26.06.2026, 12:37
(Modification du message : 26.06.2026, 12:38 par Chiara Cadrich.)
L'aube s'étirait sur la lande en nimbes nacrées, révélant la tente de toile grise affaissée, de guingois, voile naufragée sous le poids de la rosée
Arweneth avait rêvé de frises dorées, d’entrelacs subtils, de personnages compassés, figés dans la pavane colorée du temps. Elle s'éveilla la première, le corps perclus par la dureté du sol, mais le regard aussitôt capté par l’éclat d’Eärendil qui s’effaçait dans un ciel d'une pureté de cristal. Autour du petit campement, la nature sauvage s'éveillait au jour : le cri d'un rapace planant sur les crêtes, le froissement des hautes fougères moissonnées par les daims, les « toc-toc-toc-toc » du pivert résonnant au fond des bois, trahissaient des présences invisibles et sauvages.
Melthril émergea des couvertures à son tour, un sourire ensommeillé aux lèvres malgré ses cheveux en bataille, émerveillée par la lumière rasante qui faisait scintiller les arantèles comme des colliers de diamants. « Voyez, Arweneth, Manwë nous sourit ce matin », souffla-t-elle en réprimant une grimace de courbatures.
Sa commère fronça les sourcils : il manquait quelque chose dans ce touchant tableau…
— Fier-sabot ! Il s’est échappé, l’animal !
C’était la catastrophe. Plus de bidet, plus de carriole, plus de vivres, plus d’aventure, plus de devoir accompli ! Arweneth se leva en panique et se mit à battre frénétiquement les taillis. La vieille dame vociférait comme une damnée, de façon… fort peu distinguée. Melthril la rejoignit, fouillant fébrilement les halliers à son tour :
— Calmez-vous, m’amie, je vous en conjure ! Une brave bête comme Fier-sabot ne saurait manquer à son devoir, ni décevoir maîtresses aussi attentionnées que nous !
— Crois-tu donc ? Mais justement, dans notre fatigue, hier au soir, nous avons oublié de nourrir l’animal !
Melthril pâlit :
— Mais c’est indigne de nous ! Comment avons-nous pu ? Comment nous faire pardonner ?
Et la vieille dame de se lancer pieds nus, en chemisette sur le sentier, hélant à la cantonade, comme une amoureuse éperdue à la poursuite d’un galant inconstant.
Les commères cherchèrent longuement, en vain. Elles finirent par s’entre-regarder, incapables de s’avouer l’une à l’autre ce que cette négligence impliquait désormais pour elles.
Mais, à force de battre sa coulpe au rythme de « Comment nous faire pardonner ? », Melthril put enfin rassembler son bon sens. Elle s’en vint verser une demi-mesure de picotin dans une écuelle de bois. Après qu’elle eut brassé le grain, fait résonner l’appétissant friselis, répété le chaleureux appel de l’auge par toute la combe, enfin un museau gris, surmonté de deux oreilles de même, se profila à travers les feuilles d’un noisetier.
Le bidet les toisait en mâchouillant avec l’air buté d’une brave bête dans son droit.
Il va sans dire que Fier-sabot fut bichonné et que les commères prirent de vigoureuses et rigoureuses résolutions, suite à ce fâcheux avertissement.
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A suivre...

