09.09.2026, 22:07
(Modification du message : 09.09.2026, 22:08 par Chiara Cadrich.)
Des rayons dorés tombaient des vitraux sur les loques de suie pendues aux murs, comme des oiseaux de nuit cloués au pilori. La tapisserie noircie courait sur les soubassements des arches portant les vitraux, au pied des arcades lui faisant face, sur la courte muraille où s’adossait le siège de haute justice, et la façade opposée, parée d’une estrade de marbre. L’immense frise ceinturait la salle, interrompue seulement par quelques portes, une cheminée, des pilastres et le majestueux escalier emprunté par nos visiteurs.
Son épée en main, Tarthenor se glissa par une porte latérale et fit le tour des pièces adjacentes, dans le plus grand silence. Les deux vieilles dames, qui se soutenaient l’une l’autre, laissant courir leurs doigts sur la tapisserie roussie, virent le rodeur réapparaître par une autre porte et monter à l’étage supérieur. Après qu’il en eut inspecté toutes les pièces, il redescendit… par la cheminée.
Mais ses deux compagnes avaient bien autre chose en tête que s’ébaudir d’un passage secret éventé, dont elles se rappelaient d’ailleurs parfaitement, à présent. Dans leur contemplation minutieuse des panneaux de tapisserie, elles se parlaient à voix basse, réveillant sous la nef des échos feutrés. Des chuchotements fantomatiques couraient sous la colonnade, semblant saluer le retour extraordinaire en cette salle solennelle, de quelque tribunal d’échevins du bourg voisin, de conciliabules de cour ourdis sous la custode, avant que l’huissier du Hir ne battît les bans et ouvrît l’audience.
Arweneth et Melthril palpaient la trame durcie et noircie, sondant de leurs doigts agiles mais un peu tremblants les déchirures, les brûlures, l’épaisseur de crasse.
La résilience du tissage leur donnait espoir : sous la suie d’Angmar, une bourre dense comme les forêts d’Arnor avait protégé le lin et la laine des Dúnedain.
— J’ai tellement envie de croire que c’est elle, murmura Melthril, la voix brisée par l’émotion. Je n’osais l’espérer, malgré nos prémonitions. La tapisserie de la maison Malgwîn…
— Je n’avais jamais réalisé à l’époque, que ces tableaux tissés et brodés que nous avions sous les yeux, constituaient une frise complète. Mais ces panneaux ont la même taille, la même composition, ce doit être la Lice des Ages.
— Mais ils sont tellement abîmés, se lamenta Melthril, comment en être sûres ?
— Vois celui-ci : je me souviens de cette bordure, assura Arweneth, les yeux fixés sur un angle supérieur où pointaient des entrelacs de fil d’or terni. Nous étions hautes comme la botte du Hir lorsque nous jouions à cache-cache derrière ses plis, dans l'odeur de lavande et de girofle.
— Mais oui, la senteur m’en revient, rit doucement Melthril en approchant ses narines d’une zone moins roussie.
Mais elle plissa du nez en se reculant vivement.A suivre...

