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Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
27.09.2010, 12:34
Message : #1
Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
Je poste ici ce qui représente le début d'un essai que j'avais entamé sur les Dragons. J'avais peur qu'il ne tombe dans l'oubli, étant donné que je n'ai pas le temps de le reprendre.

Voilà donc le texte. N'hésitez pas à donner vos réactions et à venir ajouter votre pierre à l'édifice.

Citation :
Les Dragons chez Tolkien

Introduction

« J’avais grande envie de dragons » disait Tolkien, « Bien sûr, mon corps timide ne souhaitait pas les avoir pour voisins. Mais un monde où se trouvait l’idée même de Fafnir était pour moi plus beau et plus riche, quel qu’en fût le danger. »

Le ton est donné. Depuis ce moment, l’envie de dragons ne quittera plus Tolkien. Sa première tentative d’histoire de dragons se passe pendant son enfance vers l’âge de sept ans mais se termina bien vite :

« Ma mère ne me dit rien sur le dragon mais me fit remarquer qu’on ne pouvait pas dire « un vert grand dragon », qu’il fallait mettre « un grand dragon vert ». […] Je ne crois pas avoir essayé d’écrire une autre histoire pendant de longues années, et je me suis mis à l’étude de la langue »

Ainsi donc pendant un long moment, Tolkien oublia ses envies de dragons pour étudier la langue. Ce n’est que quelques années plus tard lors de la rédaction des Contes Perdus que les Dragons refirent leur apparition.

Les Dragons dans le Légendaire

En 1919, Tolkien commence la rédaction de ce qui deviendra plus tard le récit des Enfants de Húrin , sous le titre Turambar et le Foalókë. Ce récit conte l’histoire de Túrin Turambar et de son combat contre Glorund le Foalókë qui deviendra plus tard Glaurung le Père des Dragons.
Dans le cadre de ce récit, on découvre un passage assez précis décrivant les caractéristiques des Dragons :

« Maintenant ces dragons et vers sont les créatures les plus maléfiques que Melko ait façonnées, et les plus étranges, mais encore de toutes sont-elles les plus puissantes, sauf les Balrogs peut-être. Grande ruse et sagesse possèdent-ils, de sorte que depuis longtemps on a dit parmi les Hommes que quiconque goûte le cœur d’un dragon connaitra toutes les langues des Dieux ou des Hommes, d’oiseaux ou de bêtes, et ses oreilles attraperaient les murmures des Valar ou de Melko comme jamais ils ne les auraient entendus auparavant. Rares sont ceux qui jamais réussirent une telle prouesse que la mise à mort d’un dragon, et aucun même parmi ces Hommes de bravoure ne saurait goûter leur sang et vivre encore, car il est tel un poison de feux qui tue tout être qui ne posséderaient pas la force d’un Dieu. Quoi qu’il en soit, tout comme leur seigneur, ces bêtes infectes aiment les mensonges et convoitent l’or et les objets précieux, animés d’une immense férocité de désir bien qu’ils ne puissent en avoir l’usage ni en jouir. »

On note dans ce passage une référence évidente, mise en avant par Christopher Tolkien dans son Commentaire au Conte de Turambar , à la légende de Sigurd le fléau de Fáfnir, lequel pouvait comprendre le langage des oiseaux après avoir mangé le cœur du dragon Fáfnir.
Quelques pages plus loin, le passage est complété par une description des différentes espèces de Dragons qui furent créées par Melkor :

« Nombreux sont les dragons qu’il [Melko] a lâchés sur le monde et certains sont plus puissants que d’autres. Maintenant les moins puissants – et pourtant étaient-ils énormes à côté des Hommes de ces jours – sont froids comme il est de la nature des serpents, et de ceux-ci grand nombre possèdent des ailes et vont avec une rapidité et un vacarme extrême ; mais les plus puissants sont chauds et très lourds et d’allure lente, et certains vomissent des flammes, et le feu danse sous leurs écailles et leur désir et leur avarice et leur maléfice rusé est le plus grand parmi toutes les créatures… »

D’autre part, dans la Route Perdue, Tolkien introduit de nouveaux types de Dragons : les rámalóki, les dragons ailés, les urulóki, les dragons de feu, les fealóki, les dragons de lumière, les lingwilóki, les dragons-poissons ou serpents de mer et enfin les dragons du froid. Tolkien distingue donc d’une part trois types de dragons : les dragons sans ailes, qu’il nomme « vers », qui sont assimilables dans leur aspect à des lézards. C’est de cette famille dont il est question en majorité dans les contes du Premier Age de la Terre du Milieu, au travers de l’emblématique Glaurung. Dans cette catégorie semble notamment se ranger les urulóki, les fealóki, et les dragons du froid. D’autre part, à partir du Second Age, Tolkien introduit les rámalóki, les Dragons Ailés, et notamment Smaug dans le conte de Bilbo le Hobbit. Dans les textes publiés, on ne trouve pas d’exemple de dragon de mer.
On trouve une description de l’avidité des Dragons dans les paroles que Thorïn adresse à Bilbo, dans Bilbo le Hobbit :

« Ainsi les salles de mon grand-père regorgeaient-elles d’armures, de joyaux, de ciselures et de coupes, et le marché aux jouets de Dale était la merveille du Nord.
Ce fut sans nul doute ce qui attira le dragon. Les dragons volent aux hommes, aux elfes et aux nains l’or et les bijoux, partout où ils peuvent les trouver ; et ils conservent leur butin tant qu’ils sont vivants (ce qui est pratiquement à jamais, à moins qu’ils ne soient tués), sans jamais en goûter le tintement d’airain. En fait, ils savent à peine discerner un beau travail d’un mauvais, encore qu’ils aient d’ordinaire une bonne idée de la valeur marchande courante ; et ils sont incapables de rien faire par eux-mêmes, fût-ce réparer une écaille mal assujettie de leur armure. Il y avait en ce temps-là, dans le Nord des quantités de dragons, et l’or s’y faisait sans doute rare, alors que tous les nains fuyaient vers le sud ou étaient tués, sans compter que le gaspillage et la destruction commis par les dragons empiraient de jour en jour. »


Dans le commentaire des Annales Grises , on trouve une note de Tolkien concernant l’ascendance probable des Dragons :

« Glaurung doit être un démon [??contenu dans une forme de ver]. »

Cette courte phrase notée en bas d’une page d’un des manuscrits de façon très peu lisible permet de supposer que Tolkien considérait les Dragons comme des Maiar incarnés sous forme de vers, de manière similaire aux Balrogs. Cependant cela ne peut rester qu’une supposition vu que nous ne disposons pas d’informations plus explicites.

1 -Glaurung, le Père des Dragons

Glaurung le Ver apparait pour la première fois dans le conte de Turambar et le Foalókë (« serpent qui gardait un trésor » du qenya foa « trésor accumulé avec avarice » et lókë « serpent » ). Il se nomme alors Glorund (littéralement « le doré »).
Selon les Annales Grises , Glaurung apparait pour la première fois en 290 du Premier Age, et meurt en 499 du Premier Age. Il aurait donc vécu au minimum 239 ans, sachant qu’on ne connait pas l’année de sa naissance précisément.
C’était « un grand ver dont les écailles étaient de bronze poli et dont le souffle étaient flammes et fumée mélangées » ; ce souffle fétide et chaud fait s’évanouir Túrin lors de leur confrontation à Nargothrond. Mais Glorund possède un plus grand pouvoir contenu dans ses yeux, « car le regard de cette bête possédait une magie immonde, comme en ont bien d’autres de son genre, et il rendit Túrin comme de la pierre, car son œil tint l’œil de Túrin de sorte que sa volonté mourut, et il ne put bouger de son propre chef et pourtant pouvait-il toujours voir et entendre ». Ce pouvoir n’est pas sans rappeler celui de Méduse dans la mythologie grecque, Méduse dont le regard transformait en pierre tout être qui le croisait. Cependant à la différence de Méduse chez qui la transformation est irréversible, il semble que l’immobilisme dû à Glorund puisse être annulé par un effort intense de la volonté. En effet, Túrin réussi l’exploit de se soustraire au sortilège d’immobilisme du Dragon lorsque Failivrin passe à ses côtés emportée en esclavage par les Orcs :

« … et le pâle visage de Failivrin s’évanouit au loin, et sa voix porta jusqu’à lui, s’écriant : « Ô Túrin Mormakil, où est ton cœur ; ô mon bien-aimé, pourquoi m’abandonnes-tu ? » Si forte alors se fit la douleur de Túrin que même le sort de ce ver ne put le retenir, et s’écriant à haute voix il se tendit vers l’épée à ses pieds et aurait voulut en blesser le dragon, mais le serpent exhala un souffle infect et chaud sur lui, et il s’évanouit et crut que c’était là la mort. »

Cet épisode n’est plus présent dans le Silmarillion. Finduilas [Failivrin] passe bien à côté de Túrin paralysé mais celui-ci ne réussit pas à se soustraire au regard de Glaurung.
Mais le regard de Glorund porte le pouvoir encore plus grand d’influer sur l’esprit même des gens :

« … il ouvrit grand ses yeux maléfiques, et une lumière brilla en eux, et Mavwin [Morwen] et Nienóri tremblèrent sous son regard et un évanouissement s’empara de leurs esprits […]. Lorsque cependant après un temps dont elle ne se souvint point l’obscurité quitta l’esprit de Nienóri […] il lui sembla se réveiller de rêves d’horreur et elle ne pouvait se les rappeler, mais leur terreur se tapit dans la noirceur au plus profond de son esprit, et son souvenir de toutes choses passées était terni. »

Ici les souvenirs de Nienóri sont tous effacés et elle est livrée à elle-même. Elle demeure dans cet état d’amnésie partielle jusqu’à la mort de Glorund :

« …mais Nienóri s’assit comme assommée, et à ces mots Glorund mourut, et avec sa mort le voile de ses sortilèges la quitta, et toute sa mémoire fit claire comme du cristal, et elle n’oublia point non plus les choses qui lui étaient advenues depuis qu’elle avait succombé à la magie du ver… »

Tout le pouvoir de Glorund se trouve réduit à néant de par sa mort. Ainsi, Turambar qui gisait endormi par Glorund mourant, n’arrive à se réveiller que lors de la mort de celui-ci:

« …et voici, ils le trouvèrent remuant et vivant, car lorsque le dragon mourut l’évanouissement le quitta, et il dormit d’un profond sommeil d’épuisement, mais maintenant s’éveillait-il et il était endolori. »

La mort de Glorund est un épisode peu reluisant. Turambar accompagné de quelques camarades, se cache dans un ravin du Teiglin que doit traverser le Dragon afin d’accéder à la forêt de Brethil :

« Alors, attendant jusqu’à ce qu’un point des plus vitaux et sans défense fût à portée d’épée, il éleva Gurtholfin son épée noire et la planta de toutes ses forces au-dessus de sa tête, et cette lame magique des Rodothlim pénétra dans les entrailles du dragon jusqu’à la garde même, et le hurlement de sa douleur-de-mort déchira les bois et tous ceux qui l’entendirent furent frappés d’horreur.
Alors ce dragon se tordit affreusement et les immenses anneaux de ses contorsions étaient terribles à voir, et il brisa tous les arbres qui se dressaient près du lieu de son agonie. Avait-il presque traversé l’abîme lorsque Gurtholfin le transperça, et maintenant il se jeta sur l’autre rive et dévasta tout ce qui l’entourait, et fouetta et s’entortilla et poussa hurlements et cris tels que les plus valeureux pâlirent et se tournèrent pour fuir. »


Cet épisode fait écho à celui de la mort du dragon Fáfnir dans la chanson des Nibelungen. Sigurd, sur les conseils de son père adoptif, creuse une fosse sur le passage du dragon Fáfnir, s’y cache et au moment où passe le monstre, lui enfonce, de bas en haut, son épée magique Gramr dans le cœur.

Lors l’épisode de la mort de Glorund, on observe que son sang est empoisonné :

« …mais alors même qu’il parlait le sang maléfique jaillit de cette blessure sur sa main [de Túrin] et la brûla, et elle se flétrit, de sorte qu’à la douleur soudaine il s’exclama à pleine voix. Alors le Foalókë ouvrit ses yeux terrorisants et le contempla, et il tomba évanoui à côté du dragon et son épée sous lui. »
Cet épisode est ambigu dans la mesure où l’on ne peut pas savoir si c’est le sang du dragon qui est la cause de l’évanouissement de Túrin ou son regard.

Malgré sa mort, Glorund reste un sujet de crainte. On l’observe notamment dans le cas du trésor de Nargothrond que gardait Glorund avant sa mort :

«… les Orcs s’étaient enfuis de cet endroit lors de la mort de Glorund, et un être seulement demeurait encore là, un nain vieux et difforme assis toujours sur le tas d’or à chanter à lui-même de noires chansons d’enchantement. Mais personne ne s’était approché jusque-là pour le dépouiller car la terreur du dragon avait vécu plus longtemps que lui et personne ne s’était aventuré là de nouveau de crainte de l’esprit même de Glorund le Ver. »

Dans les Lais du Beleriand, on note deux mentions rapides à Glaurung. Tout d’abord sous le terme « l’insatiable ver de la Cupidité » dans le Lai des Enfants de Húrin et une référence dans la chanson du sortilège de longueur de Lúthien, « le corps de Glómund le serpent ».
Dans la Formation de la Terre du Milieu, Christopher Tolkien a édité trois récits qui contiennent de plus amples informations sur le Père des Dragons. Ces récits sont d’une part l’esquisse du Silmarillion (E) et d’autre part deux versions de la Quenta Noldorinwa (Q1 et Q2), écrits selon Christopher Tolkien dans les années 1930.
Dans E, Glórung est mentionné pour la première fois comme étant un de premiers voire le premier des dragons et le plus puissant, ce qui explique son nom le plus connu de Père des Dragons :

« Morgoth avait soudain lancé une grande armée contre eux, et avec elle l’un de premiers des plus puissants [> le premier et le plus puissant] de ces Dragons qui proliféraient dans ses profonds repaires… »

Quelques lignes plus loin, on apprend que Glórung est suffisamment chaud pour tout brûler sur son passage :

« Glórung apprenant l’existence de leur domaine, rampe au-dessus du Narog et travers les bois pour les attaquer, le ventre rempli de feu, laissant dans son sillage une trainée d’herbe calcinée. »

Dans le Silmarillion, on ne trouve pas d’informations nouvelles sur Glaurung. Dans les Contes et Légendes Inachevés en revanche, on trouve un détail particulièrement intéressant. Juste avant que Turambar ne transperce Glaurung, Tolkien écrit ceci :

« Car il n’entreprit pas sa traversée du gouffre juste au-dessus des guetteurs, mais un peu au nord, et ils pouvaient voir l’ombre gigantesque de sa tête contre les étoiles, et ses mâchoires étaient béantes et il avait sept langues de feu. »

Cette référence aux sept langues de feu est très intéressante. Nicole Belmont explique dans son essai , que l’on rencontre, dans le cadre de récits dits « de tueurs de dragons », deux grands contes types : La Bête à Sept Têtes (The Dragon Slayer) et Le Roi des poissons ou la Bête à Sept Têtes (The Twins or Blood-Brothers). On retrouve cette référence au chiffre sept. Nicole Belmont note notamment que les contes de tradition orale sont peu descriptifs mais que le dragon est souvent qualifié par le nombre de ses têtes qui sont de sept (plus rarement neuf). Sept têtes qui se référent notamment aux deux Bêtes de l’Apocalypse :

« Apocalypse XII, 3
Un autre signe parut encore dans le ciel ; et voici, c'était un grand dragon
Rouge, ayant sept têtes et dix cornes, et sur ses têtes sept diadèmes ».


