane de bûcherons. Le lever du soleil fut une délivrance, d’autant qu’il fut accompagné d’une courte mais bienfaisante éclaircie. Mes compagnons étaient tout étonnés que j’ai pu résister au vieil arbre et à ses artifices. Alors que les racines commençaient leur œuvre de mort ils m’avaient entendu dire ces mots étranges qui les avaient délivrés. Mais l’étonnement laissa la place à l’admiration quand j’exhibai le troisième morceau du parchemin. Lothíriel nous mit tous à nouveau en route avant d’avoir pu commencer la lecture du document.
« Fé-dan est trempé jusqu’aux os »
Elle me débarrassa de mon manteau et de ma chemise, les confia à Orodreth et me donna son propre manteau.
« Marchons encore malgré la fatigue ou notre ami attrapera la mort juste après lui avoir échappé »
Ce n’est qu’une fois installés chez une famille de Larnomir qu’Orodreth nous en dit davantage sur ce nouveau morceau de parchemin.


Portion 3 du texte voir discord





L’ensemble demeurait confus, sauf peut-être la fin : il y aurait encore deux morceaux à trouver. Les tentatives d’interprétation occupèrent alors une bonne partie de notre voyage de retour.
Lond galen nous accueillit avec soulagement et l’hiver se terminait sur une absence d’événements en provenance de Verlamin. Le calme annonçait-il la tempête ?
Trois semaines de soleil avaient suivi de nombreuses chutes de neige, puis le vent tourna. De lourds nuages arrivèrent du sud apportant des averses de neige fondue. Les orques ne supportent pas la brillante lumière du soleil sur la neige immaculée. Ils attendaient patiemment que le temps se couvre pour agir de nouveau.
Longval, petit bourg fortifié situé à mi-chemin de Verlamin et Pinnornost, dont les défenses venaient d’être renforcées, fut l’objet d’une attaque brutale et sauvage. Les rares survivants parlèrent de très nombreux orques, accompagnés de trolls et de loups. Mais pas de cette terreur de feu qui s’était abattue sur Verlamin.
Les bourgs de Piedlon et Malefaux furent renforcés autant que faire se peut et mes compagnons Akôèmes, qui étaient devenus d’habiles bretteurs, partirent eux aussi pour en assurer la défense.
Alors que le printemps pointait son nez, tous ceux et celles qui n’étaient pas devenus soldats défrichèrent et labourèrent les environs de Lond galen afin de remplacer les terres perdues du nord.
Et se présentèrent deux personnes aux portes de la cité.


Chapitre 4.4


Morwen convoqua notre groupe.
« Je vous présente Anolien et Vunamé, du clan Dunéen Meurdié-solé. Hirluin était ami pour sang du clan et c’est au nom de cette amitié qu’ils sollicitent notre aide. »
Anolien était un jeune homme, trapu, brun de cheveux et de peau, portant une fine moustache aux pointes tombantes. Ses vêtements rustiques étaient de peaux simplement tannées, mais son regard était fier et dur.
Vunamé quant à elle portait une tunique très ornementée, pierres, végétaux et petits objets y étaient accrochés ainsi que dans ses cheveux.
« Féliquèl, le chamane du clan Lodreumila vient de faire alliance avec des orques de l’Ered ethryn. Il a évincé le chef Méléreu lors d’un duel rituel et assume les deux fonctions. Il a convaincu les clans de Péré-lomère et Brolénian de saisir enfin leur chance de rejeter les gondoriens à la mer par la force. Il va provoquer en duel les deux chefs et compte bien forcer ensuite les Meurdié-solé à le suivre. Malgré les différends qui nous opposent, ce clan refuse une telle violence, et par-dessus tout une alliance avec les orques. »
Morwen avait parlé lentement, se tournant régulièrement vers les deux dunéens et un gondorien de sang mêlé qui pouvait traduire en cas de besoin.
« Vous partez donc dès aujourd’hui pour tenter de bloquer ce projet belliqueux. Prenez garde au sens de l’honneur des Dunéens : s’il vous arrivait de défier ce chamane, en public, vous devenez chef à sa place ; si vous aidez un chef, toujours au vu de tous, vous l’humiliez et il devra vous céder sa place.
Durant la quinzaine de jours de voyage qui nous séparait des terres dunéennes, nous eûmes tout loisir d’apprendre à nous connaître davantage.
De l’avis des Gondoriens, les Dunéens ne sont qu’un peuple de sauvages montagnards. Un peuple dont les pères s’étaient ralliés aux Ténèbres lors des premiers âges du monde, et dont il faut se garder à défaut de pouvoir s’en débarrasser, menace permanente, source de conflit. Un peuple belliqueux, jaloux des hommes de l’ouest. Mais ce n’était pas l’avis de Hirluin, comme de tous ceux qui lui étaient proches. Hirluin avait de très bonnes relations avec certains Dunéens. Sa connaissance de la montagne, son attention aux choses et aux gens – il était capable d’écouter, d’observer et de tirer sa subsistance de la nature rude des Pinnath Gelin – avaient forcé le respect chez les membres du clan Meurdié-solé. En bon lettré, il gardait en mémoire l’histoire ancienne des Númenoréens. Comment, d’explorateurs nobles et bienveillants, ils étaient devenus de vils exploiteurs, tirant tribu de cette terre. Les forêts rasées pour la construction de leurs navires, les peuples chassés voire pourchassés.
Beaucoup de choses avaient changé lors de l’engloutissement de Númenor et l’arrivée des Fidèles, rescapés de la catastrophe : les deux peuples devaient maintenant partager la même terre. Le Gondor, fondé par ces Fidèles, était partagé. Pour les uns, la terre est propriété des hommes de l’ouest et toute revendication a été rejetée depuis des générations par la force des armes. Les Dunéens ayant définitivement choisi les Ténèbres doivent être contenus, à défaut d’être éliminés. C’est ce choix qu’avaient fait Castamir et ses partisans quand ils avaient refusé l’union du prince Eldacar avec une étrangère. S’en était suivi dix années d’une terrible guerre civile. Aujourd’hui encore, mais dans une moindre mesure, les seigneurs de Pinnen-losse, Larnomir et Odeledh poursuivent cette voie. Ils n’hésitent pas à taxer fort cher les routes qu’empruntent les clans Dunnéens pour conduire leurs bêtes vers des pâturages plus riches du sud. Le sol du Nan-i-feryth ne retient que très peu l’eau, et le vent soutenu assèche ce qui reste. Plutôt qu’un conflit ouvert comme dans d’autres régions plus au nord, ces seigneurs ont choisi le biais de l’impôt sur la transhumance pour asseoir leur domination.
Pour les autres, la solution passe par une cohabitation, voire une assimilation.
Mais ce n’est pas tout à fait le point de vue des quatre clans Dunnéens du Nan-i-feryth ! Au contraire de la majorité des Dunnéens du Gondor qui a choisi de s’intégrer, soit par les liens du sang, soit en se sédentarisant, ceux-ci ont choisi de garder leur mode de vie ancestral. Certes leur vie est dure en ces terres où ils souffrent du froid et de l’humidité, mais ils y vivent libres et fiers.
« Comment nous voyons les hommes de Gondor ? » disait Anolien en réponse à Mardil.
« Nous vous nommons méchamment les mangeurs de paille. On dit aussi : les hommes des bateaux vivent dans des demeures de pierre où ils confisquent la chaleur en hiver, le sec sous la pluie en nous coupant les routes. »
Il fit hennir son cheval, un petit animal aussi trapu que lui et partit au galop en criant :
« Aucun mur de pierre ne nous enfermera jamais ! »
Anolien ralenti l’allure, puis se tint debout sur sa selle en revenant vers nous. Parvenu à notre hauteur, il s’adressa à nous d’une voix forte :
« Les Meurdié-solé ne seront jamais les esclaves ni des orques ni des sorciers. »
Vunamé était quant à elle moins exubérante mais tout aussi décidée. L’alliance que cherchait à imposer Féliquèl était insupportable. Mais c’était aussi son attitude de chamane qui allait à l’opposé du chemin de marche des Dunéens. Il brisait l’équilibre des pouvoirs, préparait en cachette des barrières sur le chemin dégagé. Et par-dessus tout, il commençait à déranger les ancêtres.
« Déranger les ancêtres ? » s’étonna Anborn.
« Il veut marcher dans les pas des sorciers des temps oubliés, ceux qui suivaient le Ténébreux de l’est. Il fouille les cauchemars, veut lier à son service les esprits des morts. »
C’est après avoir dépassé Larnomir que nous eûmes nos premières nouvelles fraîches. Un groupe de femmes du clan Brolénian se dirigeant vers les pâturages du sud nous apprit que Féliquel avait remporté son duel contre leur chef Bénian et qu’il affronterait celui de Péré-lomère au premier quartier de la lune. De là où nous nous trouvions, il fallait encore moins de deux jours de trajet pour atteindre le clan du sorcier Féliquel et deux autres jours pour atteindre celui du prochain duel qui avait donc lieu dans six jours.
Nous avions eu le temps d’échafauder plusieurs plans d’action, mais aucun n’était pleinement satisfaisant. Vunamé se sentait en devoir d’affronter Féliquel, mais nous craignions tous que son honnêteté soit une faiblesse en face d’un tel personnage. Orodreth portait la même responsabilité en tant qu’envoyé du seigneur de la région, mais je voyais bien qu’il se sentait démuni face à des sortilèges maléfiques. Personnellement, après mes derniers exploits, je me sentais en position de force. Mais comme les autres, et bien que mon peuple ait eu à souffrir de l’action de sorciers, je ne savais comment aborder un tel défi.
Il fallait aussi compter avec les orques. Vunamé savait qu’ils étaient une troupe de quinze menés par leur chef Leûrk. Leur principale attente était de recevoir de la chair d’homme à manger et pour cela ils comptaient sur une alliance avec le chamane-sorcier.
Alors que nous n’étions plus qu’à quelques heures du campement Lodreumila, trois enfants qui conduisaient un petit troupeau de chèvres nous apprirent que les orques étaient arrivés et que Féliquèl avait convoqué un feu de clan. Pas question pour nous de nous montrer à découvert, mais Vunamé savait quoi faire. Elle nous conduisit aux abords du campement par le chemin venant de la rivière.
« Le jonc du matin s’habille de rosée, la berge du soir souffle le brouillard et l’esprit des ancêtres veille sur les vivants »
Nous n’étions plus très loin maintenant et la chamane ne prenait encore aucune précaution pour une arrivée discrète. L’après-midi touchait à sa fin et soudain une lourde brume se fit sentir derrière nous. Elle montait de la rivière, nous enveloppa et nous dépassa. Vunamé, nullement désorientée nous amena jusqu’à une petite butte où nous nous allongeâmes, dans des herbes hautes étonnamment sèches. Le feu de clan commençait.
La lumière n'indique pas le bout du tunnel, c'est la lanterne de celui qui comme toi, cherche à sortir.
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#32
Chapitre 5.1


