Hier, 21:38
(Modification du message : Hier, 21:38 par Chiara Cadrich.)
Le trio brûla les étapes dans une fuite éperdue, guidée par l’instinct ou le talent de l’inconnu providentiel. Ils s’enfoncèrent dans des lits de ruisseaux aux galets glissants pour brouiller leur piste, avant de gravir des crêtes où soufflait une bise à l’haleine de spectre et de se faufiler par des chemins secrets, sous de denses halliers.
Sa main ferme sur la bride de Fier-Sabot, le jeune homme avait consenti à confirmer, irrité et bougonnant, que leur direction était bien le nord. Nos deux amies, bien qu’exténuées, moulues et mortifiées par leur propre manque de clairvoyance, voyaient dans ce « contretemps de troll » un motif d’espoir : les glorieux aléas de l’aventure les propulsaient finalement vers leur but ! Elles n’osèrent toutefois pas solliciter l’inconnu plus avant, tant que son regard noir restait aux aguets, à sonder la moindre faille rocheuse.
Lorsque l’aube eut point, dispersant les lambeaux de brume, nos deux vertueuses vieilles dames purent observer leur sauveur. Il portait l’attirail familier des rôdeurs Dúnedain : un manteau d’épaisse toile aux couleurs changeantes et moirées des pierres et des landes, un baudrier de cuir usé, chargé de l’épée et de la dague, au dos l’arc et le carquois aux flèches empennées de vert, et enfin l’étoile des rôdeurs sur l'épaule.
De temps en temps, le jeune homme s’arrêtait pour étudier un brin d’herbe couché ou humer l’air avec une concentration toute animale. Puis il revenait au licol et repartait sans retard.
Enfin, la charrette fit halte devant un taillis de sapins, bouleaux et chênes entremêlés. Le rôdeur écarta des branches et entraîna la carriole sous les halliers. Une cabane de chasseur, rudimentaire, était dissimulée là, sous un dôme de verdure. Les vieilles dames s’extasièrent : sur les étagères s’alignaient des sacs de pois, des viandes sèches, des couvertures et toiles huilées, des habits de rechange, quelques armes et des faisceaux de flèches, des herbes médicinales, ainsi qu’un tas de bois sec. Dans les branchages étaient dissimulées des cages de bois, où roucoulaient des pigeons.A suivre...