«Apocalypse XVII, 3
Il me transporta en esprit dans un désert. Et je vis une femme assise
sur une bête écarlate, pleine de noms de blasphème, ayant sept têtes et dix cornes. »



2 - Ancalagon le Noir

Dans les Étymologies, on trouve la signification du nom Ancalagon à l’entrée NAK- : Anc-alagon « Mordante Tempête » . Mais dans l’Appendice de la Quenta, Tolkien le traduit par le vieil anglais Anddraca qui peut être décomposé comme suit : and- de anda « inimitié, haine, envie » et draca « dragon ».

Ancalagon le Noir fait sa première apparition dans la Formation de la Terre du Milieu.
Dans l’esquisse de Silmarillion (E) et dans la Quenta 1 (Q1), Tolkien ne fait pas mention d’Ancalagon. Seul un court passage qui sera par la suite supprimé peut-être considéré comme une esquisse de l’attaque d’Ancalagon et des dragons volants.
Version de E :

« Morgoth lui-même tente une dernière sortie avec tous ses dragons, mais ils sont anéantis par les fils des Valar. »

Version de Q1 :

« Et Morgoth lui-même fit une sortie, et tous ses dragons l’entouraient ; et Fionwë fut repoussé pendant un moment. Mais les fils des Valar finirent par les vaincre tous…»

Par la suite Tolkien récrivit une partie de la Q1 et introduisit de nouvelles informations. Ce nouveau récit est notée Q2 par Christopher Tolkien. Dans la réécriture du §18, on découvre la première mention d’Ancalagon :

« Mais Morgoth trembla et ne se montra pas ; et il lâcha son dernier assaut, et c’étaient les dragons ailés [car jusqu’à présent aucune de ces créatures issues de son cruel génie n’avait encore assailli les airs]. L’attaque de cette armada fut si soudaine, si foudroyante et si dévastatrice, comme une tempête de cent tonnerres aux ailes d’acier, que Fionwë fut repoussé ; mais Eärendel vint, entouré d’une myriade d’oiseaux, et le combat se poursuivit toute la nuit, dans le doute. Et Eärendel terrassa Ancalagon le noir et le plus puissant de toute la horde de dragons, et le fit déchoir du haut du ciel, et sa chute jeta bas les tours du Thangorodrim… »

Le fait étonnant dans ce passage est la référence aux ailes d’acier. Dans la Quenta Silmarillion, ce détail est encore plus mis en valeur :

« …car la venue des dragons fût comme un grand grondement de tonnerre, et une tempête de feu, et leurs ailes étaient d’acier. »

On peut donc supposer qu’Ancalagon possédait des ailes d’acier également.

Ce passage est à peu de choses près identique à celui que l’on retrouve dans le Silmarillion à quelques détails près. Ainsi la myriade d’oiseaux accompagnant Eärendil sur son navire Vingilot est maintenant commandée par Thorondor :

« Voyant ses armées en déroute et son pouvoir affaibli, Morgoth eut peur et n’osa pas s’avancer en personne. Il lâcha sur ses ennemis les forces qu’il avait gardées en réserve dans une attaque désespérée, et on vit sortir des cavernes d’Angband les dragons ailés qu’on n’avait encore jamais vus. L’assaut de cette terrible armada fut si brutal et si dévastateur que les armées des Valar reculèrent devant le tonnerre, les éclairs et l’ouragan de flammes qui précédaient les dragons. Eärendil s’avança, illuminé d’un éclat blanc. Tous les oiseaux de ciel accompagnaient Vingilot, conduits par Thorondor, et la bataille fit rage dans les airs tout un jour et toute une nuit de doute et d’inquiétude. Avant le lever du soleil Eärendil transperça le noir Ancalagon, le plus grand des dragons, et le précipita du haut du ciel. Il tomba sur les pics du Thangorodrim qu’il brisa dans sa chute. »

Cet épisode qui marque la fin du combat contre Melkor et la fin du Premier Âge n’est pas sans rappeler un épisode biblique. En effet dans l’Apocalypse selon St Jean, on assiste à un combat similaire entre St Michel et le Dragon de Satan :

« Apocalypse XII, 7-9
Et il y eut une guerre dans le ciel :
Michel et ses anges combattirent contre le dragon.
Et le dragon et ses anges combattirent,
Mais ils ne furent pas les plus forts, et leur place ne fut pas trouvée dans le ciel.
Et il fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan,
Celui qui séduit toute la terre, il fut précipité sur la terre,
Et ses anges furent précipités avec lui. »


Le Dragon personnifie Satan comme Ancalagon personnifie Morgoth sur le champ de bataille. Eärendil et ses oiseaux sont l’image même de St Michel et de ses anges. Il est intéressant de voir qu’au Moyen Age, l'archange est également représenté pesant les âmes des morts car on le croyait capable de sauver les âmes de l'enfer. Cette image de St Michel capable d’influencer le destin est à rapprocher du rôle d’Eärendil qui se fait l’ambassadeur auprès des Valar pour sauver les peuples de la Terre du Milieu du joug de Morgoth.

Une autre comparaison peut-être trouvée dans l’œuvre même de Tolkien. Eärendel et ses oiseaux arrivant à la fin du combat n’est pas sans rappeler les Aigles dans Bilbo le Hobbit et le Seigneur des Anneaux. On retrouve l’idée d’une force venant du ciel pour combattre et donner un tournant favorable aux événements (eucatastrophe).

Enfin, dans le Seigneur des Anneaux, on trouve une référence à Ancalagon le Noir. Dans le chapitre 2, l’Ombre du Passé, lorsque Gandalf tente de persuader Frodon qu’il faut détruire l’Anneau ; il dit alors :

« Votre petit feu ne fondrait pas même de l’or ordinaire, naturellement. Cet Anneau y a déjà passé sans dommage et même sans échauffement. Mais il n’existe pas dans cette Comté de forge capable de lui faire subir le moindre changement. Pas même les enclumes et les fours des Nains ne le pourraient. On a dit que le feu du dragon était capable de fondre et de consumer les Anneaux de Puissance, mais il ne reste plus maintenant sur terre aucun dragon dont la vieille flamme soit assez chaude ; et il n’y en eut jamais aucun, pas même Ancalagon le Noir, qui aurait pu faire du mal à l’Anneau Unique, l’Anneau Souverain, car celui-là avait été fait par Sauron lui-même. »

Ainsi donc Ancalagon, qui est pourtant le dragon responsable de la ruine du Thangorodrim et de la chute de son maître Morgoth, n’aurait pas pu réduire l’Anneau Unique en cendres du fait qu’il avait été créé par Sauron. Seules les flammes de l’Orodruin en sont capables, flammes issues de la Terre. On pourrait y voir une image supplémentaire de la supériorité d’Eru et de sa création (la Terre) sur Morgoth et son dragon. Cependant, si les dragons en général ne peuvent réduire l’Unique en cendres, les anneaux moindres et notamment quatre des sept anneaux appartenant aux Nains furent consumés par leurs feux comme le prouve cette citation :

« Les Rois Nains en possédaient sept, mais il en a recouvré trois et les autres, les dragons les ont consumés. »

3 - Smaug le Doré

Smaug est le plus connu des dragons de Tolkien, et celui qui ressemble le plus à l’image que l’on a du dragon occidental.
Selon John D. Rateliff, la rédaction de Bilbo le Hobbit a débutée pendant l’été 1930 et se serait achevée dès Janvier 1933 (dans sa première version) avant d’être envoyée à Allen & Unwin pour la publication. Selon lui, la rédaction du Hobbit a suivi cinq phases, dont les trois premières ont permis d’arriver au récit tel qu’il fut publié dans la première édition du Hobbit.
La Première Phase est composée de deux textes, dont la toute première version du chapitre 1 intitulée « le Fragment de Pryftan». Ce fragment est intéressant car il est titré d’après le nom primitif de Smaug, « Pryftan » qui n’apparait que dans cette Première Phase :

« Elle pouvait bien être secrète autrefois, dit Gandalf , mais pourquoi le serait-elle encore. Pryftan a creusé là-bas assez longtemps pour découvrir tout ce qu’il y a à savoir sur ces cavernes, maintenant ! »

Rateliff ne commente pas ce nom, mais quelques recherches permettent de trouver une piste très intéressante. Ainsi en gallois on trouve les mots pryf « ver, reptile, serpent, dragon » et tân « feu, incendie, flamme », ce qui laisserait supposer la signification de « Dragon de Feu » pour le nom Pryftan. [une étude complète du sujet est disponible ici
Smaug prend son nom définitif très tôt. Tolkien nous dit à ce propos qu’il :

« …porte un nom (un pseudonyme), le parfait du verbe germanique primitif Smugan : « se glisser dans un trou » ; c’est une mauvaise blague de philologue. »

On comprend tout à fait ce pseudonyme quand on connait le plaisir qu’à Smaug à s’allonger dans les profondeurs de l’Erebor. On trouve également un autre nom, équivalent du nom Smaug dans la langue dalienne de l’Erebor :

« Smaug, le nom du Dragon, est une représentation en termes similaires, […], du nom Dalien Trāgu …»

Dans le premier chapitre, on trouve une référence à la taille de Smaug :

« La porte a cinq pieds de haut et trois peuvent passer de front » disent les runes. Mais Smaug ne pourrait pas ramper par un trou de cette dimension, pas même quand il n’était qu’un petit dragon, et certainement pas après avoir dévoré tants de nains et d’hommes de Dale. »

5 pieds de haut font environ 1m50, ce qui permet de supposer que la taille d’un jeune dragon est supérieure à cette valeur.

Dans ce même chapitre, on trouve une description précise de l’attaque de Smaug sur l’Erebor raconté par Thorin, qui nous donne un aperçu de sa puissance :

« Il y avait un ver particulièrement avide, fort et méchant, du nom de Smaug. Un jour, il s’envola et vint dans le Sud. La première annonce que nous en eûmes fut un bruit semblable à celui d’un ouragan en provenance du nord et le grincement et le craquement des pins de la Montagne sous l’assaut du vent. […] Or donc, d’une assez grande distance, nous vîmes le dragon se poser sur notre montagne dans une trombe de feu. Puis il descendit la pente et, quand il atteignit les bois, ils se mirent tous à flamber. […] De la rivière s’éleva une grande vapeur ; un brouillard s’étendit sur Dale et du milieu de ce brouillard le dragon fondit sur eux et détruisit la plupart des guerriers […] Après quoi, il retourna se glisser sous la Porte Principale et fit place nette dans tous les passages, les tunnels, les allées, les caves, les salles et les appartements. […] et il s’empara de tous leurs biens. Sans doute les a-t-il amassés loin à l’intérieur en un seul grand tas dont il se sert comme lit pour dormir, car c’est là la façon des dragons. Par la suite, il prit l’habitude de se glisser la nuit hors de la grande porte et de venir à Dale, d’où il enlevait des gens, particulièrement des jeunes filles, pour les dévorer, jusqu’à ce qu’enfin la ville fût ruinée et tous les habitants morts ou partis. »

La puissance de Smaug est telle que le déplacement d’air provoqué par son vol est tout d’abord pris pour une tempête par les Nains. Cela engendre des craquements et des grincements dans les pins. Si l’on se réfère à l’échelle de Beaufort , on voit qu’un vent qui fait trembler les arbres atteint une force de 7 à 8 soit une moyenne de 60 km/h, alors qu’un vent qualifié d’ouragan de force 12 atteint les quelques 120 km/h soit plus du double. Il semblerait donc qu’il y ait une certaine incohérence dans le récit de Thorin, peut-être dû à la longue durée écoulée depuis cette attaque. Cependant, on ne peut affirmer que Smaug provoque « des vents violents dans les terres qu'ils survolaient » comme le disent certains auteurs, et malgré ce que Smaug semble lui-même penser. D’ailleurs, dans le poème que chantent les Nains lors de leur soirée chez Bilbo, il est dit que « les vents gémissaient dans la nuit » ce qui est un qualificatif un peu faible si l’on considère un ouragan.
A l’image de Glaurung à Nargothrond, Smaug n’hésite pas à s’immerger dans la rivière au pied du Mont Solitaire afin de provoquer un brouillard ainsi qu’à enflammer les bois alentours afin de perturber ainsi les troupes daliennes et naines. Son « feu était rouge, il s’étendait flamboyant ; les arbres comme des torches étincelaient de lumière ».
On apprend de cette citation que le dragon se nourrissait notamment de jeunes filles. Dans le Fragment de Pryftan, une phrase précise que Smaug avait « dévoré beaucoup de vierges de la vallée » . L’image du Dragon et des jeunes filles vierges est une image récurrente des contes de Tueurs de Dragons. Dans ces récits, le tueur de dragons doit se débarrasser du Dragon qui s’empare des filles nubiles du roi créant ainsi une stérilité symbolique . Dans notre récit, la stérilité est ainsi symbolisée par la perte de ces jeunes vierges mais aussi par la désolation créée par Smaug autour de l’Erebor.

(à finir)

4 - Scatha et les autres

Dans cette partie sera regroupé tout ce qui concerne Scatha et divers dragons dont les récits ne mentionnent que peu d’informations. Pour des raisons de facilité, les dragons "pré-SdA" sont séparés des autres, car leurs particularités diffèrent sensiblement, la vision de Tolkien ayant évolué entre les premiers écrits et l'écriture du SdA.

4-1 Les dragons dans les Contes Perdus
Dans le Silmarillion, on trouve mention de dragons lors du saccage de Gondolin :

« Enfin, quand Eärendil eut sept ans, Morgoth fut prêt et lâcha ses Balrogs sur Gondolin, et ses Orcs, et ses loups, et avec eux les dragons engendrés par Glaurung qui étaient maintenant nombreux et terrifiants».

