04.07.2026, 23:42
(Modification du message : 04.07.2026, 23:44 par Chiara Cadrich.)
Le cercle des enfants s’était formé sur les dalles tièdes de la petite place, à l’abri d’un chêne centenaire dont les racines soulevaient les pierres comme les doigts de pied d’un géant. Seule rescapée, une fontaine frappée des sept étoiles glougloutait non loin. Les gamins, stylet en main, gravaient avec application sur leurs tablettes de cire, sous la houlette de nos deux grand-mères.
Arweneth se tenait debout, une baguette de frêne à la main, pointant une suite de runes tracées à la craie sur un pan de mur de la bibliothèque – ou, pour être plus exact et prosaïque, la remise du père Malduin, où les villageois avaient assemblé les grimoires, rouleaux, cartes et manuscrits qu’ils avaient pu emporter dans leur exode.
— « Iriel », courageux ! On commence par la rune « I » ! Elle ne se trace pas d’un trait tremblant. Elle doit être droite, comme l’échine d’un garde sur le rempart. Il est vaillant, il est courageux, le garde sur son rempart, n’est-ce pas ? Donc il se tient comme le Cirth « I » !
Un jeune garçon, le visage mal débarbouillé, leva la main :
— Pourquoi on doit apprendre les lettres des Rois, Dame Arweneth ? Mon père dit que les orques n’ont pas besoin de lire pour frapper.
Arweneth abaissa sa baguette. Son regard de silex tomba sur l'enfant.
— Précisément, mon petit. L'Ennemi ne construit rien, il ne fait que dévorer. Ne valons-nous pas mieux que des orcs ? Apprendre à lire les noms de nos ancêtres, c’est dresser un mur qu'aucune hache ne peut entamer. C’est une victoire dont ils ne pourront jamais rêver. La gloire ne réside pas seulement dans l’art de manier l’acier, mais dans le refus d’oublier qui nous sommes. D’ailleurs, l’écriture sert aussi à la guerre : nos pigeons ne voyagent-ils pas d’un village à l’autre, en emportant les nouvelles des manigances de l’ennemi ?
Melthril, assise sur un muret, distribuait des quartiers de pommes aux plus petits. Elle intervint avec un rire qui s'envola comme un oiseau :
— L’écriture et la culture, mes agneaux, c'est surtout le miel de la vie. Sans ces runes si difficiles à apprendre, comment ton papa aurait-il pu écrire sa demande en mariage à ta maman, mmh ? Et je crois me souvenir que tu adores entendre raconter les victoires des rois du temps jadis ! Et devine comment on les écrit ?
Elle prit sur ses genoux une petite fille dont les doigts poisseux s’aventuraient sur un parchemin jauni où s’entrelaçaient des motifs de fleurs et d'étoiles.
— Regarde ces enluminures ! Ce ne sont pas seulement des mots de courage. Elles illustrent des chansons sur la mer, que vous n'avez pas encore vue mais que l’on vous mènera contempler aux havres des Elfes. Et celles-ci chantent les jardins de Lórien où les fleurs ne fanent pas. Apprendre ces lettres, c'est garder une petite lampe allumée dans votre cœur. Quand vous serez fatigués de courir dans le froid, vous vous souviendrez de ces histoires et vous aurez envie de rire, de danser, et vous pourrez recommencer le lendemain.
— Mais si on perd les papiers ? demanda la fillette.
Melthril lui tapota doucement le front :
— On ne perd jamais ce qu'on a gravé ici dans la joie, ma choupinette. Arweneth vous apprend à tenir le bouclier avec courage et détermination, moi je vous apprends ce qu’il y a derrière le bouclier et qui mérite d’être protégé. Et à ce que je vois, il va me falloir t’apprendre à en dessiner d’autres, de ces jolies enluminures !
Arweneth hocha la tête, un éclair de fierté et de reconnaissance mêlés dans les yeux, puis désigna de nouveau le tableau de sa baguette.
— Bien. Reprenons. « Iriel », courageux… Traçons-le avec dignité… et dans la joie !
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A suivre...

