29.08.2026, 13:03
(Modification du message : 29.08.2026, 13:31 par Chiara Cadrich.)
Melthril maintenait les rênes d'une main ferme, bien que ses yeux trahissent une émotion contenue à mesure que ressuscitaient les témoins de son enfance. Une borne royale surgit, altière et usée, dont les gravures sindarines luttaient contre le lichen. Des clameurs d’encouragements résonnèrent en écho comme elle prêtait l’oreille à ses souvenirs, de cavaliers virant autour du cippe lors des épreuves hippiques du Lairemerendë.
Les m’amies, la poitrine gonflée d’espoir mais le souffle un peu court d’appréhension contenue, s’arrêtèrent pour un repas de midi. Au loin, un campanile pointait timidement, surplombant une haute futaie. Le castel se rapprochait, refuge rêvé de l’espérance et tombe de leurs ancêtres. Dans une brise d’ouest, des martinets fendaient la pureté du ciel de leur vol vif et de leur pépiement trainant.
Les bosquets se rangeaient en haies sages, bordant des prairies où pointaient des épis barbus de vert tendre ou les silhouettes familières d'un ancien verger. Contrairement aux terres désolées qu'ils avaient traversées, les pommiers ici n'étaient pas morts ; ils étaient retournés à l’état sauvage, chargés de petits fruits acides, qui sauraient se faire doux si une main amie les cueillait au moment propice.
— Regardez, Melthril, murmura Arweneth. L'allée... elle tient encore.
Devant elles s'ouvrait une perspective que le temps avait magnifiée. La colonnade des chênes centenaires se levait plus haut qu’autrefois. Certes, quelques-uns avaient cédé aux orages, leurs chablis effondrés pourrissaient, le faîte dans le lac. Mais les cimes restantes se rejoignaient en une voûte de cathédrale verdoyante, dont l’ombre protégeait des ronces le chemin de pavés. Le bidet, sentant peut-être le sol sous ses sabots s’égaliser de dalles ajustées, releva l'encolure.
Tarthenor, depuis son siège de douleur, observait avec une stupeur attendrie ce paysage qui refusait l’oubli. Le labeur et la grandeur, ce que cette terre devait aux Dúnedain, était entré en sommeil mais n’était pas tombé en ruines. Pas encore… Et peut-être une pointe de fierté naquit-elle en son cœur. Ses veilles et ses courses, sa chasse impitoyable aux séides de l’Ennemi, peut-être contribuaient-elles, de façon lointaine et comme celles de tous ses frères d’arme, à la préservation de cette vallée…
Mais sa main demeurait ferme sur la poignée de son arc.
A suivre...

