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Le SdA, une oeuvre maçonnique ?
#5
(30.06.2013, 00:13)Amrûn a écrit : Toutefois, on peut observer que les personnages centraux du SdA suivent de tels parcours à des échelles très variées, à 3 degrés (pour faire simple et de façon raccourcie) :
1. une ouverture des yeux sur le monde, pour Merry et Pippin,
2. la découverte de l'amitié profonde, pour Sam, Gimli et Legolas,
3. une métamorphose complète, pour Frodon, Aragorn et Gandalf.

C'est un schéma possible, mais ce n'est qu'une grille de lecture que tu adoptes. Ne peut-on pas dire que Sam est entièrement métamorphosé à son retour ? D'un petit jardinier, il devient Maire de la Comté.

On peut aussi contester que Frodo, Aragorn et Gandalf soient pareillement transformés : Frodo est touché dans son être quand Aragorn ne bénéficie que d'un changement de statut et reste moralement le même qu'il était au début. Quant à Gandalf, il ne fait que redevenir celui qu'il était initialement. On pourrait donc multiplier les niveaux à l'envie.

(30.06.2013, 00:13)Amrûn a écrit : Si les critiques sont implicites, fondées par un positionnement en termes de valeurs, elles sont exprimées par les combats menés par les protagonistes, et ce à sens unique. Le camp adverse n'a pas voix au chapitre et on ne fait que découvrir ce qu'il fait du monde.

Là, je suis navré, mais cela dénote une lecture un peu superficielle : il y a beaucoup d'occasion où les protagonistes écoutent les Orques parler entre eux et discuter, justement, de la façon dont ils considèrent que le monde devrait fonctionner : voir notamment les paroles échangées par Uglúk et Grishnák, celles de Shagrat et Gorbag, ainsi que celles des deux Orques du Mordor partis à la recherche de Frodo.

(30.06.2013, 00:13)Amrûn a écrit : Pour ce qui est de la religion en particulier, à partir du moment où Tolkien a créé un panthéon, paradoxalement sans rite, il reste dans le témoignage. Par contre, des personnages peuvent avoir un comportement singulièrement messianique (Eärendil ou Aragorn pour ne citer qu'eux).

Tout d'abord, il convient de constater qu'il existe quelques rares rites, aussi bien chez les Elfes de Valinor, sous le patronage des Valar, que chez les Hommes de Númenor (lieu sacré, fêtes sacrées), sans parler de l'hommage silencieux aux Valar par les gens de Gondor. Il y a donc bien religion, même si ses formes extérieures sont très peu développées. Ensuite, la quasi-absence de rite est justement à l'opposé de la tenue maçonnique (et des agapes), qui sont hautement ritualisées. Ce serait donc plutôt un argument allant à rebours de ton hypothèse.

J'avoue enfin que j'aimerais bien que tu définisses ce que tu appelles messianique, car je ne suis pas certain d'adhérer à ta définition.

(30.06.2013, 00:13)Amrûn a écrit : A titre personnel, je ne m'intéresse que peu à la vie personnelle des auteurs. Mais l'éclairage que tu donnes sur la relation entre Tolkien et Williams (dont je n'ai jamais lu d'ouvrage), avec son passé à la Golden Dawn, est instructif, même si empli d'incertitudes faute certes de faits.

Il ne manque pas de faits avérés à ce sujet, je peux te rediriger vers diverses ressources qui en parlent. À titre d'introduction utile, je te recommande The Inklings, d'Humphrey Carpenter. Il suffit de lire un seul livre de Williams pour se rendre compte qu'il y a une énorme différence en terme d'inspiration : ses livres sont eux bourrés de mysticisme, de symbolisme et d'hermétisme. Et je ne suis pas sûr d'en connaître suffisamment pour repérer toutes les allusions.

(30.06.2013, 00:13)Amrûn a écrit : Trop souvent on oublie que le chemin est parfois plus important que l'arrivée...

