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Recette de fraises à à la crème
#2
Suite :
En milieu d’après-midi, lorsque le fourneau s’était presque refroidi et que la jatte avait été lavée au sable et grattée de son dépôt laiteux brûlé, il fallait préparer les fraises. Les laver, puis utiliser le plan à découper en bois de réglisse (celui pour les fruits), couper les queue des fraises, les couper en deux (ou les laisser entière si elles étaient petites), en prélever un tiers et les mettre dans un poellon à fond épais.
Devait ensuite être ajoutés une cuiller en bois de miel de framboisier : de préférence, celui de Deodara Piedblanc, la fleuriste-apicultrice de Grand’cave, réputée pour ses ruches, installées de l’Autre côté du Talus dont les abeilles ne butinent que les fleurs de fruits rouges. Avec ses boucles blondes, et ses couronnes de fleurs multicolores, on la croisait parfois précédée d’un essaim bourdonnant qui l’annonçait à ceux qui la connaissaît, lorsqu’elle s’y rendait devancée par sa brouette chargée de tonnelets vidés avant la récolte, sans aucune armure contre cette armée d’aiguillons si redoutables que son assurance tranquille et sa bonne humeur.
Au Buisson de Lierre, où elle avait ses habitudes, elle s’installait toujours à l’écart des convives dans la grande salle de l’auberge, et toutes ces compagnes vrombissantes se posaient alentour d’elles, sur les tables et les bancs, faisant comme un tapis vibrionnant. Aucune d’elles ne semblait alors intéressée par les bocs et chopines des clients, il suffisait de les déplacer légèrement d’un geste de la main pour qu’elle vous laisse vous assoir à l’endroit qu’elles occupaient.
Au marché de Lézeau, son stand était le point de ralliement des ménagères hobbit, là où l’on apprenait les meilleurs nouvelles des quatre quartiers. Comme Dora Sacquet, dont elle était la meilleure amie (la tante de Frodon), elle ne s’était pas mariée et formait, avec quelques autres hobbites, veuves ou tantes, le conseil de discussion des Anciennes, qu'on appelait aussi les bourdonneuses. C’est ce même conseil qui, à l’époque glorieuse des premiers âges de la Comté, aurait décidé de faire élire les thains lors de la première assemblée des Hobbits, mais les discussions avaient rapidement pris le pas sur l’autorité et cette influence féminine était avant tout morale. Chaque famille importante de hobbits y déléguant une représentante, habituellement désignée par les conseils de famille (et ordinairement la plus vieille si elle entendait encore). Avec le temps et les us qui s’étaient établis, l’organisation des Hobbits s’était faite d’elle-même, seul le quartier ouest continuait à honorer les anciennes de la Comté pendant la fête des fermiers, en organisant un concours de cuisine. La consoeurie avait renoncé depuis longtemps à se réunir officiellement, mais elle avait gardé la main sur les recettes de cuisine originales, les savoirs herboristes et les secrets de potions et remèdes domestiques, qu’elles se transmettaient et qu’elles transmettaient autour d’elles lorsqu’on les sollicitait. Lorsqu’une grand-mère devenait sourde, où perdait la mémoire, on s’efforçait de recueillir une dernière fois ce qu’elle savait dans le livre de famille. Mais certains secrets et autres mystères familiaux étaient mal restitués, et bien des connaissances ancestrales hobbites se perdaient dès que son détenteur s’éteignait. Seules les grandes familles hobbites avaient un talent certain pour reproduire sous leur plume et avec fidélité, tous les faits, gestes et savoirs dignes d’être conservés dans chaque livre familial.
Une patente du maire, prélevée sur la vente et revente de machines à coudre, permettait de subvenir aux besoins des anciennes esseulées, mais peut d’entre elles en bénéficiaient, les familles hobbits ayant l’habitude de conserver leurs ancêtres chez eux à l’heure de leur grand âge.

C’est aussi sur le stand de Deodara que l’on pouvait trouver l’Eau de feuille à abeille et la liqueur réchauffante de Bophin (celle faite par la mère Bophin reconnaissable à son flacon à cul de verre rond qui se pose sur un support en bois), autre ingrédient de cette recette. Car à chaque breuvage hobbit, y compris la bière, on trouvait une vertu médicinale.
Ajoutée à ces deux liquides, une demi-once de mélasse pour que cela epaississe un peu, on surveille au coin du fourneau jusqu’à ce que cela donne une sorte de marmelade.
Ensuite, on récupère le compotier de crème, huit ou dix coupelles de même dimension que l’écumoire, et on dispose dans le fond de chaque coupelle, un rond de crème que l’on recouvre de la préparation aux fraises refroidie. On ajoute un deuxième rond de crème, puis une nouvelle couche de préparation qu’on recouvre d’un troisième rond de crème solidifiée.
Avant de servir, on décore le dessus de chaque coupelle avec le restant de fraises entière la tête pointée vers le haut, et l’on rape de la noisette grillée sur le dessus. On sert ensuite ces coupelles accompagnées de langues de dragon (biscuits fins à l’amande blanche) avec un petit verre de cordial de Fondtombe.
Une fois dressées, ces coupelles se servaient le soir à la fraîche, après le dîner dont on ne supprimait pas pour autant le dessert.
Dans les familles plus simples et où la tablée était plus nombreuse, on supprimait les coupelles et l’on servait une version plus simple et plus généreuse à base de crème fraîchement baratée et de miel dans un grand pot large, duquel chacun emplissait son ecuelle. Autant dire à ce sujet que la recette des Touque, telle que certains l’appelaient dans la Comté, devait autant à la complexité de sa conception qu’à l’originalité dont elle semblait être parée pour tout hobbit, considérant déjà comme « originaux » tout descendant de cette famille.
Les Piquaboeuf de longoulet proposaient un vin de fraises sucré que l’on trouvait dans les auberges hobbites et qui accompagnait idéalement les galettes, gateaux riches et desserts plus roboratifs servis en hiver. Le secret de sa fabrication, que les aubergistes vantaient comme uniquement transmise d’ancien à ancien apportait la dose de mystère justifiant le prix demandé pour une coupe de ce breuvage.
Belladona Touque avait gardé le souvenir que dans la ménagère offerte en cadeau au Vieux Touque, un assortiment de coupelles avec une écumoire spéciale de même diamètre et une rape à noisettes figuraient et permettaient la réalisation précise de cette recette. C’est uniquement par le souvenir qu’elle en avait transmise l’histoire, sans insister sur la provenance et la variété des fraises mentionnée dans la recette.
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