17.09.2026, 10:56
(Modification du message : 17.09.2026, 11:01 par Chiara Cadrich.)
Tarthenor entra au castel et verrouilla le portail, traînant l’un des cadavres hideux sur les dalles.
Il leva les yeux : la haute salle brillait de mille feux. Les vitraux irradiaient un halo de douce lumière chaude, écho des fêtes qu’avait autrefois donné le Hir.
Le jeune homme jura et courut jusqu’au logis. Il barra la porte derrière lui et monta le Grand Degré quatre à quatre.
Il s'arrêta net sur le seuil, sa main toujours crispée sur la dépouille du gobelin sanguinolent.
La haute salle avait été métamorphosée. Les tommettes rouges et blanches bombaient leurs dos luisant de propreté. La suie qui tapissait les murailles avait disparu, récurée à vif. Les vitraux à portée des vieilles dames avaient été remplacés. Partout, des grappes de bougies de cire d'abeille et des torches de résine claire repoussaient les ombres centenaires, baignant les voûtes d'une clarté dorée et vibrante.
Au centre de la pièce, une grande table de banquet — montée du corps de garde et d'ordinaire encombrée de cartes roussies et d'armes à affûter — pliait sous un faste extravagant. Des nappes de lin blanc comme neige accueillaient des dressoirs chargés de mets somptueux : des rôtis dorés ruisselant de jus aux herbes, un bouquet d’écrevisses du ruisseau sur lit de jeunes légumes, des tourtes fines à la croûte sculptée, et des coupes de vin de primeur où dansait le reflet des flammes.
Puis le regard incrédule du rodeur fut capturé par le fond de la salle. Le dernier panneau de la grande tapisserie y était enfin déployé, suspendu près de la cheminée pour achever de sécher. L'odeur de la laine humide et de teintures fraîches flottait encore dans l'air. L'ouvrage semblait parler de lui : un guerrier en armes s’y agenouillait, humble et digne, devant une silhouette majestueuse – un haut personnage à la couronne d'or et au manteau d'hermine – qui abaissait sur son épaule le plat d'une épée de lumière.
Sur l’estrade se tenaient les deux maîtresses de la demeure. Elles avaient revêtu leurs plus riches atours, des robes de soie lourde aux manches tombantes, leurs cheveux tressés de rubans d’azur aux fils d'argent, transfigurées par la lueur des bougies.
Alors que Tarthenor, interdit, s’avançait vers la frise, un son s'éleva.
Melthril était assise sur un banc bas. Entre ses mains, elle tenait un étrange et noble instrument de bois verni, posé sur ses genoux. Sa main droite faisait tourner une manivelle de fer qui frottait une roue cachée contre les cordes, produisant un bourdonnement continu, riche et profond. De ses doigts de la main gauche, elle pressait de petites touches de bois le long du manche, déroulant une mélodie solennelle, au charme désuet des menuets d’autrefois. Nul doute qu’Arweneth, dans le secret de ses heures de repos, avait restauré l’instrument, qui donnait l’impression qu’un orchestre entier accompagnait la soliste.
Sur cet air de pavane, les deux dames unirent leurs voix. Elles entonnèrent un chant de jadis, un hymne remisé avant l’entrée des Dúnedain en clandestinité, qui célébrait le retour des héros. Les voix s'élevaient, pures, s'enroulant autour des piliers de pierre, balayant d'une caresse les rumeurs de la guerre et la fatigue des marches.
Tarthenor resta immobile devant l’estrade où se produisait cet orchestre impromptu, suspendu entre la nuit qui tombait derrière lui et ce miracle de lumière et de musique qui l’accueillait.
— Ils sont là, dit-il, la voix blanche de fatigue mais forte d’une autorité retrouvée.
Il laissa tomber la dépouille odieuse sur les dalles devant lui, dans un fracas d’armure désarticulée. Les dames se turent, le visage marqué par l’effroi.
— L’Ombre nous a trouvés. Il faut partir dès que possible.
Melthril se tut, couvrant son visage livide d’un pan de son châle.
