24.01.2026, 18:29
(Modification du message : 24.01.2026, 18:34 par Chiara Cadrich.)
Sur un fauteuil de bois sculpté siégeait le roi Thranduil, couronné de feuilles de chêne et de houx. Le jeune Bearnide ne vit que ses yeux inquisiteurs, d'un bleu perçant, étinceler sur son visage grave et noble. Lorsque gronda la parole royale, grave et harmonieuse, Ardwyr mit un genou en terre.
— Voilà donc l’humain de tes songes ! insinua le roi. Il n’a vraiment rien de bien particulier !
Des ombres en retrait du trône, à la droite du roi, s’avança une jeune Elfe, d'une beauté féline. Sa robe de feuillages bruissait comme la brise dans les saulaies au printemps et son regard s’animait d’une curiosité chaleureuse.
— Mais pourquoi lui ? poursuivit le roi. A peine a-t-il atteint la maturité et la pleine stature de sa fragile race ! Il est vrai qu’à mes yeux, tous ces fils de Beorn se ressemblent : hirsutes et prompts à la querelle !
— Mon clan ne cherche querelle à quiconque et ne combat que les ennemis des peuples libres ! s’exclama Ardwyr avec une chaleur naïve.
Le roi le toisa d’un regard froid, irrité qu’un tel vermisseau osât prendre la parole en sa présence.
— Mmm, nos peuples sont en effet des alliés contre les ombres de Dol Guldur, admit-il du bout des lèvres. Mais vos manières sont frustes et vos péages sur l’Anduin pourraient être plus modérés !
La jeune fille, amusée par la juste fierté du jeune homme, descendit les marches jusqu’au Bearnide, un demi-sourire aux lèvres. Elle en fit le tour, l’observant en détail, sous tous les angles :
— C’est bien lui, confirma-t-elle, d’un air de défi à l’adresse du roi, c’est lui qui marche dans mes rêves !
Thranduil se rembrunit et croisa les bras, l’air courroucé :
— Mais par Elentari, que lui veux-tu et pourquoi as-tu insisté pour rencontrer ce mortel ?
— Père, j’ai une requête ! lança l’elfe d'une voix claire et décidée, en remontant le dais pour se pencher et murmurer à l’oreille de papa-sa-majesté.
Mais elle prononça distinctement sa demande, à l’adresse de toute l’assemblée :
— De ce mortel, je désire un baiser !
Ardwyr sentit son cœur s'emballer.
Sa Majesté le Roi tressaillit, fronça les sourcils, agrippa les accoudoirs sculptés de son trône et rugit d’un air crispé :
Sa Majesté le Roi tressaillit, fronça les sourcils, agrippa les accoudoirs sculptés de son trône et rugit d’un air crispé :
— Lassiel... c'est terriblement inconvenant !
— C'est mon choix, répondit la princesse avec une inflexibilité tranquille, croisant les bras et fixant papa-sa-majesté d’un air buté.
Un silence stupéfait s'abattit sur la Salle des Cieux. Les courtisans baissèrent la tête et rentrèrent les épaules. Ardwyr, de son côté, sentit le sang refluer de son visage.
Le souverain fixa longuement la princesse. Il connaissait sa fille : têtue, éprise de liberté, fascinée par l'altérité. Elle avait grandi entourée d’une cour elfique rigide, assez froide et aux traditions millénaires. Peut-être exigeait-elle simplement ce sacrifice à sa dignité royale, pour le plaisir tout simple d’un frisson spontané, d’une émotion brute que seuls les humains lui semblaient capables de ressentir et de transmettre ? Ou peut-être agitait-elle cette menace de rébellion, juste pour l’embarrasser ?
On allait bien voir qui serait la plus gênée… Cette obsession ridicule devait cesser ! Et rien de tel, pour cela, que d’y céder… Le roi reporta son regard perçant vers le mortel recroquevillé au milieu de l’assemblée outrée.
— Soit, Lassiel, murmura-t-il. Mais à une condition : Sur sa vie, ce mortel devra jurer le secret à propos de tout ce qu'il verra ici !
La jeune elfe s’étonna de la mansuétude de son père. Autrefois, les Rois Elfes, souverains de cités cachées, obligeaient leurs visiteurs à demeurer éternellement parmi leur peuple, de peur qu’ils ne dévoilent l’emplacement secret de leur place forte. Mais peut-être Thranduil craignait-il tout simplement que la présence trop prolongée du jeune homme ne donnât à la princesse, des idées encore plus compromettantes, que le simple baiser d’un mortel !
Le souverain se leva, parcourut du regard l’assemblée de ses sujets, jeta un dernier coup d’œil venimeux au vermisseau, et se retira avec dignité et lenteur.
Après un instant de stupeur, la salle se vida en un clin d’œil. Aucun courtisan n’avait vraiment envie de cautionner de sa présence, et à rebours du bon vouloir royal, l’impudence qui allait suivre…
.oOo.
A suivre...