Ces dragons sont déjà présents dans les Contes Perdus mais sous une forme très particulière, spécifique des Contes Perdus. Il s'agit de dragons de métal servant de transports de troupe aux Orcs :

« Et maintenant les Monstres traversèrent la vallée et les tours blanches de Gondolin rougirent à leur approche ; mais les plus courageux d’entre eux furent terrifiés à la vue de ces dragons de feu et ces serpents de bronze et de fer qui déjà entourent la cité ; et ils leur décochèrent des flèches en pure perte. […] Mais maintenant Gothmog seigneur des Balrogs, capitaine des armées de Melko, tint conseil et rassembla toutes ses choses de fer qui pouvaient s’enrouler autour et au-dessus de tous les obstacles qui se présentaient à eux. À celles-ci il ordonna de s’amasser devant la porte du nord ; et voici, leurs grands anneaux atteignirent jusque son seuil et s’élancèrent vers les tours et les bastions qui l’entouraient, et à cause du poids énorme de leurs corps ces portes s’écroulèrent, et grand fut le fracas qui en résulta : pourtant la plupart des murs d’enceinte restèrent solides. Puis les engins et les catapultes du roi déversèrent des flèches et des rochers et des métaux fondus sur ces bêtes sans pitié, et leurs corps creux rendirent un fracas métallique sous les coups, pourtant cela fut fait en pure perte car ils ne purent être brisés, et les feux s’écoulèrent sur leur corps sans les arrêter. Alors ceux du haut s’ouvrirent en leur milieu, et une armée innombrable d’Orcs, les goblins (sic) de la haine, s’en déversa dans la faille… »

Ils ont visiblement été créés par les forgerons d’Angband :

« …Melko rassembla ses plus adroits forgerons et sorciers, et de fer et de flamme ils façonnèrent une armée de monstres comme on n’en vit qu’en ce temps… »

Tolkien les décrit comme étant faits :

« tout de fer si adroitement relié qu’ils pouvaient couler comme de lentes rivières de métal ou bien s’enrouler autour et par-dessus tout obstacle qui se présentait à eux, […], d’autres de bronze et cuivre reçurent des cœurs et des esprits de feu brûlant, et ils réduisaient en cendres tout ce qui se trouvait devant eux par la terreur de leur souffle ou écrasaient tout ce qui échappait à leur ardeur ; encore d’autres étaient des créatures de pure flamme qui se tordaient comme des cordes de métal fondu, et ils ruinaient tout tissu dont ils s’approchaient, et le fer et la pierre fondaient devant eux et devenaient comme de l’eau, et sur ceux-ci chevauchaient des Balrogs par centaines ; et c’étaient les pires de tous les monstres que Melko conçut contre Gondolin. »

Il semble d’après ces extraits que les variétés de dragons de fer soit aussi diverses que celles des dragons vivants. L’idée générale étant qu’ils en existent de deux types : les premiers en métal solide qui servent aux transports de troupes, et les seconds qui ressemblaient à du métal en fusion ou à des rivières de feu sans consistance propre. Le fait que la pierre et le fer fondent comme de la glace démontre une chaleur extrême (de l’ordre de 1500°C pour fondre le fer). Dès lors, ils semblent étonnant que les Elfes de Gondolin ou même les Orques ne soit pas réduits en cendres à leur simple approche.
Le passage précédent amène un détail intéressant qui indique ces dragons seraient dirigés par des esprits identiques à ceux des Balrogs, des esprits de feu, ce qui rejoint l’idée que les dragons sont des incarnations de Maiar (cf. Introduction aux Dragons du Légendaire).

(à étendre et à comparer aux Dragons fil-de-fer)

On l’a vu, les Dragons de Tolkien sont essentiellement basés sur l’image des Dragons Occidentaux issus du folklore scandinave et germanique. Cependant dans The History of the Hobbit, on trouve une mention aux Dragons Orientaux dans les paroles de Bilbo, dans le fragment de Pryftan :

« Dites-moi ce que vous souhaitez que je fasse et j’essaierais - même si je dois marcher d’ici jusqu’au Grand Désert de Gobi et combattre les sauvages vers fil-de-fer de Chine. »

Cette mention, très succincte et supprimée dans la version publiée du Hobbit, montre néanmoins que Tolkien possédait une certaine connaissance de ces Dragons même s’il n’a pas tiré parti de leur image dans le Légendaire.


4-1 Scatha et les autres dragons

Tolkien intégra un certain nombre de dragons de moindre importance ou moins décrits dans les récits les plus récents de son Légendaire (c'est-à-dire ceux qui datent de la même époque que le Hobbit et le SdA).

Tout d’abord, il est intéressant de voir le lien de parenté entre les dragons du Premier Age qui furent normalement décimés lors de la Grande Guerre contre Morgoth et ceux du Second et du Troisième Age. Un passage de la Q2 permet de comprendre comment les dragons ont pu ressurgir après la Grande Guerre :

« Et Eärendel terrassa Ancalagon le noir et le plus puissant de toute la horde des dragons, et le fit déchoir du haut du ciel, et sa chute jeta bas les tours du Thangorodrim. Alors le soleil se leva, et les fils des Valar l’emportèrent, et tous les dragons furent détruits sauf deux seuls, et ils s’enfuirent dans l’Est».

Et un peu plus loin :

« ... ces Dragons se multipliant à nouveau dans les endroits sombres effrayèrent le monde, ce qu’ils font encore dans moult régions ; mais tous périront avant la fin par la valeur des Hommes mortels ».

Ainsi donc on peut supposer que ces deux dragons qui s’enfuirent à la fin du Premier Age seraient à l’origine d’une nouvelle génération, incluant Smaug et Scatha. Il faut noter que la dernière phrase « tous périront avant la fin par la valeur des Hommes mortels » semble s’accorder avec les destins des dragons rencontrés dans le Légendaire qui périssent respectivement de la main de Barde d’Esgaroth et de Fram, prince des Éothéod, tous deux Hommes mortels. La remarque est également valable pour les Dragons nommés du Premier Age : Túrin Turambar tueur de Glaurung et Eärendil le Marin d'Ancalagon (avec toutefois un bémol dans le cas d'Eärendil, qui est considéré comme un Semi-Elfe dans les récits, mais ayant une parenté humaine en la personne de Tuor).

Le peu d’informations que l’on a sur Scatha se trouve dans l’Appendice A du Seigneur des Anneaux, chapitre II « La Maison d’Eorl ». On y trouve un cours passage concernant sa mort :

« De son fils Fram, on dit qu’il tua Scatha, le terrible dragon d’Ered Mithrim, et ainsi le pays fut-il à jamais débarrassé des Grands-Vers. Ce faisant, Fram gagna de grandes richesses, mais il se heurta aux Nains qui revendiquaient le trésor de Scatha. Fram n’en voulait rien céder, pas un liard, et en lieu et place leur fit tenir les dents de Scatha montées en collier, disant : « Des bijoux, tels que ceux là, vous n’en trouverez point d’équivalents en vos coffres, car ils sont difficiles à se procurer. » D’aucuns disent que pour se venger de cette insulte, les Nains tuèrent Fram. Les Éothéod et les Nains étaient des gens qui ne s’aimaient guère ».

Ainsi Scatha était un Grand-Ver (un dragon du froid) qui vola des trésors aux Nains des Montagnes Grises tout comme Smaug. De ce trésor, on connait le fameux cor du Rohan qui appartenait à Merry et qui lui fut offert par Éowyn après la Guerre de l’Anneau :

« Eowyn donna alors à Merry un cor ancien, petit mais d’un habile travail, tout de bel argent avec un baudrier ; et des artisans y avaient gravé de rapides Cavaliers chevauchant en une ligne qui s’enroulait de l’extrémité jusqu’à la bouche ; et ils portaient des runes d’une grande vertu. « C’est un bien de notre maison, dit Eowyn. Il fut fait par les Nains, et il vint du trésor de Scatha le Ver. Eorl le Jeune le rapporta du Nord. Celui qui en sonnera dans le besoin inspirera la peur au cœur de ses ennemis et la joie à celui de ses amis ; et ils l’entendront et viendront à lui. » Merry pris alors le cor, qu’il ne pouvait refuser, et il baisa la main d’Eowyn ; et ils l’étreignirent [Eowyn et Eomer], et c’est ainsi qu’ils se séparèrent pour cette fois. »

Concernant le nom Scatha, on en trouve la signification dans la « Nomenclature du Seigneur des Anneaux » . Cette nomenclature a été écrite par J.R.R. Tolkien vers 1966 – 1967 à l'attention des traducteurs de son œuvre dans d'autres langues, afin de leur fournir des indications sur le sens des noms inventés par ses soins, ainsi que pour y définir la façon dont il désirait que ces noms soient traduits ou non. Ainsi à l’entrée Scatha, Tolkien note qu’ « il s’agit de vieil anglais (« ennemi, voleur »), provient donc de la langue du Rohan… ».

Dans l’Appendice A, chapitre III « Les Gens de Durin », on trouve une mention d’un autre dragon du froid non nommé :

« Mais Thorin Ier, son fils, s’exila et il s’en fut au Grand Nord, s’établissant dans les Montagnes Grises où s’assemblaient à présent la plupart des gens de Durin ; car riches étaient ces Monts et peu exploités. Mais les solitudes au-delà étaient fréquentés par des dragons ; et bien des années plus tard, ces dragons redevinrent puissants et se multiplièrent, et ils firent la guerre aux Nains, pillant leurs installations. Et tout à la fin, Dáin Ier et son second fils Frór furent tués aux Portes du Palais par un dragon, un Grand Drac au sang glacé ».

Il est fait mention d’un dernier dragon nommé dans le Légendaire, mais dont la seule information que l’on possède est justement le nom, Gostir. Ce nom est issu des Étymologies, aux entrées GOS- et GOTH- et THĒ- ; où sont notés :

« GOS-, GOTH- […] Gostir « terrible regard », nom de dragon [THE] »
« THĒ- […] Gostir anciennement Gorsthir « terrible-regard », nom de dragon [GOS]. »


Les Dragons hors du Légendaire

1 - Chrysophylax Dives

Chrysophylax Dives est un dragon qui apparait dans le conte Le Fermier Gilles de Ham. Comme Bilbo le Hobbit ou Roverandom, le Fermier Gilles de Ham a été écrit par Tolkien pour ses enfants vers la fin des années 1920. Cependant les éditeurs n’acceptèrent de publier le récit qu’en 1949. L’histoire raconte comment un simple fermier en vient à devenir le dompteur du Dragon Chrysophylax Dives.
Chrysophylax Dives signifie « Riche Gardien d’un Trésor », du grec Chrysophylax (Χρυσοφυλαξ) « gardien d’un trésor » et du latin Dives « riche ».
Tolkien l’introduit dans le récit par une description assez succincte :

« Il se nommait Chrysophylax Dives, car il était de lignage ancien et impérial, et très riche. Il était rusé, curieux, avide, bien cuirassé, mais pas trop audacieux. Quoiqu’il en fût, il ne craignait les mouches ou les insectes d’aucune sorte ni d’aucune taille ; et il avait mortellement faim ».

Cette citation met en évidence une hiérarchie chez les Dragons. Chrysophylax Dives est descendant direct d’une famille impériale, ce qui laisserait à penser qu’il existe une famille royale dont le pouvoir passerait de père en fils depuis maintes générations (lignage ancien). De pair avec cette remarque, Tolkien ajoute qu’il était très riche. Cette richesse peut alors être envisagée comme l’héritage de sa lignée plutôt que comme un trésor entassé par lui-même.
La référence aux mouches et insectes semble être une métaphore des épées et autres armes et faire écho au récit de Bilbo le Hobbit avec son épée nommée Dard.

Quelques pages plus loin, Tolkien ajoute des détails sur les caractéristiques de Chrysophylax :
« Le dragon était, semblait-il, d’une taille et d’une férocité exceptionnelles. Il faisait de terribles ravages. »
« Le soir du Jour de l’An, on put voir un flamboiement dans le lointain. Le dragon s’était installé dans un bois à dix miles environ, et celui-ci flambait joyeusement. C’était un chaud dragon quand il se sentait en humeur. »

La remarque sur la taille et la férocité de Chrysophylax laisse à penser qu’il est un dragon aux caractéristiques développées, par rapport à la norme. Ce pourrait être dû à son appartenance à la lignée impériale. Cependant, ces caractéristiques sont rapportées par les villageois, et la formulation avec « semblait-il », on peut y voir une simple exagération du fait de la réapparition subite d’un dragon. En effet, Tolkien nous dit plus tôt dans le texte que :

« En ce temps-là, les dragons commençaient déjà à se faire rares dans l’île. On n’en avait plus vu dans le royaume central d’Augustus Bonifacius depuis maintes années. Il y avait bien, naturellement, les marches incertaines et les montagnes inhabitées, à l’ouest et au nord, mais elles étaient loin. Dans ces régions-là, il y avait eu autrefois un certain nombre de dragons d’une sorte ou d’une autre, et ils avaient fait des expéditions de tous côtés. Mais le Royaume du Milieu était renommé à cette époque pour l’audace des chevaliers du Roi, et tant de dragons égarés avaient été tués ou étaient rentrés avec de grands dommages que les autres avaient renoncé à aller de ce côté. »


Dans le lot des exagérations et inventions des villageois, on trouve un détail assez surprenant. La croyance populaire veut que le rouge rende les dragons furieux :

« Il s’épongea le visage avec un grand mouchoir - vert, pas rouge, car les chiffons rouges rendent les dragons furieux, du moins à ce qu’il avait entendu dire. »

Cette caractéristique semble être une invention de Tolkien, car je n’ai trouvé aucun parallèle avec d’autres dragons.

(à finir)

2 - Le Dragon Blanc de la Lune

En 1925, lors de vacances sur la côte, Tolkien écrivit Roverandom , un conte destiné à consoler son fils Michael qui avait perdu son jouet préféré, un chien du nom de Roverandom. Dans le cadre de ce conte, Tolkien raconte les aventures de Roverandom à travers le monde et notamment sur la Lune. Là-bas il rencontre le Lunehomme et son lunechien volant. Ils deviennent camarades et c’est au cours d’une de leurs péripéties qu’ils rencontrent le Dragon Blanc de la Lune.

Tolkien nous fait une description de la vie de ce Dragon :

« Comme vous le savez sans doute, tous les dragons blancs sont originaires de la lune. Celui-ci avait effectué dans le monde un aller et retour, ce qui lui avait permis d’apprendre une ou deux choses. Au temps de Merlin, avait affronté le Dragon Rouge à Caerdragon, épisode conté dans tout livre d’histoire bien à jour et à l’issue duquel l’autre dragon était Très Rouge. Ultérieurement il s’en alla ravager les Trois Îles, puis s’établit un certain temps au sommet de Snowdon.»

Tolkien tisse ici un lien avec les légendes arthuriennes et plus particulièrement avec l’enfance de Merlin. Selon la légende, Vortigern, le roi de Grande-Bretagne, tenta de construire une tour au sommet du Mont Snowdon. Cependant, les matériaux nécessaires à sa construction sont à peine installés sur le chantier qu’ils disparaissent à la faveur de la nuit. Ce prodige se répète trois fois, jusqu’à ce que le roi Vortigern demande conseil à ses Sages. Ceux-ci lui disent de trouver un enfant sans père et de mélanger son sang aux fondations. L’enfant sans père est finalement trouvé, en la personne de Merlin enfant. Arrivé sur les lieux, Merlin affirma que verser son sang serait inutile car les fondations s’écroulaient à cause de deux Dragons qui étaient enterrés là. Les hommes creusèrent alors et découvrirent un Dragon Blanc et un Dragon Rouge. Aussitôt libérés, les deux Dragons se jetèrent l’un sur l’autre. La bataille dura pendant deux jours. Au début le Dragon rouge paru avoir le dessus mais le Blanc qui était plus jeune et plus agile finit par l’emporter. Cet épisode prophétise la venue d’Uther Pendragon père du roi Arthur, représenté par le Dragon Blanc, victorieux de Vortigern représenté par le Dragon Rouge. La suite de la légende raconte que le Dragon Blanc mourut peu après le combat . Tolkien fait donc de son Dragon Blanc de la Lune celui qui a combattu pour Pendragon qui ne serait finalement pas mort mais se serait réfugié sur la Lune.