Arweneth s’avança, déclarant d’un air résolu :
— Nous partirons demain, au premier rayon d’Arien !
Il leva les yeux : la haute salle brillait de mille feux. Les vitraux irradiaient un halo de douce lumière chaude, écho des fêtes qu’avait autrefois donné le Hir.
Le jeune homme jura et courut jusqu’au logis. Il barra la porte derrière lui et monta le Grand Degré quatre à quatre.
Il s'arrêta net sur le seuil, sa main toujours crispée sur la dépouille du gobelin sanguinolent.
La haute salle avait été métamorphosée. Les tommettes rouges et blanches bombaient leurs dos luisant de propreté. La suie qui tapissait les murailles avait disparu, récurée à vif. Les vitraux à portée des vieilles dames avaient été remplacés. Partout, des grappes de bougies de cire d'abeille et des torches de résine claire repoussaient les ombres centenaires, baignant les voûtes d'une clarté dorée et vibrante.
Au centre de la pièce, une grande table de banquet — montée du corps de garde et d'ordinaire encombrée de cartes roussies et d'armes à affûter — pliait sous un faste extravagant. Des nappes de lin blanc comme neige accueillaient des dressoirs chargés de mets somptueux : des rôtis dorés ruisselant de jus aux herbes, un bouquet d’écrevisses du ruisseau sur lit de jeunes légumes, des tourtes fines à la croûte sculptée, et des coupes de vin de primeur où dansait le reflet des flammes.
Puis le regard incrédule du rodeur fut capturé par le fond de la salle. Le dernier panneau de la grande tapisserie y était enfin déployé, suspendu près de la cheminée pour achever de sécher. L'odeur de la laine humide et de teintures fraîches flottait encore dans l'air. L'ouvrage semblait parler de lui : un guerrier en armes s’y agenouillait, humble et digne, devant une silhouette majestueuse – un haut personnage à la couronne d'or et au manteau d'hermine – qui abaissait sur son épaule le plat d'une épée de lumière.
Sur l’estrade se tenaient les deux maîtresses de la demeure. Elles avaient revêtu leurs plus riches atours, des robes de soie lourde aux manches tombantes, leurs cheveux tressés de rubans d’azur aux fils d'argent, transfigurées par la lueur des bougies.
Alors que Tarthenor, interdit, s’avançait vers la frise, un son s'éleva.
Melthril était assise sur un banc bas. Entre ses mains, elle tenait un étrange et noble instrument de bois verni, posé sur ses genoux. Sa main droite faisait tourner une manivelle de fer qui frottait une roue cachée contre les cordes, produisant un bourdonnement continu, riche et profond. De ses doigts de la main gauche, elle pressait de petites touches de bois le long du manche, déroulant une mélodie solennelle, au charme désuet des menuets d’autrefois. Nul doute qu’Arweneth, dans le secret de ses heures de repos, avait restauré l’instrument, qui donnait l’impression qu’un orchestre entier accompagnait la soliste.
Sur cet air de pavane, les deux dames unirent leurs voix. Elles entonnèrent un chant de jadis, un hymne remisé avant l’entrée des Dúnedain en clandestinité, qui célébrait le retour des héros. Les voix s'élevaient, pures, s'enroulant autour des piliers de pierre, balayant d'une caresse les rumeurs de la guerre et la fatigue des marches.
Tarthenor resta immobile devant l’estrade où se produisait cet orchestre impromptu, suspendu entre la nuit qui tombait derrière lui et ce miracle de lumière et de musique qui l’accueillait.
— Ils sont là, dit-il, la voix blanche de fatigue mais forte d’une autorité retrouvée.
Il laissa tomber la dépouille odieuse sur les dalles devant lui, dans un fracas d’armure désarticulée. Les dames se turent, le visage marqué par l’effroi.
— L’Ombre nous a trouvés. Il faut partir dès que possible.
Melthril se tut, couvrant son visage livide d’un pan de son châle.
Arweneth s’avança, déclarant d’un air résolu :
— Nous partirons demain, au premier rayon d’Arien !
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A suivre...