À l’intérieur d’un grand cercle de feux de bois se tenaient les hommes du clan. Au centre, Féliquèl, chamane et maintenant chef. À sa droite, Maléra le chamane de Brolénian, à sa gauche Bénian chef déchu et ses femmes et filles assises autour du pieu sacré. Derrière, le groupe des orques.
Interrompant les chants rituels, le sorcier tint devant lui une épée :
« Vous reconnaissez cette lame des hommes du sud, des seigneurs venus de l’ouest par la mer ! »
Assurément il s’agissait d’une épée du Gondor, pas un sabre de bronze en usage chez les Dunéens.
Le sorcier mis l’arme dans les mains d’un orque qui venait de le rejoindre et appela un homme du clan à le rejoindre :
« Frappe cette arme des seigneurs des mers ! »
L’orque tenait l’épée levée, le sabre tourna mais se brisa en deux dans une gerbe d’étincelles.
Féliquèl tenait maintenant le Dunéen par l’épaule :
« Si je suis devenu chef et chamane, c’est pour vous conduire vers les gras pâturages, pour cesser de craindre les guerriers du sud. À ma suite vous deviendrez invincibles ! »
Et à la surprise de tous, l’orque transperça le Dunéen.
Il vacilla, blême, alors que le sorcier continuait de le tenir en criant :
« À ma suite, vous serez invincibles ! »
Et le Dunéen reprit des couleurs, répétant avec tout le clan :
« Nous serons invincibles ! »
Et Féliquèl, se tournant vers les orques continuait :
« Les seigneurs des mers ont pris nos terres, nous humilient de leurs taxes, ils ont chassé le peuple des orques dans les montagnes et ils veulent nous priver tous de notre liberté ! »
Tous répondirent en chœur :
« Mort aux mangeurs de paille ! Qu’ils retournent à la mer ! »
Sabres dunéens et cimeterres orques étaient dressés vers le ciel, embrasés de flammes rouges.
Appelant Leûrk, le chef des orques auprès de lui, Le sorcier fit serment :
« Nous faisons aujourd’hui alliance entre les deux peuples de Dun et les Orques. Ensemble nous vaincrons les mangeurs de paille. Et comme signe de cette alliance nous vous donnons nos filles »
Des cris de joie s’élevèrent, puis les chants laissèrent la place au banquet.
Lothíriel s’adressa effarée à Vunamé :
« Il a donné les filles du chef déchu en mariage ? Mais vous savez pourtant que les orques ne cherchent que de la chair humaine ! »
Vunamé répondit :
« Bien sûr que nous le savons. Pourquoi croyez-vous que nous nous opposons à cette alliance ? Mais le clan est sous l’emprise de Féliquèl… »
Anolien les interrompit :
« C’est bien l’intention des orques. Regardez : ils s’éclipsent avec nos sœurs ! »
Et j’ajoutais :
« Ils vont les conduire à leur repaire de l’Ered ethryn et là ils commettront leur abomination… »
« Si je parviens à en atteindre les contreforts avant eux… » disait Anolien, « …je peux rassembler des guerriers de notre clan et les intercepter »
Il fut convenu que Mardil et Anborn partiraient avec Anolien au secours des jeunes filles, car de notre côté discrétion et diplomatie étaient les seules options.


Chapitre 5.2


Depuis un bon moment mon attention se portait sur le pieu sacré. J’en glissais quelques mots à Vunamé qui confirma mon intuition. Une autre puissance que celle des esprits des ancêtres était là à l’œuvre. La nuit était bien avancée, tout le clan finit par sombrer dans le sommeil. Je m’élançai alors, et demandai à Orodreth de m’aider à atteindre le sommet du pieu. Une niche y servait de réceptacle pour un lourd objet, semblable à une très grosse griffe en verre ouvragé. À la lumière incertaine des braises mourantes nous pûmes discerner les phrases suivantes, entrelacées sur le verre noir et opaque, écrites en langue elfique :
« La vérité des ténèbres fait oublier le mensonge de la lumière », « noyée puis emprisonnée ; la voilà asservie », « instrument de puissance » et ce mot « Morgamp » que Vorondil traduisit par griffe de noirceur. Si les mots ne suffisaient pas, Vunamé et moi en étions certains. Cet objet, issu de la pire des sorcelleries, devait être détruit immédiatement. Orodreth sorti son épée et frappa avec force. Un bruit sourd, quelques étincelles et il contint un gémissement, se tenant aussitôt le bras. La Morgamp n’avait pas bougé. Quelques mots échangés et d’un commun accord avec Vunamé je saisis mon bâton :
« ...tu leur imposeras... » murmurai-je en lâchant mon moulinet.
Ce fut comme un cri strident qui parcouru le camp, suivi du brouhaha des dunéens en train de se lever. Le choc nous empêcha de réagir immédiatement, puis il était trop tard pour fuir. Orodreth lâcha prestement la poignée de son épée et s’adressa à la chamane :
« Vunamé, c’est le moment de provoquer Féliquèl en duel, et de réussir une négociation magistrale »
Tous les hommes du clan nous encerclaient à présent, armes à la main, bien qu’il se lise dans leurs yeux un je ne sais quoi d’hésitation. Dès que Vunamé eut aperçu le sorcier, elle l’apostropha :
« Ver putride, fouilleur de tombe, toi qui t’es détourné du chemin de marche, sache qu’aujourd’hui tu es débusqué comme un loup de l’ombre qui s’attaque au troupeau ! »
Tout en proférant ces paroles, la chamane laissait couler de ses mains les débris de verre noir de la Morgamp. Féliquèl passa en un instant d’une attitude menaçante et arrogante à une position d’homme défait et angoissé alors qu’il gardait les yeux rivés sur les éclats mats disparaissant dans l’herbe. Vunamé sentant qu’elle avait pris l’ascendant se tourna alors vers les hommes :
« Chef Bénian ! » Elle le cherchait du regard.
« Chef Bénian ! Féliquèl n’a jamais été chef à ta place, car il n’y a jamais eu de duel, mais seulement une ombre passée dans le clan » et jetant un regard circulaire sur les hommes :
« Je convoque le duel entre Bénian et Féliquèl »
Vunamé jouait gros, et elle nous apprit plus tard qu’elle n’avait aucun droit de provoquer un tel retournement. Il y eut un flottement dans l’assemblée qu’elle mit à profit pour insister :
« Où sont tes alliés de l’Ombre, Féliquèl ? »
Effectivement ils n’étaient plus là depuis longtemps.
« Qu’ont-ils fait des sœurs ? Avez-vous oublié qu’ils mangent la chair des hommes ? »
À l’évocation de ses filles, Bénian s’était ressaisi. Il sortit du rang et se tourna vers le sorcier :
« Duel ! Balamécal ou l’exil ? » Pendant qu’il prononçait ces mots, le cercle se fit autour des deux hommes à qui on tendit à chacun un sabre. Féliquèl esquissa un mouvement de recul en vain : le cercle était fermé. Le combat fut rapide et cruel, le sorcier ayant pour lui la force et la traîtrise qu’inspirent la peur alors que le chef déchu était animé par la vengeance et l’honneur. Mais la Morgamp n’était plus. Tout en essuyant sa lame, Bénian s’adressa à Vunamé :
« Le chemin dégagé est toujours bloqué par les hommes du sud. Que cherchent-ils en venant sur nos terres ? »
Là, c’est Orodreth qui allait jouer gros. Il était mandaté par Morwen pour protéger Lond galen et l’Anfalas d’une alliance entre Dunéens et Orques, pas plus.
« Si les hommes du sud sont sur vos terres, c’est pour vous proposer une autre alliance. Vous avez constaté par vous-même que les Orques et les Trolls se sont multipliés, qu’ils sortent des montagnes à l’appel de leur maître. Vos troupeaux ne sont plus en sécurité, pas plus que les demeures de pierre du Gondor. Ils ont pris vos sœurs, ils ont pris nos frères qui creusent la roche. Aussi, le chef du Gondor vous offre les terres du sud, le long de la Lefnui et supprime le péage de Pinnornost. »
Orodreth nous avoua plus tard qu’il avait tremblé en prononçant ces paroles. Morwen approuverait-elle ? Et comment convaincre les Seigneurs de Pinnornost ou Larnomir ? Les trop nombreuses morts causées par la lutte fratricide avaient affaibli le Gondor, une alliance avec les rudes Dunéens pouvait être providentielle. Mais les blessures étaient encore à vif, forcer la main à Turgon et aux autres seigneurs pouvait se révéler dangereux.
Une négociation démarra, qui s’annonçait longue et délicate tant Orodreth manquait d’éléments. Le jour s’était levé depuis une heure environ quand un événement inattendu vint bousculer ce qui se transformait en marchandage.
La lumière n'indique pas le bout du tunnel, c'est la lanterne de celui qui comme toi, cherche à sortir.
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#33
Chapitre 5.3




