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Modèles de lancements
02.01.2005, 16:39
Message : #1
Modèles de lancements
Bonjour à vous !

M’intéressant quelque peu aux langues inventées par J.R.R. Tolkien (notamment à leurs sonorités), je me pose une question sur leurs modèles de lancements, particulièrement pour le quenya (pour ″modèles de lancements″ voir les notes en bas de ce message).

D’après ce site : http://tolklang.quettar.org/pronlo/pronguide.html dont la critique d’Ardalambion.fr est la suivante : des enregistrements de quenya (pas parfaits, mais la partie théorique est bonne !) ; il est noté:

Citation :There are many other aspects to the sound of a language, such as pitch patterns. But we have no information at all about these, so we can safely not think about it.

Je me pose plusieurs questions à propos de cela :

Premièrement : N’y a-t-il vraiment aucune information publiée de nos jours à leurs propos ? Et en existe-t-il?

Deuxièmement : Si cela est vrai. Sur quel modèle de lancement Tolkien se reposait-il lorsqu’il enregistrait des textes en quenya (Je pense au quatrième enregistrement proposé ici : http://www.tolkiendil.com/telec/sons/tolkien.php ) ?

Troisièmement : Des modèles de lancements sont-ils présentés par Tolkien pour d’autres langues de son invention (le sindarin par exemple) ?

Notes :

N’étant pas linguiste, je ne connais pas les différentes expressions linguistiques. Mes ″modèles de lancements″ sont donc une traduction littérale de ″pitch patterns″. Je vous prie de m’excuser si elle est erronée.

J’entends par ″modèles de lancements″ les différentes modulations du son au cours d’une phrase. Exemple en français : à la fin d’une question, la voix de la personne monte ; à la fin d’une affirmation, la voix descend.

Amicalement,
Athelior
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02.01.2005, 17:19
Message : #2
Re: Modèles de lancements
Athelior a écrit :N’étant pas linguiste, je ne connais pas les différentes expressions linguistiques. Mes ″modèles de lancements″ sont donc une traduction littérale de ″pitch patterns″. Je vous prie de m’excuser si elle est erronée.
Il faut se méfier comme de la peste des "traductions littérales", surtout effectuées par des logiciels de traduction automatique, comme cela semble être le cas. Le meilleur outil pour traduire une expression reste un dictionnaire...

Ici, pitch pattern peut être traduit par "motif d'intonation" (i.e. motif de variation de la hauteur de la voix), ce qui désigne, en terme linguistiques, la prosodie : les variation d'intonation qui marquent différents modes d'énonciation (question, affirmation, injonction, etc.). Ces variations peuvent être porteuses de sens (cf. la différence en français oral entre "il vient ?" et "il vient.") et sont qualifiées de suprasegmentales quand elles sont extérieures au sens exprimé par les signifiants (les phonèmes qui constituent la phrase). Ex. en français, que l'on dise "tu ouvres la porte." ou "tu ouvres la porte ?", les différents "mots" de la phrase ne changent pas de sens avec l'intonation : c'est le sens de toute la phrase qui change.

Dans les langues tonales asiatiques, les mots sont monosyllabiques, invariables et les verbes ne se conjuguent pas. Or, le nombre de combinaisons de consonnes et de voyelles ne donne qu'un nombre assez restreint de syllabes possibles. Pour pouvoir construire un nombre de signifiants suffisant pour exprimer toutes les pensées humaines, ces langues (le chinois par exemple) ont donc recours à des variations de hauteur sur les mots (des tons : montants, descendants, neutres, montan-descendant, etc.) ce qui est un moyen pratique de distiguer une quantité innombrable de mots qui seraient autrement homophones. Mais ces variations sont intrasegmentales (on distingue ma avec un ton montant de ma avec un ton descendant qui expriment des signifiés totalement différents) et ne relèvent donc pas de la prosodie mais du système phonologique des langues concernées.

Citation :Premièrement : N’y a-t-il vraiment aucune information publiée de nos jours à leurs propos ? Et en existe-t-il?

La linguistique moderne est une science récente (début du XXe siècle) et l'étude de la prosodie est encore plus récente. Si Tolkien a donné des indications d'ordre phonétique ou accentuel sur ses langues inventées, il n'a pas donné d'indications sur la prosodie (du moins, pas à ma connaissance).

