01.09.2026, 14:26
(Modification du message : 01.09.2026, 14:27 par Chiara Cadrich.)
L'exploration fut jalonnée de retrouvailles douces-amères. Les arches de grès blond surplombant les salles, marquées du pampre et des sept étoiles, étaient hantées d’un silence pesant, d’un reproche ancien répété par un écho tenace. Elles ne trouvèrent aucune charogne, mais quelques volatiles qu’il était inutile de chasser pour le moment. La maçonnerie leur paraissait "relevable" ; ici une fissure à combler, là un volet à redresser. La majesté de pierre de la grande bâtisse semblait figée sous la couche de suie qui maculait les murs, la cheminée et ces alcôves où, jadis, les dames prenaient la lumière pour leurs broderies du soir. La grande hélice de marbre menaçait de s’effondrer ; les m’amies renoncèrent à monter au premier étage. Dans la salle basse aux échos de palais, on devinait encore les veinures du marbre et la patine des tommettes.
— Il nous faut un havre pour la nuit, décréta Arweneth.
Elles choisirent l'ancien corps de garde, jouxtant le grand portail de chêne dont les ferrures brillaient encore d'un éclat sombre. La pièce était intacte, aux murs d'une épaisseur rassurante, percée d'une archère qui surveillait le pont. Surtout, les ardoises semblaient solidement arrimées au toit et les poutres saines. Un chéneau alimentait une petite gargouille fatiguée, qui déversait les eaux de pluie dans un bassin fendu.
Melthril installa Tarthenor dans ce réduit facile à défendre, pendant qu’Arweneth déchargeait la carriole avec méthode.
— Demain, je nettoierai la treille du jardin d’agrément, affirma-t-elle avec une joie têtue. Si les murs sont debout, la vigne doit l'être aussi !
Arweneth hocha la tête. Elle caressa du bout des doigts la pierre du chambranle. Le Castel n'était pas un cadavre de pierre, mais un héritage engourdi, que l'ombre, par une grâce mystérieuse, n'avait pas osé achever. On allait réveiller tout cela !
.oOo.
A suivre...

