11.01.2026, 15:13
(Modification du message : 11.01.2026, 15:20 par Chiara Cadrich.)
Bonjour à toutes et tous, et tous mes voeux de santé, réussite et satisfaction en Terre du Milieu !
Voici le traditionnel conte de début d'année.
Voici le traditionnel conte de début d'année.
Sous le sceau du silence
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Ardwyr franchit le seuil de la Salle Commune, ramenant avec lui les senteurs de la forêt automnale, La peau de warg une fois retombée derrière lui, il dut un instant habituer ses yeux aux âcres fumées du grand foyer et à la pénombre baignant la pièce, hérissée des troncs qui formaient les mats d’une solide charpente en double pente. Les rondins ajustés étaient percés de rares petites fenêtres, que les habitants obstrueraient de rideaux à la saison froide. L’étage supérieur servait de grange et de réserve, mais au rez-de-chaussée s’entassaient les ateliers vitaux pour le clan et les familles sous la protection du chef.
Les conversations s'interrompirent un instant, comme toujours lorsque paraissait le jeune Bearnide, chasseur alerte et vigoureux. Ce n’était pas son visage encore adolescent qui retenait l’attention, ni sa taille fine, ni son élégance naturelle, mais quelque chose d’indéfinissable — une impatience dans la démarche, un feu dans le regard qui s’attardait le plus souvent au-delà du sous-bois, une passion retenue qui transparaissait dans chacun de ses gestes.
Autour du foyer central pendaient des jambons de sangliers et des saumons fumés. Entre les peaux de gibier qui séchaient là, des menuisiers levèrent la tête de leur ouvrage, des ruches neuves qui fleuraient l’épicéa et la cire fraiche. La cousine Helda, qui cousait une pelisse de daim, lui lança un sourire entendu. Près de l'âtre, deux jeunes femmes, penchées sur un gruau fumant, échangèrent un murmure accompagné de rires étouffés. Ardwyr leur décocha un demi-sourire complice et nonchalant, puis alla s'installer près de Hrothgar.
Le vieillard tourna son visage parcheminé vers le chasseur. Ses yeux aveugles, d’un blanc laiteux, erraient au fil vif et tenace de ses pensées. Il était Celui-qui-raconte, Celui-qui-se-souvient et Celui-qui-voit-l’invisible.
— J’ai reconnu la rumeur de ta venue, mon garçon ! Le timbre de nos jeunes femmes s’abaisse toujours lorsque tu parais ! le taquina le vieil homme, secouant les ramures de cerfs qui ornaient son bonnet. Alors, tu reviens bredouille, comme à chaque fois que tu pars seul ?
Ardwyr jeta un regard aigu au vieil homme. Ça aussi, il l’avait lu dans les conversations de la Salle Commune ? Mhmm, ou plutôt il avait lu sa démarche : le pas léger, sans surcharge, mais trainant du chasseur déçu… Il soupira et concéda quelques détails :
— J'ai suivi la piste d'un cerf jusqu'à la lisière du territoire maudit, mais il a disparu dans les brumes de Dol Guldur. Je n'ai pas osé le poursuivre.
— Sage décision, approuva Hrothgar dans un souffle rauque. La forêt parle à qui sait l'écouter, et les hurlements du loup t’ordonnaient de rebrousser chemin.
Ardwyr hocha la tête, mais son regard se perdait dans les flammes. Le vieux chaman le connaissait assez pour deviner ses pensées — cette curiosité insatiable qui le poussait toujours plus loin dans les sous-bois, cette soif d’approcher les mystères du monde, à la recherche de la nouveauté, du petit frisson qui donnerait un peu de relief à sa journée, un peu d’éclat à son existence :
— Mon cher petit, je le sens, murmura-t-il. Il a encore fallu que tu suives une chimère ! As-tu à nouveau aperçu les yeux brillants des gardiens des bois ? As-tu encore surpris des silhouettes d’archers dans les hautes branches ? Que me caches-tu ?
Le jeune homme observait les flammes danser, croyant entrevoir, dans leur ballet familier, des formes étranges, des silhouettes graciles qui glissaient entre les ombres. Il finit par avouer :
— Des araignées géantes me sont tombées dessus ! Mais elles auraient dû attendre que j’éteigne mon feu ! Je les ai grillées vives, toutes les trois !
Autour d’Ardwyr, la vie du clan suivait son cours immuable — les enfants couraient entre les piliers de bois, les anciens fumaient leurs pipes en silence, les femmes vaquaient aux préparatifs du repas, lui-même avait bravé le danger et Celui-qui-voit-l’invisible l’avait encore percé à jour.
Mais le jeune Bearnide aspirait à plus. Quelque chose en lui espérait mieux, attendait l'ailleurs, le tumulte des cités du Sud, la splendeur des Rois dans leurs cités secrètes, les joyaux des Seigneurs Nains dans leurs mines souterraines…
Cette nuit-là, sur sa couche de fourrures, comme il s'endormait dans des bras avides de lui faire oublier ses songes d’ailleurs, il rêva de voix lointaines qui chantaient dans une langue indicible, mélodieuses et envoûtantes.
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A suivre...