« Les tisseuses se sont réveillées, elles ont pris les enfants ! »
Un groupe de femmes revenait de la rivière. Elles s’étaient inquiétées de ne pas voir rentrer les enfants partis pour la corvée d’eau du matin ; arrivées en vue de la résurgence, là où jaillit la rivière qui traverse la Nandûr, elles avaient d’abord étés surprises par une odeur infecte : l’eau était souillée. Puis elles les avaient vues. Esprits maléfiques, s’entourant de ténèbres tissées, noires créatures à forme d’araignées géantes. Elles avaient quitté leur bosquet, pris les enfants dans leurs pièges de toile. Piqués, tués ou plus vraisemblablement endormis, ils avaient étés enveloppés dans des cocons et elles s’étaient évanouies dans l’obscurité, avalées par l’ombre.
Qui de Durbartul ou de Féliquèl, à moins que ce ne soit la destruction de la Morgamp, les avait sorties de la légende ? Leur seule évocation avait fait frémir mes compagnons, mais je sentais leur malignité jusqu’ici. Vunamé réagit la première :
« La Noirceur des temps oubliés a voulu noyer puis emprisonner la Lumière, afin de l’asservir. Cependant quiconque vit un jour cette Lumière la conserve en lui »
Arrivés à proximité de la Nandûr, les paroles de la chamane prirent tout leur sens : cette vallée, et plus précisément le bosquet en son centre absorbait tout. Les toiles nouvellement tissées jetaient une ombre rampante sur la vallée, la rivière ne partageait plus un reflet avec le soleil, un froid glacial en montait, même l’eau était engloutie. D’un pas décidé, Vunamé descendit dans la vallée en direction du bosquet. Alors que l’ombre l’enveloppait comme monte un brouillard, j’entrevis un éclat de lumière vive jaillissant de sa main fermée. Cette petite pierre libérée par la destruction de la Morgamp comme un diamant extrait de sa gangue ! Les mots de malédiction qui étaient gravés tournaient en bénédiction. Je m’engageais alors sans crainte à sa suite, nos compagnons firent de même. Devant nous brille un fil, comme une goutte d’eau qui capterait un rayon unique du soleil parvenu à percer la voûte végétale. Ce bosquet qui ne dépassait pas quelques mètres de haut nous écrase maintenant de sa hauteur. L’air devient lourd, âcre. Un autre éclat de lumière en avant nous pousse à progresser entre les troncs tordus. Nos pieds collent au sol, chaque mouvement est douloureux. Le bruit de la rivière se perd maintenant dans un gargouillis sinistre : sur notre droite, tout près maintenant la terre aspire la rivière. Enfin, après un temps indéfinissable, les troncs s’écartent pour laisser la place à une clairière encore plus sombre que le reste. Nous distinguons à peine une sorte de table de pierre placée sur une estrade de trois marches. Et elles sont là. Elles nous entourent. Des grincements, quelques crissements et une puanteur qui monte, comme une eau souillée dans laquelle on s’enfonce.
« Qui cherche des champignons, prend un bâton »
Ma gorge se serre, mon estomac se tord, comme si j’avais avalé un panier de ces terribles lombulié qu’on apprend aux enfants à ne pas ramasser ni toucher. Mon bâton ! J’ai l’impression de l’avoir abandonné, la nuit nous enserre. Et c’est une explosion de lumière. De sa main levée, Vunamé a libéré la pierre et repousse les ténèbres. Les araignées reculent avec des gargouillements sinistres et chacun de nous reprend ses esprits. Orodreth dégaine son épée, imité par Vorondil, Lothíriel tient à deux mains une courte lance empruntée aux Dunéens. Pour moi ce sera le bâton :
« Appuie-toi sur lui si tu veux méditer »
Devant nous se dresse la table de pierre : un autel à sacrifice, avec une rigole qui conduit le sang vers le cratère où s’engouffre la rivière. Sur l’autel, un objet rond, probablement un miroir serti dans une pièce d’orfèvrerie. À gauche, derrière les araignées, je distingue trois cocons, suspendus à une branche basse.
« Vunamé !, les cocons, là »
Elle les a vu aussi, et s’y dirige. Mais le miroir m’attire. Je monte sur l’autel et m’empare de l’objet pendant que la lumière se décale. Deux araignées sont sur moi, mais Lothíriel m’a attendu. Alors qu’elle repousse la première, j’arrache un œil à la seconde d’un ample moulinet. Déjà Orodreth détache les cocons, ce qui provoque un sursaut de rage chez les hideuses créatures. Vorondil brise deux pattes puis pique à l’abdomen pendant qu’Orodreth repousse ses assaillantes à grand coups de botte. À deux doigts d’être mordue, Lothíriel vient de transpercer celle qui l’a plaquée à terre. Un moulinet à droite, un à gauche, cinq pattes arrachées et je décapite la prochaine. Nos deux compagnons se sont chargés des cocons, le bâton virevolte, brise et arrache ; elles reculent. Vunamé avance de nouveau et nous voici déjà à la lisière. Je déséquilibre la plus hardie, et broie les deux yeux. Il fait beau, d’un frais soleil de printemps.
Nous sommes accueillis avec exclamations de stupeur et cris de joie : Vunamé un instant nimbée d’une lumière aussi vive que le soleil au zénith range la pierre, Orodreth et Vorondil posent à terre leurs fardeaux tout en déchirant précautionneusement les cocons qui laissent apparaître les visages pâles des petits. Un peu d’eau fraîche et les voilà qui se réveillent doucement. Alors que les familles sont tout à la joie des retrouvailles, c’est Orodreth qui vacille, soutenu au dernier moment par Lothíriel. Sa jambière est déchirée, laissant apparaître une plaie noire et boursouflée. Vunamé, qui s’est penchée elle aussi laisse échapper un soupir d’abattement.




