Le hroä, c'est l'enveloppe charnelle, par opposition au fëa, qui est l'âme.
Pour ta question de base :
Les premiers chapitres du Silmarillion sont les plus explicitements imprégnés de religion ; sur le plain littéraire, c'est une imitation des plus vieux textes spirituels de l'homme, ceux qui ont été écrits à une époque où les hommes n'avaient pas de vocabulaire métaphysique mais devaient utiliser des images concrètes pour évoquer des idées extrêmement abstraites. Dans la Bible ou le Coran, par exemple, il est courant de parler de "la main" de Dieu pour évoquer sa puissance, de l’œil de Dieu pour parler de son omniscience. Par exemple, dans la Torah, lorsque Moïse rencontre Dieu, il est dit que Dieu "lui tourne le dos", car "personne ne peut voir la face de Dieu sans mourir" ; dans les psaumes, le poète supplie parfois Dieu de "ne pas éloigner sa main".
C'est bien dans ce sens qu'il faut lire les éléments anthropomorphiques des premiers chapitres du Silmarillion. La succession main gauche/main droite/ les deux mains, c'est l'action croissante de Dieu (avec une très belle analogie du chef d'orchestre, où Dieu dirige ses créatures mais les fait participer au plan du Salut...).
La succession ouïe - vue est très très judéo-chrétienne, je me permets de m'attarder un peu dessus : la différence entre l'ouïe et la vue, c'est que dans l'ouïe, la perception elle-même (le bruit) est distincte de l'objet perçu. Par exemple, si je dis que j'entends un chien aboyer, c'est un abus de langage : en réalité, j'entends un aboiement, et je l'attribue au chien par une opération mentale qui est immédiate mais distincte de la perception elle-même. En revanche, quand je dis que je voie une voiture bleue, effectivement, la perception n'est pas distincte de l'objet (je ne vois pas le bleu indépendamment de la voiture). Or, les religions monothéistes prétendent entendre Dieu, c'est à dire qu'elles perçoivent des choses qu'elles lui attribuent, mais Dieu lui-même reste mystérieux et inconnaissable. S'il y a des gens qui ont déjà assisté à l'office d'une synagogue (ou qui sont Juifs, tout simplement) : lorsque les Juifs récitent la prière du "Shema Israël" (Ô Israël, écoute !), ils se bouchent les yeux pour montrer qu'ils ne peuvent pas voir Celui qui leur parle. J'ai aussi parlé de Moïse qui reçoit la Loi sur le Sinaï mais ne peut pas voir Dieu face à face.
La grande espérance de l'Histoire de l'Alliance, chez les judéo-chrétiens, c'est qu'un jour la révélation (au sens vraiment propre de "lever le voile", de permettre de voir) ira jusqu'au bout et que l'homme pourra voir Dieu, c'est à dire qu'il le percevra directement et non plus en l'assimilant indirectement à ses œuvres ou ses commandements. Par exemple, à la fin du Livre de Job, lorsque Job retrouve la paix et abandonne la révolte, il dit à Dieu "Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux t’ont vu." Lorsqu'il commence son Épître, Saint Jean montre que cette espérance s'est réalisé en Jésus-Christ en disant que ses Apôtres témoignent non seulement de ce qu'ils ont entendu, mais aussi de "ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé". C'est le paradoxe de l'incarnation chrétienne : le Verbe ne s'est pas seulement fait entendre, il s'est fait voir.
Hum, je n'ai pas fait très court, mais je pense que vous voyez que tous ces exemples sont en rapport direct avec les extraits de Tolkien cités par Cuthalion (j'veux dire, c'est point d'l'étalage gratuit).
Alors certes, en l’occurrence, pour les Valar il ne s'agit pas simplement de connaître de Dieu, mais de connaître son plan pour le monde (ce qui est quand même assez lié). Mais cette gradation à la fois hiérarchique et propédeutique entre l'ouïe et la vue, où l'ouïe est inférieure à la vue mais la prépare dans l'histoire de la révélation, tout ça est vraiment vraiment très catho.
