12.09.2026, 02:21
(Modification du message : 12.09.2026, 02:22 par Chiara Cadrich.)
Les scènes de tapisserie qui leur revenaient n’illustraient pas les hautes heures de scribes austères, mais les décors colorés, les détails pittoresques, à hauteur de regard d’enfant et qui avaient enflammé leur imagination de petites filles : la rondeur d'un petit mouton mutin échappant à la houlette, l’éclat d’une guimpe d'argent dont on éprouve l’éclat de son index de bambin, le visage doux et inspiré d’une joueuse de harpe dans les marges de l'œuvre. Les vieilles dames clignaient des paupières, avides de retrouver les bribes naïves de l’âge tendre sous la croûte inégale des scories de l’Ennemi.
Adossé à sa béquille de frêne, Tarthenor observait la scène avec un froncement de sourcils sceptique.
— Une lice ? grogna-t-il en rengainant son épée. Vous êtes venues ici, dans ce domaine en ruine, entouré de landes sauvages, pour retrouver un tournoi de chevalerie sur les restes calcinés d’une tapisserie ?
Melthril se tourna vers le jeune homme d’un air d’indulgence, laissant échapper un rire léger :
— Ah, mon garçon, la jeunesse de ces temps ne connait que le pistage en pays sauvage ! Et que les Valar en soient remerciés, car vos talents nous ont sauvé la vie ! La « lice » dont nous parlons n’est pas le terrain où s’affrontent les preux sous les vivats. En art de tisserand, la lice est ce fil invisible, cette boucle de cordon qui traverse les fils de chaîne. C’est elle qui s’élève et s'abaisse pour créer l’ouverture entre eux, un sur deux, permettant à la navette de glisser la trame entre les lignes.
La vieille dame prit son air le plus respectable, caressant la bordure latérale d’un panneau passablement lisible, mais elle pesait les chances d’une idée nouvelle :
— On parle de haute lice lorsque le métier dresse sa chaîne comme les arbres de notre forêt, et de basse lice lorsqu’elle s'étend comme la surface du lac sous nos fenêtres. Savez-vous que l’aïeul de la lignée Malgwîn passait pour tenir celle-ci du Haut Roi Elendil lui-même ? Cette œuvre est une haute lice, sur laquelle chaque génération sur-brodait ses propres motifs uniques.
— Pour le moment, ça me parait plutôt représenter les plaines de cendres noires de l’Angmar, déplora Tarthenor.
— Vous avez raison, mon jeune ami et c’est pourquoi nous l’allons restaurer ! répondit-elle avec un air de courage tranquille et une trace de ruse satisfaite.
Le gentil petit jeune homme était encore tombé dans le panneau !
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A suivre...

