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Ruines
#1
Petite dédicace spéciales aux joueurs de jeux de rôle, à Sam Sanglebuc et Baradon en particulier, sur le thème de la permanence des cultures, dans tous les sens du terme.
.oOo.
Baranwë allongea le pas. Son regard aquilin planait de part et d’autre de la crête rocheuse, qu’il suivait depuis l’aube. Rien n’échappait à son instinct de chasseur – un nid de cailles, une bruyère brisée, une nuance dans le chant d’un oiseau, un cairn dérangé, un lièvre qui détale au loin, la sensation d’un regard de prédateur posé sur lui…

La tranquille opulence du bocage baignait de mélancolie son âme vigilante. Dans un bosquet envahi par les mousses, où de vigoureux tilleuls voisinaient quelques pommiers tordus, le rôdeur reconnut un ancien verger. Un peu plus loin, dans cette prairie où retentissaient les cris d’alarme des faisans, se mêlaient l’herbe folle et les céréales des métairies d’autrefois. Au cœur du pays ancien, la nature recouvrait les trésors des hommes, d’un manteau protecteur de feuilles sauvages.

L’ancienne route avait presque entièrement disparu, ravinée par les pluies à l’arête des collines, ou envahie par les taillis, au creux des combes boisées. Parfois un ouvrage rappelait que les hommes avaient autrefois régné en maîtres dans ces régions de l’Arthedain – un pont majestueux, une tranchée, un remblai, ou un relais de poste écroulé et envahi par les ronces.

Baranwë poussait sa reconnaissance, au nord de son domaine de guet, entre les ruines maudites de Fornost et le lac sacré de Nenuial. Tantôt il observait depuis le sommet des crêtes crayeuses, tantôt il sondait les passages au travers des anciennes haies d’argousiers et de sorbiers. Les siens étaient les maîtres secrets de ces combes et de ces collines. Ils savaient en interpréter les signes – la couleur plus tendre des bruyères dans une courbe arasée à flanc de coteau, la brisure d’une pierre dressée, les empreintes des êtres vivants, tous ces indices qui nourrissent la rumeur du pays sauvage pour l’œil, l’oreille et le cœur attentifs.

Le rôdeur atteignit les vestiges d’une borne royale, que seuls les dunedain savaient déchiffrer à présent. Au loin, au nord de la route, mussée dans le giron d’un val boisé, surgit une ruine - sans doute le campanile d’un vieux manoir pointant au-dessus d’un massif d’ormes de belle taille. Le cœur de Baranwë sauta dans sa poitrine, comme si son inconscient l’avertissait de quelque indice invisible. Il s’arrêta un instant, humant l’air tranquille tandis que des nuées d’hirondelles striaient le ciel en pépiant.

De temps en temps, le vol gracieux des oiseaux fléchissait en une soudaine embardée derrière les taillis, avant de remonter en flèche vive vers l’azur. Baranwë fronça les sourcils : une grande étendue d’eau libre se trouvait probablement juste derrière les arbres qui bordaient la vieille chaussée – les hirondelles venaient boire. Le piaillement trainant des oiseaux en vol l’attirait, sans qu’il sût vraiment pourquoi.
.oOo.
A suivre...
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Messages dans ce sujet
Ruines - par Chiara Cadrich - 28.12.2018, 19:26

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