Chapitre 5.4


« Elles ont piqué pour tuer cette fois ci. Ton temps est venu de rejoindre les ancêtres Orodreth, tu vas prendre le chemin du balamécal. » Elle avait prononcé ces mots en lui posant la main sur l’épaule, avec un ton solennel. C’était la deuxième fois que j’entendais ce mot de balamécal ; où l’avais-je déjà entendu ? Mais il y avait plus grave à présent. Lothíriel répondait à la chamane :
« Oui, il a été piqué, d’un poison violent, et rapide. Cependant il ne mourra pas. Du moins pas si tu peux me trouver au plus vite une écorce de menelar. Cela ralentira le poison, le temps de préparer de quoi purifier son sang. »
Vunamé fut interloquée, mais le ton était si ferme qu’elle partit en hâte vers le clan. Vorondil me donna quelques explications :
« Les Dunéens ont une médecine peu développée, les blessés graves sont abandonnés, et partent mourir seuls pour ne pas être une charge pour le clan. »
Lothíriel tentait de calmer la fièvre qui s’emparait d’Orodreth, et il délirait déjà quand la chamane revint, portant la précieuse écorce.
N’y tenant plus, j’interrogeais Vunamé sur ce mot qui me tracassait :
« Balamécal ? C’est le nom que nous donnons au trou où vont ceux qui vont mourir »
J’y étais maintenant : ce mot était gravé sur un des feuillets de plomb retrouvés sur le corps d’Hirluin.
« Et où se trouve ce balamécal ? »
« Il y en a plusieurs dans la région, à proximité des clans »
Après m’être assuré qu’Orodreth n’avait pas pris le chemin des ancêtres et que notre guérisseuse n’avait plus besoin de rien, nous partîmes avec Vorondil. Vunamé nous conduisit vers l’ouest, sur une petite colline. Là, au sommet, une épaisse pierre ronde et plate gisait, à moitié recouverte d’herbe. Juste à côté, un trou dans le sol donnait sur une cavité souterraine.
« Cela ressemble à un tombeau de l’époque númenoréenne. » commenta Vorondil.
« Ce symbole, sur la pierre, est-il le même pour tous les balamécal ? » demandais-je.
« Non, ils sont tous différents » répondit Vunamé.
« C’est celui inscrit sur le feuillet de plomb. Et nous devrions trouver là un autre morceau de parchemin… » Je disais cela tout en me penchant sur le trou pour tenter d’en estimer la profondeur. Vorondil fit de même : un air humide et glacé nous lécha le visage, portant avec lui une odeur de putréfaction. Une fatigue soudaine nous accabla : nous avions enchaîné une nuit de veille, une négociation tendue et une bataille avec des araignées monstrueuses.
« Nous reviendrons demain » proposa Vorondil et j’acceptais aussitôt.
Nous alternâmes temps de repos et veille auprès d’Orodreth pendant qu’un groupe de cavaliers se mettait en chasse, espérant prêter main forte à Anolien, Mardil et Anborn. Quelques jours seraient nécessaires à son rétablissement, aussi nous pourrions tenter d’explorer ce tombeau.
Alors que la nuit tombait, je me mis à l’écart et sortais enfin ce miroir de ma besace. Une belle pièce d’orfèvrerie, semblable à des objets vus dans la demeure de Morwen, mais pour moi merveilleux. Mon peuple ne connaissait de reflet que celui donné par l’onde calme d’un lac ou d’une rivière, reflet toujours prêt à s’animer, à se brouiller au moindre souffle de vent comme à la chute d’une feuille morte. Je regardais la surface lisse, regrettant de n’y point voir de profondeur : l’eau d’une rivière laisse apercevoir les galets, parfois un petit poisson.
« Un poisson ? » Je venais justement d’en voir un passer, alors que mon reflet laissait la place à un clapotis. Ce n’était plus une rivière, mais l’écume de la mer, une eau limpide, illuminée d’un fort soleil. Un bateau, des marins au teint mat, puis une bataille, un abordage. Des hommes du Gondor, cruellement assaillis, des survivants enchaînés et la cargaison pillée. Enfin une falaise, à mes pieds, je tombe, je tombe.
Je retrouvai mon visage, sur la surface du miroir. Un bien étrange objet, dont je me demandais si je devais en parler à mes compagnons.
Le lever du jour nous trouva tout ragaillardis. Orodreth allait de mieux en mieux, aussi nous nous dirigeâmes avec Vunamé et Vorondil vers le balamécal. Nous avions confectionné pour la circonstance une échelle de corde, que retenait un solide rondin posé en travers de l’ouverture. Je descendis le premier, balançant l’échelle pour atterrir juste à côté d’un monticule fait de poussière, de matières en décomposition et ossements. Le dernier Dunéen à avoir achevé son chemin de vie était un bébé tombé gravement malade. Il avait été jeté là il y a de ça un mois : pas de place pour les faibles dans la dure vie du clan. Nul corbeau ou charognard ne pénétrait ici, le cadavre se décomposait ou séchait, selon la saison. Il régnait en ce lieu une atmosphère pesante, oppressante, faite de fatalisme et d’angoisse. Vunamé découvrit sa pierre et sortit ce lieu des ténèbres qui l’envahissaient. Cette première partie du tombeau était en pierre maçonnée, de forme semi-circulaire. Devant nous se lisait une vaste fresque, accusant les effets du temps. À gauche un coffre, à moitié vermoulu duquel s’échappaient pièces de tissu mangé par les mites et objets ou ustensiles de la vie courante. À droite un mannequin, portant les effets du mort au temps de sa gloire : armure, armes, bijoux et vêtements en lambeaux. De-ci de-là se trouvaient des corps décomposés et des squelettes de toutes tailles. Derrière nous s’ouvraient deux couloirs. Le plus surprenant était la fresque. On y voyait le mort, reconnaissable à son casque et son emblème, soufflant dans une sorte de trompe et entraînant à sa suite une armée de géants, mi-hommes mi-rochers. Puis on le voyait effrayé, se tenant sur une ligne de crête, mourir sous les jets de pierre de ces mêmes géants qui le suivaient. Il se nommait Herumor seigneur de Hairaverkien, maître de l’Aeglinn . Nous nous engageâmes dans l’un des couloirs. Bas de plafond, Vorondil le plus grand d’entre nous devait s’y plier en deux. 

Plus en avant s’ouvrait une fosse profonde, occupant toute la largeur du couloir, sur un mètre et demi de long. Aucun de nous ne se risqua à sauter, une eau noire et stagnante qu’on apercevait plusieurs mètres en contrebas dissuadait plus que l’exiguïté du couloir. L’autre couloir était sinueux, au sol composé de cailloux instables et de terre meuble. Juste avant de parvenir à l’autre partie du tombeau, Vunamé trébucha, perdit sa pierre et nous nous retrouvâmes brusquement dans l’obscurité.
Notre hôte ne souhaitait pas nous rencontrer en pleine lumière : il voulait interroger les recoins sombres de nos cœurs, dévoiler nos contradictions, nous désespérer de nos limites. Mais j’étais trop impatient : un morceau de parchemin m’attendait là tout près, et je voulais en savoir plus sur cette Aeglinn. J’eus tôt fait de retrouver la pierre dont la lumière éblouissante renvoya le seigneur Herumor à un sommeil paisible. Dans cette salle carrée, un cadavre moitié décomposé reposait sur un autel de pierre, une trompe posée sur sa poitrine, un morceau de parchemin dans la main droite. Je rendis la pierre à Vunamé, et m’emparai des deux objets. Peu de temps après nous étions auprès d’Orodreth pour continuer la lecture de notre puzzle.
La lumière n'indique pas le bout du tunnel, c'est la lanterne de celui qui comme toi, cherche à sortir.
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#34
chapitre 6.1

nouvelle portion de texte cf discord/art/5 octobre


Il nous manquait une partie du début du texte, mais tout le reste était là. Ce que nous pouvions prendre pour une chasse au trésor comme celles qu’organisent les enfants, grotesque et absurde au vu du contexte où elle s’inscrivait, était en fait le résultat dramatique de la lutte inégale entre un homme et probablement un Ver, créature terrible nommée Durbatul. Hirluin, soumis aux tourments d’une sombre malédiction avait tenté, jusqu’au bout de sa vie, de prévenir ses proches, de leur apporter l’aide nécessaire pour lutter contre le monstre. Son premier testament, discours incohérent, le deuxième mis par écrit mais éparpillé et le troisième, feuillets gravés dont il n’avait même pas essayé de parler et qu’il avait (ou qui avaient étés) cachés dans des lieux improbables et dangereux. Tout cela serait-il vain ? Orodreth pensait de plus en plus que son noble père, modèle de générosité et de courage, n’avait pas été poussé par quelque ennemi du haut de la falaise. Il s’était jeté lui-même dans le vide, saura-t-on qui du courage ou de l’égoïsme il fut à ce moment l’esclave ?
Une grande joie accompagna le retour des filles de Bénian. Anolien venait en tête, suivi des hommes de Lodreumila alors que Mardil et Anborn fermaient la marche. Vingt-sept têtes d’Orques pendaient aux selles. Nos compagnons étaient parvenus à dépasser les ravisseurs, à rassembler les guerriers de Meurdié-solé et à les intercepter. Le comité d’accueil, venu de l’Ered ethryn faillit briser l’espoir : Lodreumila arriva juste à temps.
À Orodreth qui était impatient de rendre compte à Morwen et préoccupé par l’engagement qu’il avait pris d’accueillir les Dunéens, Lothíriel commanda un jour de convalescence supplémentaire.