Citation :Deuxièmement : Si cela est vrai. Sur quel modèle de lancement Tolkien se reposait-il lorsqu’il enregistrait des textes en quenya
Je pense qu'il s'inspirait des langues qu'il connaissait (latin, grec, mais il est probable qu'il fut influencé par sa langue maternelle, l'anglais), mais quant à savoir quels motifs prosodiques il a employé, cela mériterait une étude détaillée de ces enregistrements (ce qui n'a jamais été fait à ma connaissance).
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22.01.2005, 22:09
Message : #3
Re: Modèles de lancements
Lambendil a écrit :Il faut se méfier comme de la peste des "traductions littérales", surtout effectuées par des logiciels de traduction automatique, comme cela semble être le cas. Le meilleur outil pour traduire une expression reste un dictionnaire...

Ne sachant comment traduire cette expression (mais en comprenant le sens), j’ai opté pour une traduction littérale afin qu’une personne ayant des connaissances en linguistique me corrige, comme tu l’as fait. J’ai choisi cette solution pour que tout le monde comprenne bien ce que j’entendais par là. Cette mauvaise traduction était donc un choix délibéré.

Lambendil a écrit :[...] mais quant à savoir quels motifs prosodiques il a employé, cela mériterait une étude détaillée de ces enregistrements (ce qui n'a jamais été fait à ma connaissance)

Merci beaucoup pour tes explications et tes réponses !
Je trouve cependant dommage qu’aucune étude n’ait été créée à ce sujet. Les motifs d’intonation font quand même parties, il me semble, des aspects importants d'une langue…

Amicalement,
Athelior
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22.01.2005, 22:52
Message : #4
Re: Modèles de lancements
Athelior a écrit :Je trouve cependant dommage qu’aucune étude n’ait été créée à ce sujet. Les motifs d’intonation font quand même parties, il me semble, des aspects importants d'une langue…
En effet, mais l'aspect intonatif (ou prosodique) des langues, même décrites de fort longtemps (comme les langues européennes), n'est étudié de façon scientifique que depuis peu de temps (20, 30 ans au plus).

Et cela tient à l'objet étudié : les intonations peuvent grandement varier. Ainsi, on dit que les unités prosodiques sont non-discrètes, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas dénombrables, contrairement aux phonèmes d'une langue qui sont en nombre limité.

Par exemple, si on fait varier progressivement un a vers un o (en arrondissant très progressivement les lèvres), un auditeur percevra d'abord a et à un moment o (le seuil pouvant varié selon l'auditeur et sa langue maternelle) : c'est l'un ou l'autre (ainsi, un phonème ambigu, mal prononcé ou perçu, sera restitué "automatiquement" par un auditeur en fonction de son contexte, le reste de l'énoncé).
Par contre, si l'on fait varier d'une menière infime l'intonation d'un énoncé, le sens de l'énoncé peut changer sensiblement mais les résultats ne sont pas du tout tranchés : la valeur expressive ou l'intention peuvent évoluer dans une large palette (assertion, ordre, question, négation, ironie, etc.) qui rende leur interprétation par l'auditeur difficile (celle-ci dépend beaucoup du contexte extralinguistique, ce qu'on appelle l'aspect pragmatique).
L'intonation et les phonèmes n'ont donc pas le même rôle (sauf dans les langues tonales d'Asie ou d'Afrique, voir plus haut) : les phonèmes permettent de différencier les unités lexicales (les "mots") alors que l'intonation a une simple valeur expressive qui s'ajoute à la valeur sémantique de l'énoncé et peut éventuellement l'influencer : ex. ordre ("debout !"), question ("tu vois." vs. "tu vois ?"), etc.

Les phénomènes prosodiques sont difficilement "mesurables", c'est pourquoi ils sont longtemps restés inaccessibles aux linguistes. Il a fallu attendre des développements technologiques récents permettant une analyse du spectre sonore pour les mettre en évidence (formants révélés par un spectrogrammes). Bref, l'étude de l'intonation est une science neuve dont la systématisation n'a été rendue possible que grâce à l'ère informatique et à des logiciels d'analyse sonore.

Le problème avec l'elfique, c'est qu'hormis les exemples sonores enregistrés par Tolkien (qui sont très peu nombreux), nous n'auront jamais l'occasion d'étudier la prosodie des langues imaginaires que celui-ci créa, faute de locuteurs natifs ! Bien sûr, l'étude des quelques échantillons produits par le Professeur pourrait être intéressante (bien que limitée), mais il est fort probable qu'elle révèle des intonations teintées par l'anglais (comme la prononciation de Tolkien est influencée par celle de l'anglais dans son énonciation de ces échantillons, parfois en désaccord avec ses propres indications à ce sujet !).
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