« Tant qu’il y resta, les gens de s’avisèrent pas d’y grimper, sauf un homme que le dragon attrapa pendant qu’il buvait au goulot d’une bouteille et qui finit sa bouteille si précipitamment qu’il l’abandonna au sommet, exemple maintes fois imité depuis lors, c'est-à-dire depuis longtemps mais pas jusqu’au départ du dragon pour Gwynfa, peu après la disparition du roi Arthur, à une époque où les rois saxons tenaient la queue de dragon pour un mets d’une rare finesse. Gwynfa n’est pas si éloigné du rebord de monde ; de là, il est facile de voler jusqu’à la lune pour un dragon aussi titanesque et aussi monstrueusement mauvais que celui-là était devenu.»

Dans une note de fin, on trouve plus d’informations sur le lieu nommé Gwynfa. Traduit littéralement du gallois, cela voudrait dire « un lieu blanc ou béni ». Dans le folklore, aucun Gwynfa ne correspond à son utilisation par Tolkien. La comparaison donnée plus haut, par la mort du roi Arthur, permet de relier Gwynfa avec Avalon, un passage vers un autre monde, ainsi qu’avec Gwynvyd, le monde supérieur céleste de la tradition galloise.

« A présent il vivait au rebord de la lune, ne sachant pas trop ce dont le Lunehomme était capable avec ses enchantements et ses manigances. Tout de même il avait fini par oser, périodiquement, semer la perturbation dans l’agencement des couleurs. Parfois, c’est-à-dire quand il organisait une fête dragonesque ou bien se mettait en colère, il poussait hors de sa caverne de vraies flammes rouges et vertes ; et des nuages de fumées s’élevaient fréquemment de cet antre. Une fois ou deux, la lune entière était devenue rouge, et on savait que c’était lui. Il avait même osé l’éteindre complètement ! Dans ces circonstances si désagréables, le Lunehomme se cloîtrait en compagnie de son chien. »

Dans ce passage, on découvre que le Dragon Blanc serait responsable des perturbations de couleurs à la surface de la lune. Il aurait le pouvoir de rougir la Lune ; ce phénomène est parfois observable lors d’une éclipse, la Lune prend alors une teinte rouge-cuivrée ; voire éteindre complètement la lune, phénomène observable depuis la Terre lors de la Nouvelle Lune, la lune est alors invisible d’où l’impression qu’elle est éteinte.
Un peu plus loin on en apprend un peu plus sur ses caractéristiques physiques :

« …il s’est glissé hors de la caverne, de la tête à la queue, blanc dragon aux yeux verts, des flammes vertes jaillissant de toutes ses articulations. Ses naseaux crachent de la fumée noire, comme un bateau à vapeur, et voici qu’il émet le plus effrayant des mugissements. Les montagnes frémissent et en renvoient l’écho, des avalanches se précipitent, et les chutes d’eau s’arrêtent. Ce dragon possède des ailes, comme en avaient les bateaux quand ils étaient encore des bateaux et non des machines à vapeur. »

La référence aux voiles comme une métaphore des ailes est reprise d’un texte de Edmund Spenser, la Reine des Fées (1590), dans lequel le dragon possède des ailes « semblables à des voiles, que le vent creuse en s’y engouffrant, lui donnant une belle vitesse ; il gonfle les plumes jusqu’aux rémiges, on croirait une tapisserie volante ».

Un détail particulièrement troublant est la capacité du dragon à faire jaillir des flammes de ses articulations. Cette image ne se retrouve pas dans les descriptions mythologiques de dragons occidentaux mais on peut l’approcher de certaines images représentant des dragons orientaux portant des crinières sur certaines articulations.

Je pourrais mettre le fichier word ou pdf à disposition avec les références, si besoin Smile

EDIT 22/12/2010 : mise à jour suite aux remarques d'octobre 2010

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01.10.2010, 13:37
Message : #2
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
Merci pour cet essai très agréable à lire.
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01.10.2010, 13:38
Message : #3
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
Je t'en prie. Merci de l'avoir lu Wink

EDIT : N'hésite pas à donner tes impressions, aussi.

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02.10.2010, 19:09 (Ce message a été modifié le : 02.10.2010 19:11 par ISENGAR.)
Message : #4
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
Eh bin, pourquoi "essai avorté" ?

Il est très bien cet essai. Bien construit, agréable à lire et à suivre.
Les parties "à finir" sont déjà très complètes, à mon sens.
Pour ma part, je t'encourage à le terminer, c'est à dire étoffer un peu l'intro et rédiger une conclusion, et il aura franchement l'étoffe.
Pas grand chose, en fait. Tu devrais pouvoir trouver un peu de temps Smile

Il y a des petites coquilles à corriger :

Dans 1-Glaurung, le Père des Dragons, il y a un point en trop dans le premier paragraphe :
Citation :il semble que l’immobilisme dû à Glorund puisse être annulé par un effort intense de la volonté. .

Dans 3-Smaug le Doré, dernier paragraphe, il manque un "f" à Pryftan :
Citation :Dans le Fragment de Prytan, une phrase précise que Smaug...

Dans 4-Scatha et les autres j'aurai précisé dans la dernière phrase :
Citation :Cette mention, très succincte, et modifiée dans la version publiée du Hobbit, montre néanmoins que Tolkien possédait une certaine connaissance de ces Dragons
(mon emphase)

Pour 1-Chrysophylax Dives, je l'aurai plutôt traduit par "Riche gardien d'un trésor". Mais je me trompe peut-être.

Quoiqu'il en soit, cet essai est de très bonne facture et tu peux démontrer à travers les exemples de dragons du Légendaire et hors Légendaire que Tolkien à toujours été préoccupé par eux.
Mais je te laisse creuser Mr. Green

I.
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03.10.2010, 01:18
Message : #5
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
Je trouve juste que la dernière phrase est vraiment bancale. C'est un détail, mais je pense que ça sonnerait mieux si elle était coupée en deux, ou au moins reformulée Smile
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03.10.2010, 18:14
Message : #6
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
(02.10.2010 19:09)ISENGAR a écrit :  Eh bin, pourquoi "essai avorté" ?

Il est très bien cet essai. Bien construit, agréable à lire et à suivre.
Les parties "à finir" sont déjà très complètes, à mon sens.
Pour ma part, je t'encourage à le terminer, c'est à dire étoffer un peu l'intro et rédiger une conclusion, et il aura franchement l'étoffe.
Pas grand chose, en fait. Tu devrais pouvoir trouver un peu de temps Smile
L'une des raisons majeures est qu'on m'a fait remarquer que je mélangeais plusieurs states du Légendaire, et qu'il aurait été bon de modifier ça.
En tout cas, merci pour tes encouragements et je tacherais de m'y remettre à l'occasion Wink

Je corrigerais les coquilles et la dernière phrase aussi.

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03.10.2010, 20:38
Message : #7
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
Ce n'est pas très grave, ce mélange, du moment que le lecteur est prévenu dès le départ.
Le but c'est de parler des dragons de Tolkien, non ?
Qu'ils soient du Légendaire, hors légendaire, issus de récits apocryphes, des HoME, des Appendices ou d'autres textes, ils restent toujours des dragons de Tolkien Wink

I.
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04.10.2010, 05:29
Message : #8
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
L'objecteur était en l'occurence votre serviteur (j'en vois qui rigolent au fond et disent qu'ils s'en seraient doutés, bande d'impertinents ! Wink )

Pour être plus précis, je n'ai guère à redire aux sections sur Ancalagon, Smaug et les dragons hors légendaire (ni au fait de mentionner ceux-là), mais je suis plus chagriné par la section sur Glaurung, parce que Druss parle indifféremment de toutes ses variantes depuis Glorund, alors qu'il conviendrait de structurer un peu mieux ça en soulignant les traits communs et les différences entre les différentes conceptions de ce protagoniste.

Mais c'est surtout la section fourre-tout sur Scatha et les autres qui m'embète. Je pense qu'il vaudrait mieux la diviser en deux sous-sections pour plus de clarté, l'une sur la descendance de Glaurung dans le Légendaire SdA-compatible (rien à changer à ce qui est écrit), l'autre sur les dragons dans les CP (il faudrait un peu étendre et je pense qu'il ne serait pas inintéressant de comparer les "vers fil-de-fer" de Chine aux "dragons de fer" attaquant Gondolin.

Et bien entendu, le lambendil en moi réclame un appendice linguistique. Mais ça, je peux le fournir moi-même (faudrait d'ailleurs que je vérifie s'il n'y a pas un nom de dragon ou deux qui traînent dans le QL et les documents associés).

Rollant est proz e Oliver est sage.
Ambedui unt merveillus vasselage :
Puis que il sunt as chevals e as armes,
Ja pur murir n’eschiverunt bataille.
La Chanson de Roland
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04.10.2010, 09:53
Message : #9
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
(04.10.2010 05:29)Elendil a écrit :  Pour être plus précis, je n'ai guère à redire aux sections sur Ancalagon, Smaug et les dragons hors légendaire (ni au fait de mentionner ceux-là), mais je suis plus chagriné par la section sur Glaurung, parce que Druss parle indifféremment de toutes ses variantes depuis Glorund, alors qu'il conviendrait de structurer un peu mieux ça en soulignant les traits communs et les différences entre les différentes conceptions de ce protagoniste.
Je maintiens que les différences ne sont pas aussi évidentes que ça. J'ai plutôt trouvé, au contraire, que Glaurung était relativement stable dans les différentes conceptions.

Citation :Mais c'est surtout la section fourre-tout sur Scatha et les autres qui m'embète. Je pense qu'il vaudrait mieux la diviser en deux sous-sections pour plus de clarté, l'une sur la descendance de Glaurung dans le Légendaire SdA-compatible (rien à changer à ce qui est écrit), l'autre sur les dragons dans les CP (il faudrait un peu étendre et je pense qu'il ne serait pas inintéressant de comparer les "vers fil-de-fer" de Chine aux "dragons de fer" attaquant Gondolin.
Ok je prends note.

(04.10.2010 05:29)Elendil a écrit :  Et bien entendu, le lambendil en moi réclame un appendice linguistique. Mais ça, je peux le fournir moi-même (faudrait d'ailleurs que je vérifie s'il n'y a pas un nom de dragon ou deux qui traînent dans le QL et les documents associés).
T'exagères, les noms sont quand même bien décortiqués, je trouve... bon peut-être pas autant que tu le souhaites mais quand même Mr. Green

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04.10.2010, 20:59
Message : #10
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
Juste, mais il y a encore à faire l'analyse des noms communs (cf. le le lexique de l'A&H 2 à la section des monstres). Mr. Green

Et la toute première version du nom de Glaurung dans le GL est Glorunn. Wink

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05.10.2010, 12:57
Message : #11
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
Je pourrais effectivement envisager de faire une étude comme sur Pryftan, mais pas dans l'immédiat. Faudra préciser que l'article sur Pryftan est dérivé de cet essai aussi.

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06.11.2010, 17:46
Message : #12
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
Felicitations !
Je ne suis pas une experte sur les paragraphes et les différences entre Glorunn l'ancien et Glaurung le jeune mais je trouve ton essai très intéressant !

Je n'aurai jamais pensé qu'il y avait autant de dragons chez Tolkien et je trouve que c'est très drôle de voir la différence entre les dragons "sérieux" (Glaurung, Ancalagon, Smaug) qui sont de vrais "fléaux"détruisant tout sur leur passage et ceux que Tolkien a inventé pour ses enfants et qui sont bien plus inoffenssifs.

Tu dis que les Dragons sont semblables aux Balrogs et qu'ils ont tous été tués par des Hommes or je crois me souvenir ( mais ce n'est pas sûr du tout Confused ) que tous les Balrogs cités ont été tués par des Elfes, les balrogs seraient-ils l'espèce crée par Morgoth pour lutter contre les elfes et les dragons celle qui doit combattre les hommes ?

Pour ce qui est du petit malentendu des Éothéod et des Nains envers le trésor de Scatha, l'animosité du début entre Eomer et Gimli viendrait- elle de là ?

L'histoire de Smaug qui capture des jeunes filles ça me rappelle les dragons des contes avec les princesses Mr. Green !!!

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06.11.2010, 17:58
Message : #13
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
(06.11.2010 17:46)Andreth Endordil a écrit :  Tu dis que les Dragons sont semblables aux Balrogs et qu'ils ont tous été tués par des Hommes or je crois me souvenir ( mais ce n'est pas sûr du tout Confused ) que tous les Balrogs cités ont été tués par des Elfes, les balrogs seraient-ils l'espèce crée par Morgoth pour lutter contre les elfes et les dragons celle qui doit combattre les hommes ?
Au moins un Balrog a été mis à bas par un autre personnage qu'un Elfe : le fléau de Durin, tué par Gandalf Wink Du côté des Dragons, Earendil est considéré comme un Semi-Elfe plus que comme un Homme. C'est une chose que je devrais noter dans l'article.

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06.11.2010, 18:59
Message : #14
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
Les Balrogs n'ont pas été créés par Morgoth, puisqu'il s'agit de Maiar renégats.

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27.03.2013, 09:17 (Ce message a été modifié le : 27.03.2013 09:19 par Peredhel.)
Message : #15
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
Je me permet de remonter (décidément !) cet (excellent) sujet (en espérant ne pas faire une bêtise) en tentant d'y apporter ma contribution (issu d'un sujet sur le Warfo). Bien entendu il ne s'agit là que d'hypothèses et de conjectures un peu creuse dans la mesure où Tolkien n'a jamais (comme toujours : à ma connaissance forcément limitée) tranché la question de l'origine des Dragons. Ma prose :
Citation :J'ai réfléchi et j'aimerais maintenant revenir sur les deux hypothèses qui sont à notre disposition. J'ai évolué sur ma position et pencherai maintenant vers une hypothèse non-Maia :

L'hypothèse Maia


Basée sur la note de Tolkien évoquant Glaurung comme "un démon sous la forme d'un ver", elle implique soit que les Dragons soient des Maiar ayant pris cette apparence soit des Maiar ayant investi le corps d'une espèce animale qui serait devenue un Dragon.
Les principaux défauts de cette hypothèse sont le fait que les Dragons soient dit "inventés" par Morgoth, le fait qu'ils aient une descendance (fait très rare chez les Ainur) et le fait qu'ils aient une croissance (même Glaurung, pourtant à l'origine de l'espèce). La première interrogation peut découler simplement de deux traditions différentes (sans verser pour autant dans les excès d'un Klozco). Sur le deuxième problème on a l'exemple des Aigles, dont certains (Thorondor) sont vraisemblablement des Maiar et qui ont pourtant une descendance sans que Tolkien l'affirme de manière explicite. Sur la dernière enfin on a l'exemple des Istari, Maiar incarnés dans des corps mortels (ce que sont les corps de Dragons) et qui sont soumis à la vieillesse mais de manière très lente (ce qui correspond également au rythme de croissance des Dragons).