Chapitre 6.2


Les jours, les mois qui suivirent ne laissèrent en moi aucune place à la belle saison. Le soleil était à mes yeux si souvent voilés de noirs nuages que j’entrais progressivement dans une humeur sombre. Ces nuages, ils étaient d’abord bien concrets : des oiseaux noirs, qu’on nomme ici crébains, nous avaient survolés à proximité de l’Umb esselwain juste après notre altercation avec les lumus. Des chauves-souris avaient perturbé notre sommeil dans la pentirn. Et de nouveau ces oiseaux noirs qui tournoyaient, frôlant nos têtes après l’embuscade du refuge nain, lors des soins donnés à Orodreth. C’est à ce moment que me revinrent en mémoire des événements semblables qui avaient eu lieu lors de notre départ de Desdursyton.
Nos patrouilles affrontaient aujourd’hui des dangers toujours grandissants. Nous avions perdu avec Orodreth six hommes lors d’accrochages survenus dans des conditions étranges alors même que ma réputation allait grandissant : on vantait ma bravoure, ma perspicacité et ma valeur guerrière, moi qui ne maniais pas l’épée. Je n’étais pas devenu un grand défenseur du Gondor : non, je me savais devenu bien supérieur aux autres. Mais à quel prix ? Orodreth ne pouvait plus s’empêcher de lancer un « nous sommes encore repérés ! » agacé chaque fois que des crébains nous survolaient ; je ne me sentais bien qu’en présence de ces jeunes soldats qui m’admiraient alors que la compagnie de mes frères Akôèmes m’ennuyait ; et par-dessus tout je ne supportais plus la curiosité grandissante de Vorondil à l’égard de mon bâton.
Bien que j’affichais une humeur grave mais joyeuse, mon cœur se troublait de plus en plus. Ce bâton que m’avait confié mon père, qui le tenait de son propre père : j’y mettais toute mon attention, il avait toute ma confiance. Mais il m’était bien extérieur, il n’était même pas un fruit de mon clan comme l’avait très vite remarqué Vorondil au vu des inscriptions qui le recouvraient. Sans lui je ne serais rien, rien de plus qu’un pauvre bougre tout juste bon à plier l’échine sous le joug des sorciers.
Puis il y eut l’arrivée des réfugiés d’Umbar.
Lors du retour du roi Eldacar, une grande partie de ses opposants qui avaient survécu aux combats s’étaient repliés vers la cité méridionale d’Umbar, qu’ils avaient prise pour en faire leur fief. De rares survivants en avaient rapporté la triste nouvelle à Lond galen. Mais à l’été 1449, ce fut un bateau entier qui arriva. Morwen, qui comme les autres seigneurs du roi Eldacar craignait que les rebelles n’envisagent un retour en force, avait confié à la seule nef de guerre qu’elle possédait encore le rôle de patrouiller au large. Ce qui attira l’attention du capitaine fut une lumière d’incendie juste avant le lever du jour. Le vent était favorable et il fit voile vers cet événement singulier en haute mer. Peu de temps après le soleil se leva sur un triste spectacle : un navire marchand, dont plusieurs voiles avaient brûlé, faisait route vers le nord, poursuivi par une nef de guerre. Celle-ci, prête à un abordage, lança encore quelques projectiles enflammés, puis s’apercevant de la présence d’un navire gondorien, abandonna la poursuite. La nef portait haut les couleurs de la cité d’Umbar, mais sans la couronne du Gondor. Un équipage composé de bric et de broc, des passagers épuisés et anxieux furent recueillis à bord et ramenés à Lond galen. Hommes, femmes et enfants de tous âges, ils avaient fuit Umbar, n’emportant que quelques bagages légers avec eux. Il n’y avait que deux soldats parmi eux, qui confièrent leurs armes immédiatement au capitaine.
Umbar était depuis la fin de la lutte fratricide de fait en guerre contre le Gondor d’Eldacar. Ainsi les réfugiés furent accueillis avec dignité mais isolés dans un premier temps dans la citadelle. Qui sait quelle fourberie les rebelles avaient-ils manigancé ? Ce n’est qu’une fois convaincue de la bonne foi de chacun que Morwen permis qu’ils s’installent sur place, qui chez un proche, qui là où on aurait besoin de sa compétence. Petit à petit les nouvelles se répandirent, concernant les raisons de leur fuite. Certes ils étaient en désaccord avec le roi, certes certains avaient probablement du sang sur les mains mais tous avaient en commun cette crainte profonde de celui ou ceux qui avaient pris le pouvoir à Umbar.
Après leur défaite à Pelargir et la mort de Castamir, les nobles survivants, chefs de la rébellion rassemblèrent ceux qui leur étaient fidèles et fuirent avec leur flotte vers Umbar. La cité coupa alors les derniers liens qu’elle avait avec la couronne. Parmi les réfugiés, certains avaient séjourné auparavant là-bas, et ce qu’ils y trouvèrent n’avait plus rien à voir avec la noblesse du Gondor, même avec Castamir qu’on peut surnommer l’Usurpateur ou le Cruel. Le ou les dirigeants étaient associés avec de ces cruels gens du lointain sud, nommés Haradrim. Leur pouvoir ne souffrait aucune faiblesse ni écart quant à la haine du Gondor, ceux qui en gardaient ouvertement la nostalgie disparaissaient mystérieusement. Il régnait une forme d’oppression étouffante que certains n’hésitaient pas à attribuer à quelque forme de sorcellerie.
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#35
Quand tu mets une image sur Discord, tu peux ensuite l'ouvrir et récupérer son adresse pour la coller ici.
https://cdn.discordapp.com/attachments/4...nknown.png
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Voire les afficher directement en mettant l'adresse entre [ img ] et [ /img ].
Code :
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[Image: unknown.png]
[Image: unknown.png]
"L'urgent est fait, l'impossible est en cours, pour les miracles prévoir un délai."
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#36
J'ai pris du retard je rattraperai plus tard Sad

J'ai aussi édité mon message de la page précédente (où il y a eu discussion sur l'intégration de la carte) afin de l'ajouter du coup Smile
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#37
J'aime cette aventure rôlistique.
Classique : le fil rouge des morceaux de parchemins comme quête initiatique, avant une confrontation finale avec un grand ennemi ou soi-même.
J'ai pourtant l'impression que tu escamotes certains passages, comme par exemple le réveil des occupants de la cabane au fond des bois ?
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#38
Peux tu me dire quels autres passages sont à ton avis escamotés ?
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#39
Chapitre 6.3


