19.08.2026, 02:57
Dès le lendemain, Tarthenor embarqua les deux femmes dans leur carriole. Ils avaient un long chemin à faire pour regagner le refuge en évitant le repaire du troll !
Mais diriger deux caractères de cette trempe s'avéra plus complexe que de traquer un orc. À chaque croisement, Melthril trouvait une fleur rare à examiner ou Arweneth un caillou dans le sabot du bourricot, ralentissant la marche de retour.
— Vous n'avez pas le choix, répétait Tarthenor, agacé. C’est pour votre bien !
— Dis plutôt le tien, jeune homme ! répliquait Arweneth depuis son trône de planches. Ton seul objectif est de te débarrasser de deux paquets encombrants et de revenir à ton petit quotidien en solitaire ! Tu files un bien mauvais lin, mon garçon !
— Vous parlez d’or, m’amie, renchérit sa commère. Ce garçon se bat vaillamment, mais comme un écu sans devise !
— Mamie ? Elle vous appelle Mamie ? Mais laquelle est l’aïeule de l’autre ? Décidément, il est temps de rentrer ! soupira le jeune homme en hochant la tête.
Arweneth et Melthril gloussèrent sous cape, laissant le quiproquo s'installer dans l'esprit du rôdeur.
— Jeune homme, nous sommes responsables de nos actes et de nos erreurs devant l’Unique. A présent, suite à vos conseils et votre exemple, nous n’avons plus besoin de votre aide. Mais je crois que vous avez besoin de la nôtre !
Le jeune rôdeur jeta aux deux m’amies un regard bien moins acerbe qu’il n’aurait voulu, voilé d’une condescendance presque tendre.
— Vous voyez une terre sauvage, nous y lisons un héritage. Nous avons un but lointain qui justifie nos efforts. En avez-vous ? lança Arweneth d’un air décidé.
— Ah oui, vos fameux rêves !
— Qu’avez-vous contre les rêves ? Si j’en juge par vos sourires cyniques, vous en feriez bon usage !
— Le rêve est une fumée qui s’effile au matin. Il ne nourrit pas ni ne préserve des embuscades…
Melthril sourit malicieusement :
— Ce n’est pas tout-à-fait vrai… Voilà un garçon qui n’a pas encore rêvé à deux… N’avez-vous pas une âme sœur avec qui rêver de concert, Tarthenor ?
Le rôdeur haussa les épaules avec fatalisme, détournant un regard morose. Melthril se promit de creuser le sujet, au moment opportun. Elle prit le jeune homme par le bras, d’un air maternel :
— Je vous assure qu’un rêve nourrit autant qu’une galette dorée, mon garçon ! Peut-être manquez-vous un peu de perspective, le gourmanda Melthril. La vie n'est pas qu'une patrouille. On ne protège durablement que ce que l’on comprend… et que l’on aime ! Sans quoi, autant partir pour le Harad et y devenir mercenaire !
Le voyage devint un long dialogue entre deux âges. La journée, Tarthenor se révélait un homme de l'immédiat, pragmatique, mais désespérément oublieux de la culture de son peuple. Le soir, autour d'un feu, lorsque c’était possible, il écoutait, avec une désinvolture de façade, Melthril lui parler des jardins de Lórien ou Arweneth lui citer les lois de l’ancien Arnor. Les deux m’amies savaient y faire, se relayaient, poussaient le jeune homme dans ses retranchements. Et il arrivait qu’il évoquât lui aussi quelque très ancien souvenir, de « quand il était petit ».
Peu à peu, l'escorte forcée devenait un divertissement itinérant. Tarthenor, se cherchant lui-même, se laissait charmer, pour un soir, aux évocations romanesques des rêves de m’amies.
A suivre...
Mais diriger deux caractères de cette trempe s'avéra plus complexe que de traquer un orc. À chaque croisement, Melthril trouvait une fleur rare à examiner ou Arweneth un caillou dans le sabot du bourricot, ralentissant la marche de retour.
— Vous n'avez pas le choix, répétait Tarthenor, agacé. C’est pour votre bien !
— Dis plutôt le tien, jeune homme ! répliquait Arweneth depuis son trône de planches. Ton seul objectif est de te débarrasser de deux paquets encombrants et de revenir à ton petit quotidien en solitaire ! Tu files un bien mauvais lin, mon garçon !
— Vous parlez d’or, m’amie, renchérit sa commère. Ce garçon se bat vaillamment, mais comme un écu sans devise !
— Mamie ? Elle vous appelle Mamie ? Mais laquelle est l’aïeule de l’autre ? Décidément, il est temps de rentrer ! soupira le jeune homme en hochant la tête.
Arweneth et Melthril gloussèrent sous cape, laissant le quiproquo s'installer dans l'esprit du rôdeur.
— Jeune homme, nous sommes responsables de nos actes et de nos erreurs devant l’Unique. A présent, suite à vos conseils et votre exemple, nous n’avons plus besoin de votre aide. Mais je crois que vous avez besoin de la nôtre !
Le jeune rôdeur jeta aux deux m’amies un regard bien moins acerbe qu’il n’aurait voulu, voilé d’une condescendance presque tendre.
— Vous voyez une terre sauvage, nous y lisons un héritage. Nous avons un but lointain qui justifie nos efforts. En avez-vous ? lança Arweneth d’un air décidé.
— Ah oui, vos fameux rêves !
— Qu’avez-vous contre les rêves ? Si j’en juge par vos sourires cyniques, vous en feriez bon usage !
— Le rêve est une fumée qui s’effile au matin. Il ne nourrit pas ni ne préserve des embuscades…
Melthril sourit malicieusement :
— Ce n’est pas tout-à-fait vrai… Voilà un garçon qui n’a pas encore rêvé à deux… N’avez-vous pas une âme sœur avec qui rêver de concert, Tarthenor ?
Le rôdeur haussa les épaules avec fatalisme, détournant un regard morose. Melthril se promit de creuser le sujet, au moment opportun. Elle prit le jeune homme par le bras, d’un air maternel :
— Je vous assure qu’un rêve nourrit autant qu’une galette dorée, mon garçon ! Peut-être manquez-vous un peu de perspective, le gourmanda Melthril. La vie n'est pas qu'une patrouille. On ne protège durablement que ce que l’on comprend… et que l’on aime ! Sans quoi, autant partir pour le Harad et y devenir mercenaire !
Le voyage devint un long dialogue entre deux âges. La journée, Tarthenor se révélait un homme de l'immédiat, pragmatique, mais désespérément oublieux de la culture de son peuple. Le soir, autour d'un feu, lorsque c’était possible, il écoutait, avec une désinvolture de façade, Melthril lui parler des jardins de Lórien ou Arweneth lui citer les lois de l’ancien Arnor. Les deux m’amies savaient y faire, se relayaient, poussaient le jeune homme dans ses retranchements. Et il arrivait qu’il évoquât lui aussi quelque très ancien souvenir, de « quand il était petit ».
Peu à peu, l'escorte forcée devenait un divertissement itinérant. Tarthenor, se cherchant lui-même, se laissait charmer, pour un soir, aux évocations romanesques des rêves de m’amies.
.oOo.
A suivre...