Reste selon moi une interrogation : si les Maiar peuvent s'incarner sous une forme de Balrogs pourquoi le feraient-ils sous une forme de Dragons ? Différence d'affinité (les Balrogs étant les Maiar du feu qui se rallièrent à Morgoth) ? Pourtant si les Uruloki sont bien des Maiar on se demande à quel élément autre que le feu ils auraient pu se référer. Différence de puissance peut-être, après tout les Dragons semblent de plus grand pouvoir que les Balrogs ? Mais de la puissance des Maiar dépend la puissance de leur incarnation (sauf si ils font le choix inverse comme les Istari) on peut donc imaginer que les plus puissants Dragons aient pu devenir des Balrogs de la stature de Gothmog, et là clairement plus de différences...

Des créatures possédées par l'esprit et le pouvoir de Morgoth

Si j'ai du mal avec les dérives théologiques de Tolkien, refusant une âme/Fëa à tout créatures qui ne soit ni-Humaine, ni-Elfe (les Ainur et les Nains sont à part), au mépris de toutes les créatures de Bilbo (la pirouette du professeur étant assez peu satisfaisante : les autres créatures dotées de parole ne font que donner des paroles "enregistrées" pour accomplir leur fonction), on est bien obligé de faire avec. Admettons que ce soit vrai des Corbeaux et de la Vieille Grive (même si c'est triste) cela ne peut aucunement concerner Smaug ou Glaurung !
Il faut donc que quelque Ainu parle à travers eux : soit un Maiar qui les possède, soit Melkor lui-même.
Je me réfère maintenant aux anciennes conceptions de Tolkien vis-à-vis des Orques : des créations de boue ou des animaux corrompus auxquels Morgoth (ou Sauron) aurait attribué une part infime de son pouvoir. On voit cependant que le Seigneur des Anneaux faisait obstacle à cette conception : les Orques y ont des désirs d'indépendance, se disputent sans cesse, et agissent de façon contradictoire aux ordres de Sauron et à sa vision du monde (ordre, hiérarchie, discipline), un peu opposé à des pantins obéissants. Tolkien se rabat alors de nouveau sur une origine Elfe, puis Humaine. Reste qu'il applique à des créatures animées l'idée que le Mal, à travers la volonté de Morgoth, puisse perdurer dans tout Arda même après que lui-même ait été jeté en-dehors de celle-ci.
Reste à voir si l'idée des Dragons comme excroissances de Morgoth lui-même peut se tenir. Je développerais ma pensée en quatre points : le Feu des Uruloki, la voix et le regard des Dragons, l'avarice des Dragons et enfin le comportement et la personnalité de cette espèce atypique.

Les flammes d'abord, attribut des Dragons par excellence.
Chez Tolkien le Feu, comme la Terre mais contrairement à l'Eau (Ulmo) et à l'Air (Manwë), n'est pas associé à un Vala tutélaire. D'abord parce que le Feu primordial, Ëa, c'est l'existence même, le Tout créé par Eru, le "Feu Secret" de Gandalf, à l'origine de la flamme qui lui en chaque Enfant d'Illuvatar (Fëa). Ensuite le feu se partage entre le feu de la forge d'Aulë, feu fécond, et le feu destructeur. Melkor est étroitement associé à ces flammes destructrices, et ce depuis l'origine d'Arda. Tolkien évoque bien le temps où Melkor souhaitait illuminer Arda et en être le plus radieux et le plus chaud (sans mauvais jeu de mots) des Valar avant que le soleil (dans certaines conceptions tardives) ne vienne masquer sa gloire et que, rejeté hors du monde (pour avoir violé Arien... finalement "chaud" était peut-être sujet à jeux de mots), il ne penche vers les Ténèbres et le froid.
Mais le feu reste associé à Melkor : le Thangorodrim fume, Morgoth libère des flammes sur Beleriand lors de Dagor Bragollach, des centaines d'Esprits du Feu (les Balrog) se rallient à lui, et c'est lui qui crée le Mordor, terre volcanique.
Penser que les flammes des Dragons sont un don de Melkor à une espèce de terribles reptiles devient dès lors une hypothèse crédible à mon sens.

Ensuite la voix et le regard des Wyrms.
Cette capacité puissante (cf : Bilbo et Narn-Î-Hurin) qu'ont les Vers de persuader, paralyser, tromper à l'aide de leur regard est un trait récurrent des Dragons de Tolkien. Et là encore il peut provenir de Morgoth. En effet la voix, la parole, est l'arme la plus puissante de Melkor, c'est elle qu'il utilise pour assombrir les pensées des Noldor, créer des dissensions et les pousser finalement à quitter Valinor. C'est également la voix que Morgoth utilise pour précipiter sa malédiction sur Hurin et sa lignée, lui qui ne peut influer directement sur la destinée des Hommes, sa parole et ses mensonges suffisent à les pousser vers la chute, sa parole... et un Dragon.
Quant à son regard il est moins évoqué parce que Morgoth se présente rarement en personne mais il suffit à démasquer Luthien et à la statufier. Un peu comme Glaurung plus tard avec Turin...

L'avarice.
Les Dragons et l'or c'est une association extrêmement vieille et Tolkien en joue en faisant de Smaug et Glaurung des serpents se prélassant sur un tas d'or, la seul chose qui résiste à leur goût pour la destruction. Suis-je le seul à qui ce comportement rappelle Morgoth lui-même (encore une fois) ? Morgoth qui tente de sauver le trésor de Fëanor de l'appétit d'Ungoliant ? Et qui conserve les Silmarili tout au long du TA, leur prêtant plus de valeur que tout autre chose. Il est notable que ceux-ci échappe même à la folie nihiliste qui s'empare petit à petit de Morgoth.

La personnalité des Vers.
Je dirais que c'est le test ultime : est-ce que là encore on peut considérer que les Dragons ne sont rien d'autres que des parts éparses de l'esprit de Morgoth Bauglir ? Je le crois en effet. Creusons un peu : les Dragons sont lâches d'abord, à la moindre blessure ils s'enfuient, ils savent se préserver, tout comme Morgoth lui-même, terré au fond d'Angband. Certes c'est un trait récurrent de l'Ennemi chez Tolkien mais Sauron par exemple n'est pas effrayé par la destruction de son enveloppe physique puisqu'il peut en changer à volonté (du moins au début), il n'hésite pas à se battre si il y est acculé, là où Morgoth ne le fait qu'en une seule occasion.
Pourtant les Dragons combattent, à une occurrence, jusqu'à la mort : l'assaut sur Angband de l'armée des Valar. Tous périssent sauf deux. Que penser de cela ? N'est-ce pas justement parce qu'en cette occasion Morgoth pouvait exercer une pression plus grande sur leurs esprits (qui ne sont que des parties du sien) les poussant à se sacrifier pour le protéger, ce que les Dragons ne pouvaient qu'accepter.
Autre question : l'indépendance supposée des Dragons. On voit d'abord avec Ancalagon et son armada que cette indépendance n'existe plus quand l'intégrité physique de Morgoth pèse dans la balance. On peut penser à Glaurung qui se crée son petit royaume indépendant à Nargothrond et se proclame Roi-Dragon mais ne faut-il pas y voir justement une confiance accordée par Morgoth à celui qu'il sait être sa plus fidèle créature ? D'autant que tout du long Glaurung ne fait qu'accomplir la volonté de Morgoth, il est l'instrument central de la malédiction qui repose sur les enfants de Hurin. Sans compter que tout du long c'est la malice de Morgoth lui même que Turin entraperçoit (cf : CLI 1)
Reste le cas Smaug. Qu'en est-il des Dragons en général après Glaurung ? Ils agissent indépendamment, ne servant plus leur ancien maître. Peut-on voir dans leur indépendance vis-à-vis de Sauron (relative puisqu'ils accomplissent indirectement ses desseins) une dernière confirmation de ce que j'avance ? Que font les Dragons (que ce soit à Erebor où dans les Montagnes Grises) : ils prennent un royaume pour cible, l'attaquent, le détruisent et en chassent son peuple et s'établisse sur les ruines de ce qu'ils ont détruits. Peut-on y voir une preuve de plus des liens des Dragons avec le caractère nihiliste qui s'empare de Morgoth ? En créant la désolation autour d'eux n'accomplissent-ils pas leur échelle les désirs de leur créateur. Et si le dernier "partisan de Morgoth" en la personne du Balrog de Moria adopte la même attitude n'est-ce pas parce que les vues de Sauron et de Morgoth finissent par diverger ? C'est après tout ce qu'avait insinué Tolkien sur les divergences entre un Morgoth nihiliste, qui visait à anéantir la création entière, et un Sauron calculateur, qui ne vise qu'à dominer, sans se soucier des Valar et d'Eru (au point de les oublier). Les Dragons représentent alors peut-être cette part du Morgoth destructeur aveugle qui survivrait en Terre du Milieu.

Voilà pour l'exposé. Je rajouterais des citations plus tard si ça vous paraît cohérent et concluant.

Je n'ai pas pris le temps de remanier la forme (on a tendance à être entre habitués dans cette espace réduit qu'est la section Background du Warfo ce qui explique une rédaction parfois un peu lourde et brouillonne ainsi qu'un ton sans doute plus relâché) ni d'ajouter des citations comme je le promettais mais je soumet quand même ceci à votre examen Wink Je prendrais peut-être le temps d'effectuer ces remaniements si je pense que ça vaut le coup.

Le sujet original (où vous retrouverez un certain Tikidiki, habitué de ces lieux)

Peredhil
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27.03.2013, 10:21
Message : #16
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
(27.03.2013 09:17)Peredhil a écrit :  Pourtant si les Uruloki sont bien des Maiar on se demande à quel élément autre que le feu ils auraient pu se référer. Différence de puissance peut-être, après tout les Dragons semblent de plus grand pouvoir que les Balrogs ? Mais de la puissance des Maiar dépend la puissance de leur incarnation (sauf si ils font le choix inverse comme les Istari) on peut donc imaginer que les plus puissants Dragons aient pu devenir des Balrogs de la stature de Gothmog, et là clairement plus de différences...

Globalement d'accord, sauf qu'il existe bien d'autres variétés de dragons : rámalóki, lingwilóki...

(27.03.2013 09:17)Peredhil a écrit :  Chez Tolkien le Feu, comme la Terre mais contrairement à l'Eau (Ulmo) et à l'Air (Manwë), n'est pas associé à un Vala tutélaire. D'abord parce que le Feu primordial, Ëa, c'est l'existence même, le Tout créé par Eru, le "Feu Secret" de Gandalf, à l'origine de la flamme qui lui en chaque Enfant d'Illuvatar (Fëa). Ensuite le feu se partage entre le feu de la forge d'Aulë, feu fécond, et le feu destructeur. Melkor est étroitement associé à ces flammes destructrices, et ce depuis l'origine d'Arda.

Pas d'accord avec ton analyse : la Terre est associée à Aulë, le Feu (physique, pas spirituel) à Melkor. Ce qui irait d'ailleurs dans le sens de ton hypothèse sur les dragons.

(27.03.2013 09:17)Peredhil a écrit :  Penser que les flammes des Dragons sont un don de Melkor à une espèce de terribles reptiles devient dès lors une hypothèse crédible à mon sens.

À cela près que les Balrogs sont des démons du feu eux aussi : l'argument n'est pas décisif.

(27.03.2013 09:17)Peredhil a écrit :  Cette capacité puissante (cf : Bilbo et Narn-Î-Hurin) qu'ont les Vers de persuader, paralyser, tromper à l'aide de leur regard est un trait récurrent des Dragons de Tolkien. Et là encore il peut provenir de Morgoth. En effet la voix, la parole, est l'arme la plus puissante de Melkor, c'est elle qu'il utilise pour assombrir les pensées des Noldor, créer des dissensions et les pousser finalement à quitter Valinor. C'est également la voix que Morgoth utilise pour précipiter sa malédiction sur Hurin et sa lignée, lui qui ne peut influer directement sur la destinée des Hommes, sa parole et ses mensonges suffisent à les pousser vers la chute, sa parole... et un Dragon.

Et Saruman et Sauron (duel avec Finrod) : la parole n'est pas l'apanage de Melkor.

(27.03.2013 09:17)Peredhil a écrit :  Certes c'est un trait récurrent de l'Ennemi chez Tolkien mais Sauron par exemple n'est pas effrayé par la destruction de son enveloppe physique puisqu'il peut en changer à volonté (du moins au début), il n'hésite pas à se battre si il y est acculé, là où Morgoth ne le fait qu'en une seule occasion.

Sauron ne se bat qu'acculé, un peu comme Melkor (première bataille avec les Valar) : là encore, l'argument est mince.

(27.03.2013 09:17)Peredhil a écrit :  Pourtant les Dragons combattent, à une occurrence, jusqu'à la mort : l'assaut sur Angband de l'armée des Valar. Tous périssent sauf deux.

Idem pour les Balrogs, puisqu'il semble bien n'en rester qu'un après la guerre du Courroux.

(27.03.2013 09:17)Peredhil a écrit :  Reste le cas Smaug. Qu'en est-il des Dragons en général après Glaurung ? Ils agissent indépendamment, ne servant plus leur ancien maître. Peut-on voir dans leur indépendance vis-à-vis de Sauron (relative puisqu'ils accomplissent indirectement ses desseins) une dernière confirmation de ce que j'avance ? Que font les Dragons (que ce soit à Erebor où dans les Montagnes Grises) : ils prennent un royaume pour cible, l'attaquent, le détruisent et en chassent son peuple et s'établisse sur les ruines de ce qu'ils ont détruits. Peut-on y voir une preuve de plus des liens des Dragons avec le caractère nihiliste qui s'empare de Morgoth ? En créant la désolation autour d'eux n'accomplissent-ils pas leur échelle les désirs de leur créateur. Et si le dernier "partisan de Morgoth" en la personne du Balrog de Moria adopte la même attitude n'est-ce pas parce que les vues de Sauron et de Morgoth finissent par diverger ?

C'est certainement l'argument le plus faible, puisque le comportement des dragons et du Balrog de la Moria sont exactement identiques : dévaster un royaume et régner dessus ensuite.

Bref, pour moi, rien de décisif qui puisse contrebalancer la définition de Tolkien sur la nature des dragons.

Rollant est proz e Oliver est sage.
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Puis que il sunt as chevals e as armes,
Ja pur murir n’eschiverunt bataille.
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27.03.2013, 16:47
Message : #17
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
(27.03.2013 10:21)Elendil a écrit :  Globalement d'accord, sauf qu'il existe bien d'autres variétés de dragons : rámalóki, lingwilóki...
Dont on ne sait rien et qui n'entrent pas dans les récits de Tolkien (en plus l'idée de plusieurs espèces implique leur disparition au PA puisque seul un couple survit). Et puis vu qu'ils ne sont intégrés dans aucun contexte on peut douter de leur place dans le légendaire : est-ce seulement une supposition de Tolkien ou une affirmation ? Est-ce qu'il comptait leur faire jouer un rôle ? Sont-ils là uniquement pour donner de la profondeur ? Les seuls dragons auxquels les gens libres soient confrontés sont des Uruloki, des Dragons Volants (qui sont probablement aussi des Uruloki) et des "Drake Froids".