C’est à ce moment que notre seigneur Morwen m’envoya à Osgiliath, capitale du Gondor. Le but de ce voyage était double : informer le roi des périls que nous affrontions, et solliciter de sa part une aide militaire. J’accueillis avec joie cette nouvelle mission, conscient que Morwen cherchait à m’éloigner des zones de combat. Cette marche longue, simple et sans danger, où mon bâton ne me servait que d’appui me fit momentanément le plus grand bien. Accompagné de deux soldats et d’un secrétaire, nous parvînmes sans encombre à la capitale. Un grand chambellan nous fit bon accueil au nom du roi, mais après deux jours de repos et d’attente la réponse fut conforme à nos craintes. Le roi avait bien reçu notre demande, et il enjoignait toutes les forces du pays à garder espoir et unité. Les rebelles venaient de lancer une phase de raids côtiers qui promettait d’être longue, et partout dans le royaume orques et trolls se réveillaient. Il nous faudrait nous débrouiller avec nos propres forces. Le séjour dans la capitale me permit cependant de faire une rencontre intéressante : un groupe d’Akôèmes, qui comme moi avaient fuit les sorciers de Desdursyton, installés dans la région depuis quelques années. L’un d’eux me fit alors des révélations qui firent ressurgir mon trouble.
« J’ai bien connu ton grand-père. Comme toi il portait le bâton, don du Sage-bleu. Il ne craignait rien, les créatures des ténèbres reculaient devant lui et on le suivait les yeux fermés. Jusqu’au jour où les orques furent trop nombreux. Blessé il perdit son bâton. Alors que rejoint par d’autres membres du clan, dont ton père, qui firent la chasse aux orques partis avec un jeune captif, il se mit à divaguer, errant et marmonnant des 'je l’ai perdu, je l’ai perdu'. Après quelques jours d’une traque couronnée de succès on retrouva ton grand-père mort, après s’être jeté d’une falaise. Ton père avait retrouvé le bâton, abandonné en chemin par les orques. Mais il ne le porta jamais, et ce n’est qu’à contrecœur, sachant que tu partais pour l’ouest qu’il te le confia »
À mon retour à Lond galen, Morwen eut la sagesse de me tenir à nouveau à l’écart des zones de combat. Elle m’envoya sur la côte, dans un village de pêcheurs où pendant deux ans je contribuai à nourrir la population de la cité. Sur un bateau de pêche mon bâton ne m’était d’aucune utilité mais chaque soir je rentrais en tremblant, espérant qu’il n’avait pas disparu et ne m’endormais qu’après l’avoir serré dans ma main. J’étais à la fois spectateur de ce rituel, et prisonnier.
Les patrouilles d’Orodreth étaient redevenues efficaces, mais le danger croissait toujours. Les orques se multipliaient, nous harcelaient chaque jour davantage. Mais le ver n'attaquait pas... Pas encore. Morwen était parvenue à convaincre Turgon et les seigneurs du nord à passer outre leur antipathie pour les Dunnéens, qui s’étaient installés nombreux dans le sud. Cette population neuve fut un grand bienfait, tant pour l’agriculture que pour les combattants. Leur départ du plateau aride de l’Ered ethryn avait cependant laissé le champ libre à d’autres créatures venues du nord grossir les troupes de Durbatul. Un secours inattendu nous vint alors de Pelargir : trois chevaliers, de noble ascendance númenoréenne, images des héros de jadis se présentèrent aux portes de Lond galen. Équipés pour la guerre, accompagnés de leurs écuyers, ils venaient nous délivrer du Sinistre ver Durbatul. Morwen ne put les dissuader d’accomplir une telle folie, mais si noble était leur port, si impressionnant leur armement que toute la ville crut la fin des tourments arrivée. Hélas, quelques jours plus tard un seul revint vivant à la cité. En haillon, de nombreuses brûlures sur les membres, il n’était plus qu’un corps brisé sans esprit dont la bouche ne prononçait plus que ces quelques mots : « je suis Durbatul, je suis votre maître… »
Le moral de la cité tomba alors bien bas et Morwen profita de ce moment pour venir prendre de mes nouvelles. Nous marchions sur la plage, échangeant quelques nouvelles. Que ce soit avec la vieille Lué-nian ou avec d’autres Akôèmes, elle aimait partager avec nous. Notre point de vue d’étrangers, le désir de liberté si jeune qui nous habitait l’aidait à prendre du recul face aux événements qu’elle devait gérer. Je l’écoutais avec peine, tant mon esprit était tourné vers mon bâton. Avec un filet dans les mains et les embruns rafraîchissant mon visage j’avais l’esprit en paix. Mais pas là. Mes pieds s’arrêtèrent sur le sable, Morwen fit de même. J’étais si préoccupé que je n’entendais plus le ressac. Les vagues étaient comme ralenties, le vent s’était tu. Une falaise de rochers tranchants, brisés par quelque main titanesque. Des vagues s’y jetant avec force et au milieu un petit navire blanc, se jouant des remous, s’appuyant sur le vent passe par une arche de pierre jusque-là invisible.
« Edhellond » murmurai-je. Morwen me regardait attentivement et prit à son tour la parole :
« Voix du sage, oreille des humbles. Vous autres Akôèmes m’êtes une bénédiction ! »
Elle apporta à mon étonnement quelques explications :
« Dans ce miroir que vous avez ramené du bosquet aux araignées, vont et viennent de nombreuses images et scènes, toutes de souffrance et de malheur. Alors qu’il semble être une belle chose, œuvre des plus grands orfèvres de Númenor. C’est pourquoi je songeais le montrer à des maîtres du savoir ancien, les elfes d’Edhellond »




Chapitre 6.4


Le vent reprit son chant profond, les vagues fouettèrent de nouveau la grève. Morwen avait autre chose en tête, mais s’interdisait de m’en parler.
La nouvelle fit le tour de la ville : un jeune soldat venait d’être retrouvé pendu dans une grange. Il s’était mordu les bras jusqu’au sang, s’était arraché les cheveux avant de se donner la mort. C’était un de mes plus fervents admirateurs, un jeune soldat qui patrouillait avec nous deux ans auparavant. Ses proches l’avaient entendu plusieurs fois désespérer de ne pouvoir m’égaler alors, et il avait un comportement étrange, comme indifférent aux autres depuis quelque temps. Je saisis alors mon bâton, prêt à en découdre : cela ressemblait tant à des intrigues de sorciers, ceux de Desdursyton, ceux d’Umbar. Fé-dan se mettait de nouveau en route, tous rassemblés derrière son bâton ! Et je revis Hirluin chuter, mon grand-père rongé de désespoir, j’entendis Orodreth s’écrier « Nous sommes encore repérés ! ». Je voulais simplement être libre. Je passai la nuit assis, les mains crispées sur mon bâton. Au lever du jour je me présentai à Morwen : « je souhaite aller à Edhellond. J’ai moi aussi un objet à montrer »
C’est ainsi que nous nous retrouvâmes réunis, Orodreth, Lothíriel, Vorondil, Mardil et moi-même, longeant la côte, à la recherche de la très discrète cité elfique d’Edhellond. Nous y étions attendus, car au moment même où nous apercevions l’embouchure de la Morthond, une voix résonna dans l’esprit de chacun d’entre nous. La Dame était inquiète et souhaitait nous apporter son aide. Elle ajouta pour moi ces quelques mots :
« Grande est la puissance de cet objet entre vos mains, si forte est sa personnalité que ce n’est plus lui l’outil, mais vous qui êtes à son service. Grande est la mission qui lui a été confiée par son maître, combien noble cette lutte contre les sorciers de l’orient. Mais grande est votre crainte de devenir alors un esclave, pensant libérer son peuple »
La Dame des elfes avait entendu les échos de la lutte entre la puissance de mon bâton et les forces ténébreuses qui s’éveillaient depuis quelque temps dans la région. La haine qui poussait les rebelles d’Umbar, la terreur qui répondait au nom de Durbatul avançaient, lentement mais sûrement. Et ce bâton, autant qu'il pouvait en contrer ses serviteurs, excitait et attirait les Ténèbres autour de lui. Le miroir quant à lui avait été perverti, souillé volontairement dans le but de briser et désespérer les âmes de tous ceux qui finiraient par y trop plonger leur regard.
Les vierges et les mères versèrent des larmes, les orfèvres composèrent et gravèrent bénédictions et complaintes propres à contrer le fiel de Durbatul ; et le miroir fut purifié.
« Débarrassé de l’emprise de Durbatul il vous renverra un reflet de vous-même, sans mensonge, un écho de votre présence, tel le sillage d’un navire qui reflète en tous sens la lumière de la soleil, tel votre passage dans la musique qui baigne ce monde »
Puis me conduisant devant une large cheminée où crépitait un feu joyeux, dans une salle emplie de chants parfois joyeux, parfois durs, mais toujours mêlés d’une forme de mélancolie, la Dame me parla de mon bâton.
« Taillé dans une simple branche, prise à un arbre du lointain orient, cet objet est l’œuvre d’un sage de la terre bénie de Valinor, qui cru bon de se servir de vous pour accomplir sa propre mission. Au lieu d'éveiller en vous les moyens de lutter pour votre liberté»
Tout compte fait je n’avais entre les mains qu’un bout de bois, orné de gravures et j’étais fatigué de ces sorciers, ces Puissances, Valinor ou Morgoth, Silmarils ou nuit originelle, légendes que Vorondil tentait vainement de m’inculquer.
Je brisai d’un coup sec le bâton sur mon genou et le jetai au feu. Il brûla doucement, d’une flamme vive et claire. J’étais libre.
Avant de repartir pour Lond galen, la Dame nous invita à regarder alors dans le miroir. Vorondil reconnu un réseau de grottes et de galeries de mines anciennes, grouillantes d’orques et abritant une forme sombre, plus noire que les ténèbres environnantes. Puis une vision de Hirluin titubant dans ces ténèbres, une autre de Golasgil fuyant ces grottes terrorisé. Mardil, quant à lui reconnu les eaux lumineuses de la baie d’Umbar, qui se couvraient d’une ombre sale, projetée par une colonne de fumée âcre. Enfin ce fut un îlot, semblable à ceux qu’on aperçoit au large de Lond galen. Un escalier, des jeunes gens s’agitant dans des tombeaux souterrains, et accompagnant la vision un souffle glacial qui nous fit frémir. Des âmes en peine, esprits torturés de seigneurs de jadis, spectres lugubres assaillant ces jeunes gens, et eux qui se livraient au désespoir, sacrifiant des animaux sur un autel, et un bébé, lié de bandelettes et levé à bout de bras, encerclé par trois poignards déjà maculés de sang.
La vision avait cessé, une sueur froide coulait le long de mon dos. Mes compagnons étaient tous blêmes. La Dame prit la parole :
« Une ombre s’est glissé jusqu’au cœur de votre cité, derrière vos patrouilles et vos fortifications. Il vous faudrait être revêtus du voile de Lúthien pour la surprendre. Recevez cependant ces capes, couleur de nuit, de cette nuit qui fut pour les premiers nés baignée d’étoiles. »
Puis elle ajouta, alors qu’un jeune elfe s’avançait :
« Radladen vous accompagnera. Les elfes ne craignent pas les morts et il sera pour vous un soutien dans les ténèbres »
Enfin elle offrit à chacun de nous un cadeau. À Mardil une flûte « dont le son rappelle le chant de Mélian, quand elle faisait de son anneau un havre de paix ». Pour moi elle me tendit un nouveau bâton « prenez ce bâton de marche, il a été taillé dans une branche de mallorne, et n’a d’autre pouvoir que de donner un appui à celui qui marche. Qu’un jour il vous accompagne pour ramener vos frères de l’esclavage à la liberté »
Nous quittâmes Edhellond et j’entendis une dernière fois la Dame s’adresser à mon esprit :
« Soyez à l’écoute de désir de liberté qui vous a conduit de l’orient jusqu’à ici ; il est bien plus intime à vous-même que tout objet de puissance entre vos mains »
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#40
le récit écrit s'arrête ici, mais je propose deux suppléments:
- les "annales" donnant quelques repères d'avant et pendant
- la suite du récit, qui aurait du se faire sous forme de partie JDR, la encore en abrégé sous forme "d'annales"