C'est un avis respectable. Mais je serais curieux de savoir où Tolkien l'exprime... Et si ce n'est pas le cas (comme je le pense), cette opinion est sans valeur pour analyser les œuvres de Tolkien de l'intérieur.

(30.06.2013, 00:13)Amrûn a écrit : Quant à mon sujet d'études, qui n'en sont qu'au stade des prémices, j'essaie de me faire une idée sur d'éventuels mécanismes, ou trames, similaires utilisés par les romanciers de fantastique (médiéval et futuriste, donc de Tolkien à Herbert) pour décrire l'évolution de sociétés et d'individus.
Ce n'est ni l'appartenance des auteurs ou des personnages à des sociétés secrètes qui m'intéresse, loin de là, mais ce qu'elles partagent, en termes de moyens et de méthodes, pour rendre un roman universel.

Question intéressante, mais j'ai quelques doutes sur la méthode. Ça ne peut fonctionner que si tous les auteurs considérés ont appartenus à une organisation mystique ou se sont intéressés au mysticisme. En outre, la présence de symbolisme dans un roman a pour résultat de rendre celui-ci hermétique au profane, qui, par définition, n'en connaît pas les clefs. Par conséquent, cela rend le roman moins universel. Williams est un cas d'exemple : il ne manque pas de grands écrivains à avoir loué son œuvre (T.S. Eliot, W.H. Auden, C.S. Lewis...), mais elle n'a jamais atteint une grande popularité dans le lectorat : celui qui ne perçoit pas les allusions que fait Williams passe à côté de quelque chose et appréciera moins sa lecture. Même dans le cas d'un auteur comme Dan Brown, la démarche d'élucidation (si l'on peut dire) n'intéressera qu'une frange du lectorat déjà intéressée par le mysticisme.

Bref, pour étudier ce que pense Tolkien du récit merveilleux et de son intérêt pour le lecteur, je recommande chaudement la lecture de son essai « Du conte de fées » (en notant que le Hobbit comme le SdA rentrent parfaitement dans le cadre qu'il décrit, et où il n'y a pas la moindre allusion au mysticisme). Sinon, le Héros aux mille et un visages, de Joseph Campbell, est un bon point de départ pour une analyse de ce type.

(30.06.2013, 02:20)Arwen a écrit : Le titre est en fait "provoquant" - il m'a choqué à la première vue...

Personnellement, je ne pense pas qu'il y ait d'interrogation choquante, tant qu'il s'agit bien d'un questionnement ouvert, où il s'agit de gagner en compréhension et pas de défendre une thèse bancale contre vents et marées.

En terme de méthode, si l'on veut prouver une thèse, il ne faut pas se contenter d'éléments ambigus ou discutables. Par exemple, avant d'admettre qu'il pourrait y avoir un symbolisme maçonnique dans le SdA, il faudrait pouvoir démontrer qu'on y trouve une peinture convaincante des trois grandes lumières ou des trois petites lumières de la maçonnerie. Ou qu'un groupe de personnages homogène puisse s'interpréter aisément comme une représentation des officiers d'une loge selon un rite pratiqué en Angleterre. Et ainsi de suite. Et je souhaite bonne chance à qui veut prouver cela, parce que je doute fort qu'on parvienne à détecter ce genre d'allusion.

NB : À titre de comparaison, j'invite les personnes intéressées à consulter la scène de l'initiation dans la Flûte enchantée, de Mozart : là le symbolisme est clairement évident. Il faut dire que Mozart était lui réellement franc-maçon, la chose est bien documentée.
Rollant est proz e Oliver est sage.
Ambedui unt merveillus vasselage :
Puis que il sunt as chevals e as armes,
Ja pur murir n’eschiverunt bataille.
La Chanson de Roland
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Le SdA, une oeuvre maçonnique ? - par Amrûn - 26.06.2013, 00:33

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