27.06.2026, 16:11
(Modification du message : 27.06.2026, 16:12 par Chiara Cadrich.)
Ainsi se déroulait l’aventureux voyage de nos respectables vieilles dames des Dúnedain.
La toilette au bord du ruisseau d’eaux fraiches était encore le moment de serrer les dents en jouissant des rudes joies de la pleine nature. Chaque aspersion dans le cou ou sur les membres nus des commères leur arrachait un rictus ou un petit cri étouffé, mais aucune plainte.
— La cuvette d’aigues chaudes attendra, j’en ai peur ! Mais la victoire réclame quelques sacrifices, je suppose ! résumait sobrement Melthril, passant sous silence son lumbago qui exigeait une audience royale…
Leur périple quotidien les menait toujours plus avant dans l’inconnu, aux marges de leur carte du Vieil Arnor, patiemment enrichie des mises à jour apportées par les rôdeurs du village au fil de leurs patrouilles.
Arweneth conduisait la carriole, Melthril à la vigie et à l’intendance.
A l’heure du campement, après des lieues parcourues dans le silence de l’abnégation et de l’espoir, Arweneth prenait soin du bidet. Avec une solennité émue, elle se mettait à frictionner les membres de la bête avec un onguent à l’odeur de térébinthe, que Melthril avait déniché dans sa pharmacopée de soigneuse itinérante.
— Courage, noble compagnon ! Bientôt, tes sabots fouleront le pavé de la cour d’honneur. Tu logeras dans l’écurie des destriers du Baron ! chuchotait Arweneth à Fier-Sabot, qui se gavait de fourrage péniblement rassemblé.
Melthril, de son côté, partait en quête des racines et plantes comestibles que pouvaient offrir les environs, lorsque la glane du jour s’était avérée pauvre.
Puis c’était le montage laborieux de leur tente, édifice précaire qu’elles camouflaient de leur mieux, avec la charrette.
Puisqu’elles s’interdisaient le feu, la chasse était inutile, et Arweneth regardait Melthril réaliser des prodiges en accommodant leurs maigres provisions, agrémentée des trouvailles du jour, avec son inventivité et son optimisme coutumiers.
— Nous sommes deux folles, murmurait Arweneth en acceptant son écuelle.
— Deux idéalistes en route pour la postérité, corrigeait Melthril. …mais deux idéalistes qui, demain, mettront cette pommade sur leurs derrières, leurs genoux et leurs paumes meurtries avant de reprendre la bride !
Car les mains de Melthril ne restaient jamais inactives durant le voyage, et les plantes qu’elle collectait ne servaient pas seulement à les nourrir.
Elles s’endormaient l’une contre l’autre dans l’obscurité, rêvant d’une œuvre immense aux accents de triomphe, qui annoncerait le renouveau des Dúnedain et guiderait leur destin, en tissant sur sa trame la pourpre du sang et l’or de la gloire.
Et parfois un renard s’en revenait jeter un œil suspicieux et désapprobateur sur cette équipée hautement improbable.
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A suivre...