(27.03.2013 10:21)Elendil a écrit :  Pas d'accord avec ton analyse : la Terre est associée à Aulë, le Feu (physique, pas spirituel) à Melkor. Ce qui irait d'ailleurs dans le sens de ton hypothèse sur les dragons.
Je ne savais pas que la séparation était si nette. Par exemple Ossë est associé à Ulmo alors que Arien ne l'est pas à Melkor. Sauron, Maia d'Aulë, est lié au feu plus qu'à la terre (Orodruin) même si c'est sans doute un héritage de Morgoth. Et puis Melkor est quand même fréquemment associé au froid (la glace et la neige, le grand hiver de la chute de Nargothrond, etc...)

(27.03.2013 10:21)Elendil a écrit :  
(27.03.2013 09:17)Peredhil a écrit :  Penser que les flammes des Dragons sont un don de Melkor à une espèce de terribles reptiles devient dès lors une hypothèse crédible à mon sens.
À cela près que les Balrogs sont des démons du feu eux aussi : l'argument n'est pas décisif.
Mon argument était justement celui-là : si les Dragons (ou Uruloki pour être plus précis) sont des Maiar que peuvent-ils être sinon des esprits du feu ? Et si c'est le cas pourquoi sont-ils devenus des Dragons et non des Balrogs ?
Bien sûr c'est bancal mais c'est un argument de plus.

(27.03.2013 10:21)Elendil a écrit :  Et Saruman et Sauron (duel avec Finrod) : la parole n'est pas l'apanage de Melkor.
Bien sûr, si tu vas par là c'est même un attribut primordial d'Eru. Mais Sauron le trompeur tient son pouvoir en ce domaine de Morgoth au moins autant que d'Aulë et il en va de même de Saruman. La parole, comme instrument de pouvoir, est extrêmement puissante chez Tolkien et elle est l'attribut de nombreux personnages (Mandos, Fëanor, Aragorn, etc...) mais la parole pour tromper et mentir à dessein est l'apanage de Morgoth et d'un nombre très réduit de ses disciples (là comme ça : Sauron, Saruman, les Nazgûl et la bouche de Sauron ainsi que quelques émissaires anonymes de Morgoth et Sauron évoqués ici et là).

(27.03.2013 10:21)Elendil a écrit :  Sauron ne se bat qu'acculé, un peu comme Melkor (première bataille avec les Valar) : là encore, l'argument est mince.
Non : Sauron aurait très bien pu échapper à Luthien et Huan en se transformant en vampire dès le début et en s'envolant. Au lieu de ça il choisit d'être l'instrument du destin de Huan. On peut même dire que la bataille au pied de l'Orodruin n'est pas une bataille désespérée mais une sortie agressive, sans compter que Sauron n'a pas été défié : il aurait pu laisser ses serviteurs se battre, ou même rester en arrière et se contenter de commander de loin, au lieu de ça il affronte lui-même Elendil et Gil-galad. Même chose : c'est lui qui mène l'assaut sur Eregion et lors de la Chute de Numenor il prend le risque de contempler son triomphe là où Morgoth se carapate dès qu'on son plan à Valinor est enclenché. Pourtant le domaine de Sauron n'est pas le combat mais la ruse et la stratégie.
On voit bien que la peur, constitutive de Morgoth depuis sa première défaite face à Tulkas, est beaucoup moins présente chez Sauron qui est plus un calculateur froid. Mes quelques exemples d'implication directe de Sauron sont à comparer avec un Morgoth qui ne sort d'Angband qu'à une reprise pendant toute les guerres de Beleriand.

(27.03.2013 10:21)Elendil a écrit :  Idem pour les Balrogs, puisqu'il semble bien n'en rester qu'un après la guerre du Courroux.
Oui idem (même si l'on ne connait pas le nombre de survivants dans leur cas) mais les Balrogs sont ses plus proches partisans de Morgoth depuis le début, il est donc notable que les Dragons agissent de même. Cela dit les Orques aussi périssent en grand nombre ce qui affaiblit un peu ma remarque.
Mais mon but était plutôt de dire : la seule fois où les Dragons semblent se comporter avec courage c'est lorsque Morgoth lui-même est directement menacé.

(27.03.2013 10:21)Elendil a écrit :  C'est certainement l'argument le plus faible, puisque le comportement des dragons et du Balrog de la Moria sont exactement identiques : dévaster un royaume et régner dessus ensuite.
C'est certainement ta critique la plus faible parce que je n'ai jamais prétendu que les Dragons étaient le seul à posséder chacun de ces traits mais qu'ils étaient les seuls à les rassembler tous Razz En effet regardons les Balrogs :
- Ils ont le comportement nihiliste des Dragons et de Morgoth.
- Ils utilisent le feu.
Mais à coté de ça :
- Les Balrogs sont muets.
- Ils ne semblent pas avoir d'attirance particulière pour la quincaillerie : le Fléau de Durin laisse les Orques payer un tribut de Mithril à Sauron.
Il en va de même pour ce dernier qui est beaucoup moins lié au feu et est beaucoup moins dans la destruction aveugle que dans la construction (d'ailleurs lors du Premier Âge le seul à ré-utiliser une forteresse ennemie c'est Sauron avec Minas Tirith, alors que tout le Beleriand est vaincu).

Citation :Bref, pour moi, rien de décisif qui puisse contrebalancer la définition de Tolkien sur la nature des dragons.
Évidemment rien n'est décisif, le seul argument qui puisse l'être est une citation de Tolkien. Je tentais de présenter une argumentation étayée, donnant mon point de vue sur ce sujet complexe. Ma conviction est que les Dragons de Tolkien (ou du moins les Grands Dragons) sont des incarnations de Morgoth, tout comme dans la tradition chrétienne ils incarnent Satan. Une conviction étayée par la ressemblance frappante entre tous les aspects des Dragons (tant physiques que psychiques) et ceux de Morgoth, ressemblance qu'on ne retrouve pas au même degré que ce soit chez ses successeurs (Sauron et Saruman) ou chez ses plus anciens partisans (Balrogs).

Peredhil
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27.03.2013, 22:02
Message : #18
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
(27.03.2013 16:47)Peredhil a écrit :  
(27.03.2013 10:21)Elendil a écrit :  Globalement d'accord, sauf qu'il existe bien d'autres variétés de dragons : rámalóki, lingwilóki...
Dont on ne sait rien et qui n'entrent pas dans les récits de Tolkien (en plus l'idée de plusieurs espèces implique leur disparition au PA puisque seul un couple survit). Et puis vu qu'ils ne sont intégrés dans aucun contexte on peut douter de leur place dans le légendaire : est-ce seulement une supposition de Tolkien ou une affirmation ? Est-ce qu'il comptait leur faire jouer un rôle ? Sont-ils là uniquement pour donner de la profondeur ? Les seuls dragons auxquels les gens libres soient confrontés sont des Uruloki, des Dragons Volants (qui sont probablement aussi des Uruloki) et des "Drake Froids".

Les dragons volants sont les rámalóki... Rien ne prouve qu'ils crachent tous le feu. Les seuls exemples connus sont Ancalagon et Smaug (qui représentent certes 50 % des dragons connus avec un tant soit peu de détails, mais ça ne peut être considéré représentatif).

Au passage, les lingwilóki sont les dragons-poissons. Il a été fréquemment suggéré que le Gardien de l'Eau dans le lac à l'Ouest de la Moria était une créature de ce type — sans quoi on ne possède pas la moindre indication de ce qu'elle pourrait être.

(27.03.2013 16:47)Peredhil a écrit :  Je ne savais pas que la séparation était si nette. Par exemple Ossë est associé à Ulmo alors que Arien ne l'est pas à Melkor. Sauron, Maia d'Aulë, est lié au feu plus qu'à la terre (Orodruin) même si c'est sans doute un héritage de Morgoth. Et puis Melkor est quand même fréquemment associé au froid (la glace et la neige, le grand hiver de la chute de Nargothrond, etc...)

Dans certains textes des PE, Tolkien conceptualise que Melko® représente la chaleur et le froid extrêmes. Dans la mesure où l'un comme l'autre brûlent les êtres vivants de la même manière, cela renvoie bien à la fonction primaire du feu.

(27.03.2013 16:47)Peredhil a écrit :  On peut même dire que la bataille au pied de l'Orodruin n'est pas une bataille désespérée mais une sortie agressive, sans compter que Sauron n'a pas été défié : il aurait pu laisser ses serviteurs se battre, ou même rester en arrière et se contenter de commander de loin, au lieu de ça il affronte lui-même Elendil et Gil-galad.

Qui a dit qu'il lui restait la moindre troupe à ce moment là ? Sauron a été assiégé sept ans dans Barad-dûr, sans la moindre mention qu'il ait fait une sortie. Son combat final est sur l'Orodruin : on a plutôt l'impression d'une fuite désespérée de sa part. Si ç'avait été une sortie offensive, le combat aurait eu lieu au pied de la forteresse, sur le plateau de Gorgoroth.

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27.03.2013, 22:51 (Ce message a été modifié le : 27.03.2013 23:11 par Tikidiki.)
Message : #19
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
(27.03.2013 22:02)Elendil a écrit :  Qui a dit qu'il lui restait la moindre troupe à ce moment là ? Sauron a été assiégé sept ans dans Barad-dûr, sans la moindre mention qu'il ait fait une sortie. Son combat final est sur l'Orodruin : on a plutôt l'impression d'une fuite désespérée de sa part. Si ç'avait été une sortie offensive, le combat aurait eu lieu au pied de la forteresse, sur le plateau de Gorgoroth.

Séduisant. Mais qu'en est-il de l'indication "3441. Sauron comes forth, and wrestles with Elendil and Gilgalad. They overthrow him but are themselves slain." (Home 12, The Tale of Years of the Second Age) similaire à celle du Silmarillion "But at the last the siege was so strait that Sauron himself came forth; and he wrestled with Gil-galad and Elendil" (The Rings of Power...).
L'expression "comes forth" laisse penser à tout sauf une fuite désespérée: on a ainsi, plus haut, "Sauron comes forth and assails Minas Ithil".
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27.03.2013, 23:21
Message : #20
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
Je suis tout à fait d'accord avec toi.

Et j'aurais tendance à considérer qu'ici, sur un texte dont la longueur a été assez peu retouchée, la suppression des deux mentions de comes forth dans la version finale est significative : Tolkien semble bien vouloir éviter de donner l'impression que Sauron s'expose en première ligne.

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27.03.2013, 23:57
Message : #21
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
(27.03.2013 22:02)Elendil a écrit :  Les dragons volants sont les rámalóki... Rien ne prouve qu'ils crachent tous le feu. Les seuls exemples connus sont Ancalagon et Smaug (qui représentent certes 50 % des dragons connus avec un tant soit peu de détails, mais ça ne peut être considéré représentatif).
Plus que ça : l'arrivée des Dragons volants est précédée d'un ouragan de flammes (Silm) et ça n'est sans doute pas du qu'à Ancalagon (qui n'est évoqué qu'ensuite). Le passage où Tolkien décrit les deux types de dragons comme des rampants crachant des flammes et des volants froids est dés lors clairement obsolète. En l'absence d'autre mention je préfère considérer que toutes les sources qu'on a font des dragons volants des dragons de feu. Peut-être les Ramaloki seraient-ils devenus une sous-espèce des Uruloki ?

Citation :Au passage, les lingwilóki sont les dragons-poissons. Il a été fréquemment suggéré que le Gardien de l'Eau dans le lac à l'Ouest de la Moria était une créature de ce type — sans quoi on ne possède pas la moindre indication de ce qu'elle pourrait être.
Comme Tom, comme les créatures qui vivent dans les profondeurs du monde que "même Sauron ne connait pas". Je n'ai jamais adhéré à cette hypothèse et en l'occurrence je suis de l'avis d'Isengar : la créature du lac est autre chose. Elle ne partage aucune des caractéristiques du Dragon (avarice -pas de trésor à notre connaissance-, pas de flammes, pas de parole, seul la malveillance en commun mais dans ce cas les Orques sont des Dragons). Tolkien ne pose pas d'énigme comme avec Bombadil, Gandalf nous dit "il existe dans les profondeurs du monde des êtres plus anciens et plus répugnants que les Orques". Et pas d'autre indice.
Lingwiloke (Dragon-poisson) ne correspond pas du tout à une créature tentaculaire (sans écaille déjà).

Quoi qu'il en soit qui a dit que les Lingwiloke ne crachaient pas de feu ?

Et je persiste : ces noms datent des années 30, ne sont pas (ré)utilisés dans le légendaire, et sont partiellement contredits par la suite (puisque les Dragons-Ailés et les Dragons de Feu sont une espèce commune ou liée d'une façon ou d'une autre). Je tiens compte des Dragons du légendaire et ceux-là crachent du feu. Il semble en effet exister des Dragons de puissance moindre (ailés ou non on en sait rien) vivant dans le Nord mais c'est tout.

Citation :Dans certains textes des PE, Tolkien conceptualise que Melko® représente la chaleur et le froid extrêmes. Dans la mesure où l'un comme l'autre brûlent les êtres vivants de la même manière, cela renvoie bien à la fonction primaire du feu.
Okay (même si "de la même manière"...)

Citation :Qui a dit qu'il lui restait la moindre troupe à ce moment là ? Sauron a été assiégé sept ans dans Barad-dûr, sans la moindre mention qu'il ait fait une sortie. Son combat final est sur l'Orodruin : on a plutôt l'impression d'une fuite désespérée de sa part. Si ç'avait été une sortie offensive, le combat aurait eu lieu au pied de la forteresse, sur le plateau de Gorgoroth.
Admettons : ça en fait encore une fois un stratège prudent (et sans sens de l'honneur). Sauron prend la fuite quand il n'a pas l'avantage, rien qu'on ne sache déjà.
C'est fondamentalement différent de Melkor qui est paralysé par la peur au fond de sa forteresse (et qui ne tente pas de s'enfuir par les nombreuses galeries d'Angband).

(27.03.2013 22:51)Tikidiki a écrit :  Séduisant. Mais qu'en est-il de l'indication "3441. Sauron comes forth, and wrestles with Elendil and Gilgalad. They overthrow him but are themselves slain." (Home 12, The Tale of Years of the Second Age) similaire à celle du Silmarillion "But at the last the siege was so strait that Sauron himself came forth; and he wrestled with Gil-galad and Elendil" (The Rings of Power...).
L'expression "comes forth" laisse penser à tout sauf une fuite désespérée: on a ainsi, plus haut, "Sauron comes forth and assails Minas Ithil".
(27.03.2013 23:21)Elendil a écrit :  Je suis tout à fait d'accord avec toi.