Enfin voilà, en fait je dis exactement là même chose qu'Elendil.
Pour ta question de base :
Les premiers chapitres du Silmarillion sont les plus explicitements imprégnés de religion ; sur le plain littéraire, c'est une imitation des plus vieux textes spirituels de l'homme, ceux qui ont été écrits à une époque où les hommes n'avaient pas de vocabulaire métaphysique mais devaient utiliser des images concrètes pour évoquer des idées extrêmement abstraites. Dans la Bible ou le Coran, par exemple, il est courant de parler de "la main" de Dieu pour évoquer sa puissance, de l’œil de Dieu pour parler de son omniscience. Par exemple, dans la Torah, lorsque Moïse rencontre Dieu, il est dit que Dieu "lui tourne le dos", car "personne ne peut voir la face de Dieu sans mourir" ; dans les psaumes, le poète supplie parfois Dieu de "ne pas éloigner sa main".
C'est bien dans ce sens qu'il faut lire les éléments anthropomorphiques des premiers chapitres du Silmarillion. La succession main gauche/main droite/ les deux mains, c'est l'action croissante de Dieu (avec une très belle analogie du chef d'orchestre, où Dieu dirige ses créatures mais les fait participer au plan du Salut...).
La succession ouïe - vue est très très judéo-chrétienne, je me permets de m'attarder un peu dessus : la différence entre l'ouïe et la vue, c'est que dans l'ouïe, la perception elle-même (le bruit) est distincte de l'objet perçu. Par exemple, si je dis que j'entends un chien aboyer, c'est un abus de langage : en réalité, j'entends un aboiement, et je l'attribue au chien par une opération mentale qui est immédiate mais distincte de la perception elle-même. En revanche, quand je dis que je voie une voiture bleue, effectivement, la perception n'est pas distincte de l'objet (je ne vois pas le bleu indépendamment de la voiture). Or, les religions monothéistes prétendent entendre Dieu, c'est à dire qu'elles perçoivent des choses qu'elles lui attribuent, mais Dieu lui-même reste mystérieux et inconnaissable. S'il y a des gens qui ont déjà assisté à l'office d'une synagogue (ou qui sont Juifs, tout simplement) : lorsque les Juifs récitent la prière du "Shema Israël" (Ô Israël, écoute !), ils se bouchent les yeux pour montrer qu'ils ne peuvent pas voir Celui qui leur parle. J'ai aussi parlé de Moïse qui reçoit la Loi sur le Sinaï mais ne peut pas voir Dieu face à face.
La grande espérance de l'Histoire de l'Alliance, chez les judéo-chrétiens, c'est qu'un jour la révélation (au sens vraiment propre de "lever le voile", de permettre de voir) ira jusqu'au bout et que l'homme pourra voir Dieu, c'est à dire qu'il le percevra directement et non plus en l'assimilant indirectement à ses œuvres ou ses commandements. Par exemple, à la fin du Livre de Job, lorsque Job retrouve la paix et abandonne la révolte, il dit à Dieu "Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux t’ont vu." Lorsqu'il commence son Épître, Saint Jean montre que cette espérance s'est réalisé en Jésus-Christ en disant que ses Apôtres témoignent non seulement de ce qu'ils ont entendu, mais aussi de "ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé". C'est le paradoxe de l'incarnation chrétienne : le Verbe ne s'est pas seulement fait entendre, il s'est fait voir.
Hum, je n'ai pas fait très court, mais je pense que vous voyez que tous ces exemples sont en rapport direct avec les extraits de Tolkien cités par Cuthalion (j'veux dire, c'est point d'l'étalage gratuit).
Alors certes, en l’occurrence, pour les Valar il ne s'agit pas simplement de connaître de Dieu, mais de connaître son plan pour le monde (ce qui est quand même assez lié). Mais cette gradation à la fois hiérarchique et propédeutique entre l'ouïe et la vue, où l'ouïe est inférieure à la vue mais la prépare dans l'histoire de la révélation, tout ça est vraiment vraiment très catho.
Enfin voilà, en fait je dis exactement là même chose qu'Elendil.