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La ballade du lointain castel
#60
Lâches. Mais pas complètement demeurés.

Les gobelins avaient compris qu’il y avait bien peu de défenseurs. Et la peur les tenait, de revenir bredouilles à la tanière : le Grand Gobelin les attendait et, sans butin, sans prisonniers juteux avec lesquels s’amuser, des têtes voleraient…
Ils revinrent donc, par petits groupes, munis de grapins et d’échelles de corde.

Tarthenor n’eut aucun mal à abattre un duo d’ahuris, à qui on n’avait visiblement pas expliqué qu’il y avait un tireur embusqué.
Il gagna ainsi plusieurs minutes avant qu’ils ne revinssent.

Mais cette fois, un semblant d’ordre semblait régner dans leurs rangs. Un chef, quelque Uruk d’Angmar avait dû arriver pour diriger l’assaut.
Une masse compacte de gobelins, abritée derrière une rangée de boucliers, s’avança en bon ordre sur le pont. Un grapin en jaillit et une ombre trapue se hissa au sommet du portail, grimpant le long d’une échelle de corde de fortune.
La corde du grand arc de Tarthenor chanta et le trait projeta le gobelin en arrière dans un cri d'agonie. Une volée de flèches rouillées riposta depuis le pont, s'écrasant impuissante contre la muraille.
Le rôdeur avait encore gagné du temps.

Repoussés mais rendus fous de rage, les monstres revinrent en force, traînant des fagots de bois vert et de la poix pour bouter le feu au portail. La haie de boucliers vint à nouveau occuper le pont. Lorsqu’elle se retira, des flammes s'élevaient avec un crépitement sinistre, dévorant le vieux chêne du portail et projetant des lueurs meurtrières sur les murs du Castel.
L’incendie, s’il détruisait leur première ligne de défense, offrait aux Dúnedain un délai supplémentaire avant l’aube. Mais cette fois, il réveilla les deux vieilles dames, qui allaient devoir lui prêter main forte.
Lorsque les vantaux calcinés s'effondrèrent dans un nuage d'étincelles, la horde traversa le pont en hurlant des imprécations. Tarthenor en abattit encore quelques-uns.

L’engeance odieuse du Nord avait investi la cour. Depuis le judas grillagé de la porte intérieure, Tarthenor faisait preuve d’un héroïsme froid, abattant un monstre à chaque flèche. Les m’amies, le visage blême mais décidé à la lueur des braises, faisaient honneur à leur réputation de courage. Melthril surveillait l’archère, une arbalète en main que sa commère avait dû réparer. Arweneth armait laborieusement la sienne, la chargeait d’une flèche – il eût mieux valu un carreau, mais ils n’en avaient pas – et tirait à la petite grille s’ouvrant dans la porte, touchant son gobelin aussi souvent que Tarthenor.

Soudain, un vacarme de sabots et des glapissements féroces s'élevèrent de l'autre côté de la cour. Malgré le tir nourri du rôdeur, les gobelins avaient forcé l'entrée de l’écurie.
— Un canasson ! On va s’engoulaffrer  de la carne ce soir ! hurla la horde.
Un choix terrible s’imposait désormais aux défenseurs. Rester claquemurés garantissait leur sécurité immédiate, mais abandonner l’écurie signifiait perdre Fier-Sabot et voir la Lice des Âges déchirée par les griffes de l’Ennemi. Pour nos deux dames, voir leur rêve de postérité piétiné par ces viles créatures était une mort pire que le glaive.
En outre, perdre le bidet signifiait probablement la mort pour les deux femmes, à moyen terme. La décision du rodeur fut vite prise :
— Restez ici, barricadez derrière moi ! ordonna Tarthenor d'une voix sans réplique, saisissant une torche d'une main et son glaive de l'autre.

Il fit jouer le loquet et se jeta au-dehors. Surpris, les gobelins tombèrent devant lui tels épis en moisson, comme il se précipitait en hurlant vers l’écurie.
Depuis leur abri, les deux femmes n'entendaient que le tumulte invisible d’une curée sanglante : les cris rageurs du rôdeur, les crépitements de la torche brandie, les chuintements de goret des assaillants assaillis et les ruades désespérées du bidet. Elles reconnurent le bruit de tôle écrasée que fait une cage thoracique de gobelin, enfoncée par des sabots, et le fracas du dit gobelin projeté contre le montant d’une stalle. Le tintement clair et pur d’une épée Núménoréenne tranchant chair et acier. Des coups sourds de corps qui tombent. Un râle aigu.

Puis le silence.

La cour, éclairée un moment des éclats de la torche maniée par le rôdeur, était retombée dans une pénombre bleutée.
.oOo.
A suivre...
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RE: La ballade du lointain castel - par Irwin - 09.07.2026, 21:56
RE: La ballade du lointain castel - par Irwin - 25.08.2026, 19:41
RE: La ballade du lointain castel - par Chiara Cadrich - Il y a 47 minutes

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