Et j'aurais tendance à considérer qu'ici, sur un texte dont la longueur a été assez peu retouchée, la suppression des deux mentions de comes forth dans la version finale est significative : Tolkien semble bien vouloir éviter de donner l'impression que Sauron s'expose en première ligne.
Ce qui correspond à son caractère en effet, j'ai donc été trop aventureux, sans doute l'aventure avec Huan lui a-elle appris la prudence. Cependant c'est déjà plus que Morgoth qui ne sort qu'à une occasion parce qu'il n'a pas le choix.

Peredhil, qui a cru un moment que le "Je suis tout à fait d'accord avec toi" s'appliquait à lui Laughing
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27.03.2013, 23:59 (Ce message a été modifié le : 28.03.2013 00:00 par Tikidiki.)
Message : #22
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
(27.03.2013 23:21)Elendil a écrit :  Je suis tout à fait d'accord avec toi.

Et j'aurais tendance à considérer qu'ici, sur un texte dont la longueur a été assez peu retouchée, la suppression des deux mentions de comes forth dans la version finale est significative : Tolkien semble bien vouloir éviter de donner l'impression que Sauron s'expose en première ligne.

Historiographie gondorienne ou conception de l'auteur?

Peredhil fait bien de souligner que la pseudo soumission de Sauron et sa venue sur Nùmenor constituent un coup de poker que Melko ne se serait jamais permis, et que, bien qu'il s'agisse des CLI, Celebrimbor affronte lui-même Sauron.

Par contre, Saroumane est certainement différent de ce point de vue.
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28.03.2013, 08:13
Message : #23
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
(27.03.2013 23:57)Peredhil a écrit :  Plus que ça : l'arrivée des Dragons volants est précédée d'un ouragan de flammes (Silm) et ça n'est sans doute pas du qu'à Ancalagon (qui n'est évoqué qu'ensuite). Le passage où Tolkien décrit les deux types de dragons comme des rampants crachant des flammes et des volants froids est dés lors clairement obsolète. En l'absence d'autre mention je préfère considérer que toutes les sources qu'on a font des dragons volants des dragons de feu. Peut-être les Ramaloki seraient-ils devenus une sous-espèce des Uruloki ?

Bon, c'est sûr que si on supprime certaines citations sous prétextes d'obsolescence et qu'on choisit uniquement des textes qui ne sont pas décisifs en les interprétant comme bon nous semble (Tolkien ne dit nulle part que tous les Dragons présents crachent le feu), on peut aller loin dans ce sens... Mais ce n'est pas une méthode bien scientifique.

(27.03.2013 23:57)Peredhil a écrit :  Elle ne partage aucune des caractéristiques du Dragon (avarice -pas de trésor à notre connaissance-, pas de flammes, pas de parole, seul la malveillance en commun mais dans ce cas les Orques sont des Dragons). Tolkien ne pose pas d'énigme comme avec Bombadil, Gandalf nous dit "il existe dans les profondeurs du monde des êtres plus anciens et plus répugnants que les Orques". Et pas d'autre indice.
Lingwiloke (Dragon-poisson) ne correspond pas du tout à une créature tentaculaire (sans écaille déjà).

Tous les Dragons n'avaient pas de trésor (je doute qu'Ancalagon en ait eu un en propre) et une fois de plus, tu n'en sais rien : ici, tu interprètes encore le silence de Tolkien de la manière qui te plaît. Les flammes ne sont pas caractéristiques des Dragons, c'est une certitude (Scatha). Tous les poissons n'ont pas d'écailles. Le seul argument à l'encontre de la théorie, c'est effectivement que le Guetteur de l'Eau ne parle pas (à noter que Smaug n'est pas particulièrement bavard quand il part détruire Esgaroth). Quant aux être plus anciens et plus répugnants que les Orques, que peuvent-ils être à part des Maiar anciennement au service de Melkor ?

(27.03.2013 23:57)Peredhil a écrit :  Quoi qu'il en soit qui a dit que les Lingwiloke ne crachaient pas de feu ?

Sous l'eau ? Mmmh, très crédible...

(27.03.2013 23:57)Peredhil a écrit :  Et je persiste : ces noms datent des années 30, ne sont pas (ré)utilisés dans le légendaire, et sont partiellement contredits par la suite (puisque les Dragons-Ailés et les Dragons de Feu sont une espèce commune ou liée d'une façon ou d'une autre). Je tiens compte des Dragons du légendaire et ceux-là crachent du feu. Il semble en effet exister des Dragons de puissance moindre (ailés ou non on en sait rien) vivant dans le Nord mais c'est tout.

Des Dragons de puissance moindre ne crachant pas de feu... L'argument ne tient pas la route. D'ailleurs, en parlant de réutilisation dans le Légendaire, je peux te dire que foalókë, terme particulièrement ancien puisqu'il n'était attesté que dans les CP, réapparaît dans les commentaires linguistiques du SdA : PE 17, p. 181. Alors avant de dire que les termes des Étym. sont obsolètes, j'attendrai une preuve concrète que Tolkien les a rejetés. Je rappelle que les Étym. ont été utilisées par Tolkien pendant la rédaction de la première moitié du SdA, comme en témoignent les mots qui y ont été rajoutés.

(27.03.2013 23:59)Tikidiki a écrit :  Historiographie gondorienne ou conception de l'auteur?

Vu que le « Tale of Years » est sensé avoir été rédigé par Merry à partir des documents d'Imladris (cf. SdA, Prologue), l'historiograpihe gondorienne est hors-sujet. Razz

Rollant est proz e Oliver est sage.
Ambedui unt merveillus vasselage :
Puis que il sunt as chevals e as armes,
Ja pur murir n’eschiverunt bataille.
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28.03.2013, 11:02
Message : #24
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
(28.03.2013 08:13)Elendil a écrit :  
(27.03.2013 23:57)Peredhil a écrit :  Quoi qu'il en soit qui a dit que les Lingwiloke ne crachaient pas de feu ?

Sous l'eau ? Mmmh, très crédible...
Y'a-t-il une source qui dit qu'ils ne peuvent pas sortir de l'eau occasionnellement ?

"L'urgent est fait, l'impossible est en cours, pour les miracles prévoir un délai."
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28.03.2013, 16:56 (Ce message a été modifié le : 29.03.2013 01:49 par Peredhel.)
Message : #25
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
(28.03.2013 08:13)Elendil a écrit :  Bon, c'est sûr que si on supprime certaines citations sous prétextes d'obsolescence et qu'on choisit uniquement des textes qui ne sont pas décisifs en les interprétant comme bon nous semble (Tolkien ne dit nulle part que tous les Dragons présents crachent le feu), on peut aller loin dans ce sens... Mais ce n'est pas une méthode bien scientifique.
"Ouragan de flammes" c'est assez fort (mais il y a aussi "le tonerre et les eclairs" ceci-dit)! Si il n'est pas certain que tous les Dragons presents crachent des flammes il est en tout cas certain qu'un bonne partie le faisait. J'ajoute que dans la mesure ou Tolkien en parle comme d'un bloc je ne vois pas pourquoi creer de differences entre-eux sur la base d'un texte qui, si il n'est pas forcement entierement obsolete, est deja contredit par la separation (attestee dans les premiers textes de Tolkien mais contredite par la suite) entre Dragons ailes et cracheurs de feu.

(28.03.2013 08:13)Elendil a écrit :  Tous les Dragons n'avaient pas de trésor (je doute qu'Ancalagon en ait eu un en propre) et une fois de plus, tu n'en sais rien : ici, tu interprètes encore le silence de Tolkien de la manière qui te plaît.
Ou de la maniere qui me semble la plus logique. Mais je n'affirme rien. Cela etant comment expliquerais-tu la presence d'un tresor dans ce lac ? Il ne s'agit pas de dire "ce que Tolkien ne dit pas n'existe pas dans son univers" mais ca merite explication, non ? Le mystere entourant cette creature est voulu justement.
Tu as raison pour Ancalagon mais si cette creature solitaire est un Dragon elle partage plus les caracteristiques de Smaug et Scatha que celle d'un Ancalagon.

Citation :Les flammes ne sont pas caractéristiques des Dragons, c'est une certitude (Scatha).
Les flammes sont une caracteristiques des Dragons, chez Tolkien comme dans la culture populaire. Ce qui ne veut pas dire que tous les Dragons crachent des flammes mais que c'est un element archetypique que je ne pouvais pas laisser de cote.

Ah bon c'est une certitude que Scatha ne crachait pas de flammes ? Wink Relis les appendices alors ! (oui c'est particulierement sournois de ma part de te faire ce coup-la mais tu l'as cherche Laughing )

Si je pense aussi que les Dragons ne sont pas tous des cracheurs de feu (Scatha compris, en tout cas tel que je le vois), rien ne permet de l'affirmer dans les ecrits tardifs de Tolkien (a ma connaissance). Le seul passage qui me fait penser ca c'est le "Grand Drake au sang glace" des Montagnes Grises parce qu'on a du mal a imaginer un cracheur de feu au sang glace et parce que ca rapelle la distinction que faisait Tolkien entre Dragons chauds et froids.

Note quand meme que Glaurung est a la fois le pere des Dragons et le premier des Uruloki.

Citation :Tous les poissons n'ont pas d'écailles. Le seul argument à l'encontre de la théorie, c'est effectivement que le Guetteur de l'Eau ne parle pas (à noter que Smaug n'est pas particulièrement bavard quand il part détruire Esgaroth).
Et Ancalagon ne parle pas que l'on sache, c'est vrai. Je n'ai pas pretendu que j'etais certain, simplement toutes les representations de Dragons par Tolkien sont des creatures serpentines et leur nom quenya (anguloki) vient de 'ango', serpent, (mais c'est vrai que les tentacules du Guetteur sont compares a des serpents), rien n'indique que certains Dragons aient pu s'eloigner a ce point de cet archetype. Bien-sur rien ne dit le contraire mais se baser sur une unique reference datant de pluiseurs annees avant le Sda pour dire "Eureka c'est un Lingwiloke" c'est court...
Tu veut prouver la fragilite (reelle) de mes hypotheses et refuse de voir que les tiennes le sont aussi.

Citation :Quant aux être plus anciens et plus répugnants que les Orques, que peuvent-ils être à part des Maiar anciennement au service de Melkor ?
Pas des Dragons en tout cas puisque la race des Dragons est plus recente que celle des Orques Laughing
Pourquoi pas les monstres d'Utumno qu'Orome chassait et dont on ignore tout ? Et puis c'est oublier les creatures sous les Monts Brumeux, sans doute "Melkoriques" (comme la chaine de montagne elle meme) que pourtant "Sauron ne connait pas"....

(28.03.2013 08:13)Elendil a écrit :  
(27.03.2013 23:57)Peredhil a écrit :  Quoi qu'il en soit qui a dit que les Lingwiloke ne crachaient pas de feu ?
Sous l'eau ? Mmmh, très crédible...
Il est en effet certains que Morgoth s'est amuse a creer des Dragons pour chasser les poissons et embeter Ulmo et Osse Rolling Eyes Si Lingwiloke il y a c'est sans doute pour contrer la suprematie de Cirdan sur les fleuves et la mer (meme si c'est quand meme en contradiction avec le Silm dans ce cas qui dit que les creatures de Morgoth ne s'aventuraient pas en mer) ou polluer les sources d'Ulmo (mais Glaurung le fait deja tres bien dans les CLI). Je ne vois pas en quoi ca contredit la possibilite qu'ils soient des cracheurs de feu.
Alors quoi ? Si les Dragons ne sont pas tous des cracheurs de feu il est logique que les Dragons aquatiques n'en soient pas non plus, mais sinon non. Comme pour le "Grand Drake" je pense neanmoins qu'ils ne sont pas des cracheurs de flammes puisque l'eau a tendance a eteindre le feu des Dragons ; cf : Smaug).

(28.03.2013 08:13)Elendil a écrit :  Des Dragons de puissance moindre ne crachant pas de feu... L'argument ne tient pas la route.
Tellement pas que Tolkien l'a envisage dans la seule classification de Dragons qu'on lui connait, separant les dragons ailes et froids des dragons chauds et rampants : « certains vomissent des flammes, et le feu danse sous leurs écailles et leur désir et leur avarice et leur maléfice rusé est le plus grand parmi toutes les créatures… ». Apres c'est pour le coup un texte obsolete mais tous les Dragons les plus puissants que l'on connaisse sont des cracheurs de flammes : Smaug, Glaurung et Ancalagon.

Citation :D'ailleurs, en parlant de réutilisation dans le Légendaire, je peux te dire que foalókë, terme particulièrement ancien puisqu'il n'était attesté que dans les CP, réapparaît dans les commentaires linguistiques du SdA : PE 17, p. 181. Alors avant de dire que les termes des Étym. sont obsolètes, j'attendrai une preuve concrète que Tolkien les a rejetés.
Les termes certainement pas. L'idee par contre c'est plus discutable Smile

Que les choses soient claires, je ne considere pas ma theorie pour plus que ce qu'elle est : une theorie. (edit : j'ai modifié mon message après cela qui me paraissait un poil trop agressif et ce sans raison aucune)
Je me demande quand même où l'on va du coup.
Si il s'agit de dire que mon argumentation comporte des failles j'en ai bien conscience, Tolkien n'ayant pas tranché de son vivant (du moins dans les textes publiés) la question de l'origine des Dragons il n'est pas possible d'avoir "raison". Je maintiens tout-de-même que mon argumentation, bien que reposant sur des textes d'époques différentes (et donc appartenant à des périodes où Tolkien n'avait pas le même avis sur les Dragons... quand il en avait un) me paraît la plus solide d'un point de vue interne parce qu'elle ne subit pas d'objections majeures.
Si il s'agit simplement de débattre de points de détails pas de problème, ce débat est très enrichissant pour moi, c'est toujours intéressant, mais j'ai l'impression que ça va plus loin que ça.
Si il s'agit de défendre l'hypothèse Maia par contre c'est autre chose et là il va te falloir avancer des arguments de ton coté parce que les contre-arguments m'apparaissent plus évidents.

Peredhil
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28.03.2013, 18:32
Message : #26
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
Sur la classification, je pense qu'il faut reprendre l'ascendance. Je préviens d'avance, pour moi tous les textes à partir des années 30 se valent (je mets à part le LCP qui présente des formes très particulières).

Le premier dragon est un uruloke soit un cracheur de feu non ailé : Glaurung. Les Uruloki sont l'espèce-mère de l'ensemble des autres. Les trois autres espèces données dans les Etym. sont toutes issues de cet ancêtre commun. Seulement, par évolution ou par sélection Melkorienne, chacune d'elles a acquis certains caractères et en a perdu d'autres. L'exemple des ramaloki est le plus connu : ils ont obtenu des ailes et certains ont gardé la capacité d'utiliser le feu. Ancalagon est l'un d'entre-eux (et probablement un cracheur de feu). La descendance du couple de dragons qui a migré dans les Montagnes Grises, au début du Premier Age, a permis l'apparition d'une nouvelle sous-espèce de ramaloki ayant perdu cette capacité de cracher du feu, devenant froids : ce sont les Grand Dracs ; en parallèle l'espèce principale de ramaloki crachant du feu dont est issu Smaug a continué d'évoluer de son côté. Personnellement, ce ne sont pas les ramaloki qui m'interpellent, mais les dragons de lumière, les féaloki. La proximité linguistique avec le mot foalókë attribué à Glorund n'est à mon avis par une coïncidence. On pourrait considérer que les féaloki sont une sous-espèce qui a hérité du caractère doré de Glaurung.