1344 naissance de Golasgil
1346 naissance de Hirluin
1348 naissance de Ivriniel
1351 naissance de Morwen
1366 arrivée au Gondor de Hué-teng, de sa compagne Lué-nian et de quelques compagnons.
1370 naissance de Pué-lan Herion
1396 Pué-lan Herion repart vers l'est dans l'espoir de ramener d'autres parmi ceux qui veulent rester libres
1415 naissance de Fé-dan dans le lointain pays de Kôème, en orient.
Avant 1432 : Hirluin, fils de Derufin est l'administrateur de la cité minière de Verlamin. Golasgil son frère aîné a succédé à leur père Derufin comme seigneur de Lond galen, sur la côte.


1432 : Sous le règne d'Eldacar (Vinitharya), fils de Valacar et Vidumavi (fille des Nortmen), commence la guerre fratricide, menée par des familles princières. Globalement c'est le sud côtier contre le nord proche des Nortmen.
Durbatul le dragon, se réveille dans sa grotte profonde, située au nord de Verlamin. Il commence la perversion d'un miroir núménoréen
1437 : Les rebelles incendient Osgiliath, Eldacar destitué fuit vers le Rhovanion, son fils Ornedil est assassiné par Castamir qui prend le pouvoir. Mais sa cruauté et probablement son avidité quant aux impôts tempère le soutien de tout le peuple. Seuls certains dirigeants peuvent être isolément cruels. Golasgil est destitué par les partisans de Castamir et remplacé par Barachir ; Hirluin est maintenu, à cause de sa compétence, mais avec des pouvoirs diminués.
1447 Eldacar revient, bataille des gués de l'Erui, de très nombreux descendants de Númenor meurent, siège de Pelargir.


1448 Fé-dan et ses compagnons parviennent à traverser les terres des Orientaux (easterlings), non sans dangers et atteignent le Rhovanion. Ils cherchent Hirluin et Golasgil de l'Anfalas. La traversée de la zone côtière, fidèle à Castamir est facilitée par le fait que Hirluin et Golasgil sont peu connus : pas assez pour savoir qu'ils sont fidèles à Eldacar, mais assez pour diriger vers l'Anfalas.


Début 1448 Lond galen est divisée : des partisans de Castamir prennent la mer, des fidèles d'Eldacar prennent la voie de terre et se retrouvent pour s'affronter au siège de Pelargir.


Hirluin fait la découverte d'une grotte prometteuse. Il prépare comme il le fait souvent sa mission d'exploration, sans s'entourer d'un secret particulier. À ce moment, Barachir, impose un impôt nouveau (pour soutenir les assiégés de Pelargir). Puis découverte de la grotte complète qui se trouve être la cachette d'un dragon : Durbatul. Avec le miroir, le dragon est déjà au courant et se prépare. Il fait donc croire à Hirluin qu'un complot vise à lui voler sa découverte sous forme légale. Sous le charme, Hirluin se confie à son frère Golasgil, qui va voir la grotte, et trouve le miroir (Durbatul se cache). Il croit être menacé par Hirluin, des orques l'obligent à fuir, il prépare sa défense, et Hirluin en récupérant le miroir voit cela en déformé et va donc lui aussi se défendre. Le miroir les fait entrer dans un cercle vicieux où chacun en projetant son angoisse sur l'autre croit discerner de l'agressivité, et répond par un mouvement de défense qui est aussitôt prit comme une confirmation.
La mémoire de Hirluin se brouille sous l'influence conjuguée du dragon et du miroir et son frère Golasgil devient dans son esprit associé au nom de Kaluidh, Númenoréen noir. Golasgil découvrant la haine qui habite maintenant son frère (Hirluin manque de le tuer de son épée) à son encontre trouve son salut dans un dernier bateau partant renforcer les rebelles de Pelargir, emmenant avec lui son fils. Ils arrivent trop tard, Eldacar vient de prendre la cité. Ils se joignent donc à la fuite des rebelles vers Umbar. Hirluin devient paranoïaque, pensant qu'il va être assassiné et le suicide devient sa seule perspective. Il tente de prévenir ses proches mais de sa bouche ne sortent que des paroles énigmatiques. En effet, son discours est altéré par la puissance des mots de malédiction du Dragon. Cette énigme est le fruit de la lutte de leurs deux esprits. (cf « le testament d'Hirluin, chap 3  »)


Hirluin découvre que son écriture n'est pas altérée par la malice du Dragon. Il écrit une sorte de testament mais il est contraint de le découper et de l'éparpiller. (cf « le parchemin découpé »)
Durbatul attire à nouveau Hirluin, lui remet à nouveau le miroir. Les demi-mensonges et les fausses vérités que le miroir donne à voir ont raison des dernières forces de Hirluin.
Hirluin dans un dernier effort grave trois petites feuilles de plomb et abandonne le miroir avant de se suicider, l'esprit anéanti. (cf « les trois feuilles de plomb »)


Hirluin meurt après s'être jeté du haut d'une falaise (sur des rochers, son corps est retrouvé facilement, avec les feuilles de plomb)
Barachir et ses plus farouches partisans prennent un dernier bateau et s'enfuient vers Umbar. Morwen se retrouve de droit seigneur de Lond galen et dirige les affaires de la région, courageusement (ce qui lui permet « d'oublier » sa douleur).


1448 Narbeleth (octobre) arrivée de Fé-dan, Sia-nian et leurs compagnons quelques semaines après le retour d'Eldacar


Golasgil et son fils Bergil arrivent à Umbar. Le père, resté fidèle à Eldacar sera éliminé rapidement comme traître. Le fils traumatisé par tout ces événements devient corsaire


Les événements : chapitres 1 à 6


Parmi les réfugiés d'Umbar, arrivés en bateau, se cachent deux adeptes du culte sauronique qui vont commencer un travail de sape à Lond galen : le bâton de Fé-dan, ses effets pervers sont un de leurs atouts.


Raids corsaires sur les côtes de l'Anfalas. Le miroir, avant d'être purifié fait apparaître la figure du cruel Kaluidh, qui se trouve être Bergil, persuadé que ceux qu'il aimait l'ont trahi.


Durbatul n'est pas pressé, ses orques rassemblent tout l'or de la zone dans son repaire. Il attire de nombreuses créatures malfaisantes de la région. Il fait monter la tension, s'appuyant sur les effets conjugués du bâton de Fé-dan et de l'hostilité d'Umbar. Escarmouches et fausses attaques préparent le terrain de la grande offensive visant à piller et détruire Lond galen.
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#41
(07.10.2022, 06:58)sam sanglebuc a écrit : Peux tu me dire quels autres passages sont à ton avis escamotés ?

En fait c'est une impression générale dûe aux fréquents changements de rythme du récit.
Quelques phrases pour une période de plusieurs jours, puis une conversation complète, puis à nouveau une suspension de l'action, une scène de bataille détaillée, etc.

Mais c'est typique d'un "récit de voyage"...
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#42
Voici maintenant sous forme décousue la suite:


1449 Lors d'une nouvelle mission de reconnaissance, nos aventuriers s'infiltrent dans un des camps orque de Verlamin pour y délivrer un enfant, et découvrent la dernière pièce du parchemin.
(Discord)
Pris au piège, il doivent leur salut à la débandade qu'ils provoquent au sein des animaux retenus captifs par les orques.


Les trois clans dunéens arrivent du nord et s'installent dans les terres riches et clémentes de Lond galen. Leur intégration s'y fait assez rapidement ; la région épuisée par la Lutte fratricide y trouve un sang neuf providentiel.


Accompagnés par l'elfe Radladen, les aventuriers mettent à jour et défont un culte sauronique, dont les instigateurs faisaient partie des réfugiés d'Umbar.


La tension continue de monter, Durbatul se contentant de lancer ses piques. Morwen renforce l'organisation de la défense, les hameaux les plus isolés finissent par être évacués.


1450 Le moral est au plus bas, mais l'arrivée inattendue de la mère de Mardil va relancer l'espoir. Celui ci parvient enfin à se réconcilier avec son héritage ; car Mardil fait partie d'une longue lignée de voyants, et un événement dramatique avait eu lieu des années plus tôt, au début de la Lutte fratricide. Le voici dans sa version chantée :




« Castamir n'avait pas régné longtemps que déjà il s'était montré plein de morgue et peu généreux, bref un homme cruel... »
« Alors que la lutte fratricide déchire le Gondor, se lève Mardil.
« D'Anfalas à Pelargir il prend la route.
« La blanche colonne gît à terre,
« l'étoile d'Umbar ne resplendit plus
« Homme de l'Ouest, tu abandonnes la garde des frontières.
« Comme a sombré la Pierre
« tes yeux se voileront de larmes
« et tu ne distingue plus l'humble du faible »
Mardil ne parviendra jamais à porter son message à Castamir, et sera jeté en prison sitôt franchies les portes de Pelargir.
Il désespère alors en prison, parmi les vauriens fauteurs de troubles.
Mais voici qu'un vieillard, balayant les cachots, chantonne en sifflant :
« Quand vient la moisson
« Au Pays Béni
« De rires et chansons
« Les Eruhíni
« Ensemblent louent
« Le Père de tout »
Que cela te serve de leçon ! Lui lance le geôlier
Et Mardil libéré, de rentrer sans façon.


Cette vocation, cet appel, Mardil et ses ancêtres le tiennent de Ciryaher. En voici le récit, conservé de génération en génération :
Vers l'an mille du troisième âge, Ciryaher, grand père de l'arrière grand père de Mardil se tenait sur la montagne, scrutant l'horizon tant de ses yeux qu'avec la force de son âme. En ce lieu béni, on pouvait apercevoir jadis émergeant d'une lointaine brume la pointe du Meneltarma, sommet sacré de Númenor. Mais une vague gigantesque s'était levée, balayant l'orgueil devenu démesuré des Hommes de l'ouest. La Voie Droite fut alors coupée, les Puissances abandonnèrent  les Fidèles et les autres hommes à leur sort. Il ne resta plus que le souvenir de l'Un, béni-soit-Il !
Ce jour là donc, Ciryaher scrutait à l'ouest cet horizon qui s'était courbé, chantant pour lui-même à voix basse. De ce replat rocheux, accessible seulement à d'habiles grimpeurs, on contemplait l'Andrast, cette ultime extrémité du sud-ouest de la Terre du Milieu. À quelques trente pieds plus haut se dressait, inaccessible sur son aiguille rocheuse, l'aire d'un grand aigle. Très loin vers le nord, la montagne s'élançait, s'élargissait jusqu'à rejoindre l'Ered Nimrais. Derrière à l'est, on distinguait à peine dans la lumière du levant les plateaux du Pinath Gelin et la côte d'Anfalas. Mais d'en bas, tout en bas des pieds de Ciryaher montait le murmure des vagues. Une brise de mer au goût salé qui en ce lieu seul parvenait jusqu'au sommet, où mer et ciel se rejoignent.
Et il la vit. minuscule et étincelante, blancheur immaculée portée par une vague, ni écume ni nuage. Poussée, gonflée par le vent, à l'endroit même où se tenait autrefois Númenor ; une voile.
« La Voie Droite est à nouveau ouverte, Illúvatar n'a pas oublié ses enfants ! »
Mer, ciel et chant s'élevèrent de concert.





C'est avec sa mère que Mardil parvient enfin à évoquer sa rencontre avec Le vieillard, dans les geôles de Castamir. Et il s'ouvre enfin à l'histoire du Pèlerin Gris.
Cet vieil homme, car ce n'est pas un Elfe et il ne semble pas, au vu des siècles passés que ce soit un simple homme ; ce sage va et vient dans les terres de l'ouest, libre de toute attache, souvent porteur de mauvaises nouvelles mais toujours encourageant. Car pour qui sait l'accueillir avec attention, les mots de sa bouche sont comme le souffle qui vient ranimer les braises endormies du foyer, qu'on les entende de vive voix ou qu'elles jaillissent d'une mémoire. Le premier ancêtre de Mardil a avoir rencontré ce sage est la mère de son arrière grand père. Certaines de ses sentences ou de ses réponses sont conservées précieusement dans la famille :

« L'horizon à l'ouest s'est courbé, jusqu'à rattraper dans sa chute celui de l'est. Ce n'est plus tant au loin que doivent se porter vos regards et votre langueur, mais au cœur qu'il faut diriger vos efforts. »

« Voici qu'une sombre menace rôde. De lourds nuages de cendres s'élèveront-ils de nouveau d'Orodruin ? Gardez une constante vigilance aux portes du Mordor, ainsi qu'à celle de vos lèvres et de vos cœurs. »

« Veillez à ce qui reste de braises dans vos cœurs ne s'éteigne pas ! N'oubliez pas la vive flamme qu'Eärendil porte au front. Vivez du feu qui brûla Beren et Lúthien. Il se pourrait que vous ayez été choisi... »




« Je l'ai moi aussi rencontré, quand j'étais enfant. » dit elle à Mardil. « J'étais assise sur un rocher, contemplant les sommets de Tarlang tout en chantant une comptine de la région :

« Les vilains Gobelins
Sont sortis par un trou
Comme souris de partout
Pour casser et voler

Pour fermer pour bloquer
Ces souris dans leur trou
C'est fini un verrou
Quel gredin quel malin ?

Un géant c'est tentant
jettera un caillou
brisera son joujou
de la sorte sur leur porte

Les cloportes en cohorte
Ne vont plus par le trou
Ne font plus de hou-hou
Car le cran est butant. »

« D'où vient cette comptine ? » m'avait demandé le vieux sage. « Je ne sais pas » avais-je répondu. « Elle me plaît bien, apprenez la moi » m'avait il dit, « Elle me servira bien » et il repartit.

*le cran est butant est une expression de la région de Morthond, qui signifie la porte est verrouillée
La lumière n'indique pas le bout du tunnel, c'est la lanterne de celui qui comme toi, cherche à sortir.
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#43
Fin 1450: où le récit trouve sa première conclusion, telle que l'a chanté le ménestrel.


Lors donc l'on raconte que Dame Lothíriel,
Du haut des pentirn guettait les géants.
La pierre qui regarde, Gondratiriel,
Bénéficier de leur aide est tentant.


Mais jadis Herumor, maître d'armée,
Soufflant dans aeglinn les conduisit.
Or cette dame à la foi éprouvée,
Elle aussi la musique produisit.


Tremble montagne en cascade de pierres !
Comme des brebis suivant leur berger,
Vont les géants secouant leur poussière,
Droit vers le sud et sans se détourner.


Lothíriel craignait elle de quitter,
De ses pieds prudents la ligne de crête ?
Elle sait bien qu'il est parti affronter,
Son ami, seul, Durbatul cette bête.


Lors donc se dresse Fé-dan de Kôème,
Humble cœur libre face au faiseur d'esclaves,
Sans autre arme à opposer au Blasphème,
Que la chaîne brisée de celui qui est brave.


Sous le Tafnen-celon il se tient droit,
Il tourne le dos aux mines béantes,
Ici Fé-dan fait figure de roi,
Affrontant la créature malséante.


Or il l'attire aux tréfonds de la terre,
Quand d'Aeglinn provient la mélodie,
Précédant l'avalanche de tonnerre,
Et Lothíriel l'entend qui psalmodie :


Tu voulais enfermer
Ils voulaient rester libres !
Tu voulais attacher
Ils voulaient rester libres !


La rive de Tafnen-celon se brise
Et libère les eaux tumultueuses.
« Elle est finie de Durbatul l'emprise »
Son feu est détruit par les eaux tueuses


Mais en prêtant l'oreille aux sources vives,
D'Aeglinn on entend la mélodie,
Et s'y mêlant il y a les mots qui suivent,
Comme Lothíriel, entend la psalmodie :


Tu voulais enfermer
Ils voulaient rester libres !
Tu voulais attacher
Ils voulaient rester libres !






Après la mort de Durbatul, les créatures malfaisantes qu'il avait rassemblées se dispersent et sont pourchassées.


1451 conclusion de l'arc de Kaluidh.
La lumière n'indique pas le bout du tunnel, c'est la lanterne de celui qui comme toi, cherche à sortir.
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#44
Voilà une histoire construite en profondeur, une cohérence creusée dans l'épaisseur, si j'ose dire !
Les joueurs ont de la chance d'avoir cette perspective, ce chemin semé de souvenirs voletant jusqu'à eux par la rime !
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