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28.03.2013, 23:38
Message : #27
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
(28.03.2013 18:32)Druss a écrit :  Sur la classification, je pense qu'il faut reprendre l'ascendance. Je préviens d'avance, pour moi tous les textes à partir des années 30 se valent (je mets à part le LCP qui présente des formes très particulières).
Donc les Annales de Beleriand valent les Annales dites Grises ? Wink
Mais bon je suppose qu'il s'agit de dire "quand il n'y a pas contradiction par la suite" (et encore : j'ai du mal quand même à intégrer les idées de Tolkien dans les "Myths Transformed" même si c'est passionnant). Dans ce cas il n'y en pas d'apparente contradiction finalement, à moins de considérer que Uruloki, Ramaloki, etc... sont des espèces séparées.

Citation :Le premier dragon est un uruloke soit un cracheur de feu non ailé : Glaurung. Les Uruloki sont l'espèce-mère de l'ensemble des autres.
On est d'accord.

Citation : Les trois autres espèces données dans les Etym. sont toutes issues de cet ancêtre commun. Seulement, par évolution ou par sélection Melkorienne, chacune d'elles a acquis certains caractères et en a perdu d'autres.
Effectivement j'aurais tendance à penser de même. Mais je commence à m'interroger : est-ce que Tolkien dit quelque chose dans ce sens ? Parce qu'autant que je sache on ne connait aucun Dragon ne partageant pas avec certitude les caractéristiques physiques de Glaurung :
- Flammes
- Ventre mou
- Forme serpentine
- Griffes, dents, regard perçant, etc...
Du coup je me demande quand même si on n'est pas induit en erreur par les David Day ou par les premières esquisses de Tolkien à leur sujet (qui datent d'avant les années 30)

Citation :L'exemple des ramaloki est le plus connu
Le seul en fait Twisted Evil Parce que je ne connais aucun "Dragon-étincelle" ni aucun "Dragon-poisson".

Citation :Ils ont obtenu des ailes et certains ont gardé la capacité d'utiliser le feu.
C'est bien ce qui me dérange : lesquels ? L'argument du "cold-drake" pèse lourd mais c'est le seul qu'on ait et on ne sait pas si Tolkien est resté sur l'idée d'Uruloki à sang chaud (même si ça mérite recherche, en tout cas rien n'est dit sur le sang de Glaurung à sa mort) : les dragons étant des reptiles il n'est pas impossible qu'ils aient tous le sang froid.
Je m'interroge toujours.

Citation :Ancalagon est l'un d'entre-eux (et probablement un cracheur de feu).
C'est même une certitude (l'emphase est mienne) :
" On a dit que le feu du dragon était capable de fondre et de consumer les Anneaux de Puissance, mais il ne reste plus maintenant sur terre aucun dragon dont la vieille flamme soit assez chaude ; et il n'y en a jamais eu aucun, pas même Ancalagon le Noir, qui aurait pu faire du mal à l'Anneau Unique, l'Anneau Souverain, car celui-ci avait été fait par Sauron lui même. "
- Le Seigneur des Anneaux, Livre 1, chapitre 2 -


Citation :La descendance du couple de dragons qui a migré dans les Montagnes Grises, au début du Premier Age, a permis l'apparition d'une nouvelle sous-espèce de ramaloki ayant perdu cette capacité de cracher du feu, devenant froids : ce sont les Grand Dracs ; en parallèle l'espèce principale de ramaloki crachant du feu dont est issu Smaug a continué d'évoluer de son côté.
J'aimerais confirmation des deux aspects suivants :
- Les "Grands Dracs" (dont on ne connait aucun d'exemplaire sinon celui qui tue Dain I et Fror) ne crachent pas de feu.
- Les "Grands Dracs" volent (ou pas d'ailleurs).

Parce que en regardant un peu quand même je me suis rendu compte qu'on associe souvent le "great Cold-Drake" (ou "Great cold-drake" ? Je n'ai pas les appendices en Vo, Tolkien wiki donne "great Cold-Drake" mais ils ne sont pas fiables et la vf nous donne "Grand Drac au sang glacé") qui tue Nain aux "Long-Worms" dont fait partie Scatha alors que leurs noms n'ont aucun élément en commun. Glaurung et Smaug sont décrits comme des "Worms" et Smaug est le dernier des "Great Dragons" (et "Dragons" et "Drake" sont, il me semble, des synonymes).

Citation :Personnellement, ce ne sont pas les ramaloki qui m'interpellent, mais les dragons de lumière, les féaloki. La proximité linguistique avec le mot foalókë attribué à Glorund n'est à mon avis par une coïncidence. On pourrait considérer que les féaloki sont une sous-espèce qui a hérité du caractère doré de Glaurung.
... Dont Smaug ferait du coup partie. Intéressant Very Happy

Peredhil
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29.03.2013, 09:26
Message : #28
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
(28.03.2013 23:38)Peredhil a écrit :  C'est bien ce qui me dérange : lesquels ? L'argument du "cold-drake" pèse lourd mais c'est le seul qu'on ait et on ne sait pas si Tolkien est resté sur l'idée d'Uruloki à sang chaud (même si ça mérite recherche, en tout cas rien n'est dit sur le sang de Glaurung à sa mort) : les dragons étant des reptiles il n'est pas impossible qu'ils aient tous le sang froid.
Je m'interroge toujours.

En l'occurrence, Turin est brûlé par le sang de Glaurung quand il retire son épée (cf. EdH).

(28.03.2013 23:38)Peredhil a écrit :  J'aimerais confirmation des deux aspects suivants :
- Les "Grands Dracs" (dont on ne connait aucun d'exemplaire sinon celui qui tue Dain I et Fror) ne crachent pas de feu.
- Les "Grands Dracs" volent (ou pas d'ailleurs).

Parce que en regardant un peu quand même je me suis rendu compte qu'on associe souvent le "great Cold-Drake" (ou "Great cold-drake" ? Je n'ai pas les appendices en Vo, Tolkien wiki donne "great Cold-Drake" mais ils ne sont pas fiables et la vf nous donne "Grand Drac au sang glacé") qui tue Nain aux "Long-Worms" dont fait partie Scatha alors que leurs noms n'ont aucun élément en commun. Glaurung et Smaug sont décrits comme des "Worms" et Smaug est le dernier des "Great Dragons" (et "Dragons" et "Drake" sont, il me semble, des synonymes).

J'ai vérifié l'étymologie de Scatha, elle ne nous avancera vraisemblablement pas : elle vient vraisemblablement (car Tolkien ne l'explique pas, à ma connaissance) du vieil anglais sceaþa, traduit par "one who does harm, a criminal, wretch, miscreant, an enemy" d'après le Bosworth-Toller.

Dans le SdA en VO, on a :
- "Scatha the Worm"
- "he slew Scatha, the great dragon of Ered Mithrin, and the land had peace from the long-worms afterwards"
- "Dáin I, together with Frór his second son, was slain at the doors of his hall by a great cold-drake"

Ce qui m'amène à me corriger sur un point : on a pas de preuve que Scatha et le "great cold-drake" soient identiques (quand bien même cela semble sous-entendu). Néanmoins un "dragon-froid" me paraît exclure qu'il s'agisse d'un cracheur de feu.

Au passage, je viens de retrouver un passage qui me paraît intéressant pour le débat :

WJ, p. 46 :
Tolkien a écrit :But Morgoth was ill pleased that Glaurung had disclosed himself over soon; and after his defeat there was the long peace of wellnigh two hundred years.

Si Morgoth est en colère contre Glaurung, cela paraît réellement exclure qu'il s'agisse d'une parcelle de son esprit qui anime directement le dragon.

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29.03.2013, 09:49
Message : #29
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
Hum je suis déçu : j'étais tellement content de mon argument sur le Lingwiloke (qui m'est venu au fur et à mesure de mon écriture), auquel même le grand Isengar n'avait pas pensé, que je m'attendais à ce que tu le mentionne Razz (oui je suis un peu puéril)

(29.03.2013 09:26)Elendil a écrit :  En l'occurrence, Turin est brûlé par le sang de Glaurung quand il retire son épée (cf. EdH).
Que sont les EdH ?
Et en l'occurrence il me semblait bien l'avoir lu (pour ça que j'ai jeté un oeuil aux CLI) mais de toute façon ça rappelle ce que tu évoquais sur la glace et le feu qui brûlent également.

(29.03.2013 09:26)Elendil a écrit :  J'ai vérifié l'étymologie de Scatha, elle ne nous avancera vraisemblablement pas : elle vient vraisemblablement (car Tolkien ne l'explique pas, à ma connaissance) du vieil anglais sceaþa, traduit par "one who does harm, a criminal, wretch, miscreant, an enemy" d'après le Bosworth-Toller.
Oui j'avais "checké" (enfin quand je vérifie une étymologie ça veut dire que je vais sur Tolkiendil et que je croise avec TG et Wikipedia).

(29.03.2013 09:26)Elendil a écrit :  Ce qui m'amène à me corriger sur un point : on a pas de preuve que Scatha et le "great cold-drake" soient identiques (quand bien même cela semble sous-entendu).
Bof : aucun terme en commun. C'est vrai que l'un est un "Great Drake" et l'autre un "great Dragon" mais Smaug aussi est un "Great Dragon" et lui aussi vient du Nord (comme tous les Dragons en fait) et Scatha est surtout un "Worm". Le seul élément commun c'est sans doute le trésor des Nains et c'est vrai que c'est pas bête Wink Sinon le parallèle Smaug-Scatha-Cold-Drake incite plutôt à abandonner l'idée de Dragons Froids qui n'auraient du coup aucun nom réservé.

(29.03.2013 09:26)Elendil a écrit :  Néanmoins un "dragon-froid" me paraît exclure qu'il s'agisse d'un cracheur de feu.
Principal (et unique) argument en effet. Mais comme je l'ai dit il n'est pas décisif.

(29.03.2013 09:26)Elendil a écrit :  Au passage, je viens de retrouver un passage qui me paraît intéressant pour le débat :

WJ, p. 46 :
Tolkien a écrit :But Morgoth was ill pleased that Glaurung had disclosed himself over soon; and after his defeat there was the long peace of wellnigh two hundred years.

Si Morgoth est en colère contre Glaurung, cela paraît réellement exclure qu'il s'agisse d'une parcelle de son esprit qui anime directement le dragon.
J'avais oublié de mentionner ce passage qui est à la fois le plus méchant pour l'hypothèse Maia (croissance, descendance) et le plus cruel pour la mienne. Néanmoins Tolkien envisage que les Orques puissent être ce genre de créatures sans pour autant être incapables de désobéissances (il évoque, il faut que je retrouve le passage, les nombreuses disputes internes seraient dues à la Haine que Morgoth leur a implanté). L'idée est d'avantage (il me semble) de transférer sa personnalité que sa pensée en instantanée.

Peredhil, bonne journée
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29.03.2013, 10:04
Message : #30
RE: Les Dragons de Tolkien - Essai avorté
(28.03.2013 23:38)Peredhil a écrit :  
(28.03.2013 18:32)Druss a écrit :  Sur la classification, je pense qu'il faut reprendre l'ascendance. Je préviens d'avance, pour moi tous les textes à partir des années 30 se valent (je mets à part le LCP qui présente des formes très particulières).
Donc les Annales de Beleriand valent les Annales dites Grises ? Wink
Mais bon je suppose qu'il s'agit de dire "quand il n'y a pas contradiction par la suite" (et encore : j'ai du mal quand même à intégrer les idées de Tolkien dans les "Myths Transformed" même si c'est passionnant). Dans ce cas il n'y en pas d'apparente contradiction finalement, à moins de considérer que Uruloki, Ramaloki, etc... sont des espèces séparées.
Myths Transformed est un cas à part, je ne dirais pas "non canonique", mais presque. Et donc oui, chacune des espèces en est venue à se séparer, comme le chimpanzé et l'homo sapiens, et qui sont pourtant issues d'une même lignée.

(28.03.2013 23:38)Peredhil a écrit :  
Citation : Les trois autres espèces données dans les Etym. sont toutes issues de cet ancêtre commun. Seulement, par évolution ou par sélection Melkorienne, chacune d'elles a acquis certains caractères et en a perdu d'autres.
Effectivement j'aurais tendance à penser de même. Mais je commence à m'interroger : est-ce que Tolkien dit quelque chose dans ce sens ? Parce qu'autant que je sache on ne connait aucun Dragon ne partageant pas avec certitude les caractéristiques physiques de Glaurung :
- Flammes
- Ventre mou
- Forme serpentine
- Griffes, dents, regard perçant, etc...
Au moins l'une d'entre-elles, mais pas toutes, pour les quelques exemples que l'on connait, c'est à dire 3 dragons nommés, et 2 dragons seulement mentionnés (le cold drake et Gosthir, le Regard Terrible des Etym) ; et je parle bien de caractères particuliers. Griffes, dent, forme serpentine, c'est un peu des caractères basiques qu'on s'attend à trouver chez un saurien.

(28.03.2013 23:38)Peredhil a écrit :  
Citation :L'exemple des ramaloki est le plus connu
Le seul en fait Twisted Evil Parce que je ne connais aucun "Dragon-étincelle" ni aucun "Dragon-poisson".
Leur nom suffit à donner une caractéristique connue Wink

(28.03.2013 23:38)Peredhil a écrit :  
Citation :Ancalagon est l'un d'entre-eux (et probablement un cracheur de feu).
C'est même une certitude (l'emphase est mienne) :
" On a dit que le feu du dragon était capable de fondre et de consumer les Anneaux de Puissance, mais il ne reste plus maintenant sur terre aucun dragon dont la vieille flamme soit assez chaude ; et il n'y en a jamais eu aucun, pas même Ancalagon le Noir, qui aurait pu faire du mal à l'Anneau Unique, l'Anneau Souverain, car celui-ci avait été fait par Sauron lui même. "
- Le Seigneur des Anneaux, Livre 1, chapitre 2 -

Ah merci, je savais bien qu'il y avait une citation qui certifiait qu'Ancalagon est un cracheur de feu

(28.03.2013 23:38)Peredhil a écrit :  
Citation :Personnellement, ce ne sont pas les ramaloki qui m'interpellent, mais les dragons de lumière, les féaloki. La proximité linguistique avec le mot foalókë attribué à Glorund n'est à mon avis par une coïncidence. On pourrait considérer que les féaloki sont une sous-espèce qui a hérité du caractère doré de Glaurung.
... Dont Smaug ferait du coup partie. Intéressant Very Happy
Que je sache, Smaug est rouge doré, mais pas étincelant comme c'est le cas de Glaurung. Il faudrait que je me penche sur les descriptions, mais je suis persuadé que Smaug tient plus du ramaloke que du fealoke.

Demons run when a Good Man goes to war.
Night will fall and drown the sun
When a Good Man goes to war.
Friendship dies and true love lies.
Night will fall and the dark will rise
when a Good Man goes to war.
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